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Télé-Québec arrive à un point tournant de son histoire Depuis plusieurs années, le contenu de la programmation, le fonctionnement et la mission de Télé-Québec ont suscité périodiquement des débats mobilisant parfois des secteurs importants de la société québécoise. Il s'agissait à chaque fois d'évaluer non seulement la performance de Télé-Québec, mais aussi la pertinence de sa mission. Certains intervenants blâment la disparition progressive d'un contenu culturel créatif, le peu de place laissé aux artistes et aux écrivains du Québec ; pour ceux-ci, l'Autre télévision que l'on enviait hier tend maintenant à devenir un choix parmi d'autres. D'autres remettent en question la mission et même la nécessité de Télé-Québec compte tenu de ses cotes d'écoute qualifiées de "faibles". À l'opposé, des intervenants prônent le statu quo. Le gouvernement a reconnu l'importance de débattre de la question en créant un Groupe de travail chargé de l'examen de Télé-Québec. Les représentations des citoyens et des organismes professionnels y ont été entendues et des recommandations seront acheminées à la ministre de la Culture et des Communications. Le Conseil des arts et des lettres du Québec profite donc de ce moment crucial pour souligner l'importance des décisions que le gouvernement doit prendre à cet égard. L'avenir de Télé-Québec préoccupe d'abord et à juste titre les principaux artisans de cette télévision mais aussi, de façon stratégique, tout le réseau de la culture et particulièrement celui des arts et des lettres. Voilà pourquoi le Conseil des arts et des lettres du Québec considère essentiel de faire connaître sa position quant au rôle stratégique de cette société dans le développement même des arts et des lettres. Une télévision publique indispensable et une mission à réaffirmer Le bilan de Télé-Québec nous apparaît d'abord très positif dans son ensemble : depuis une trentaine d'années, Télé-Québec a grandement contribué, à titre de télédiffuseur public, au développement global de la société québécoise en assurant le rayonnement et l'épanouissement de l'identité culturelle du Québec. La télévision publique demeure, avec l'école, l'un des rares moyens universels de toucher chacun des citoyens, de faire naître en lui le désir et le goût de la culture, d'éveiller la sensibilité des jeunes, de favoriser de forts sentiments d'appartenance par la diffusion d'une culture à la fois plurielle et commune. Se priver d'un tel véhicule irait à contresens de nos objectifs d'accroître l'intérêt du public pour les arts, de démocratiser l'accès à la culture et d'enrichir notre identité collective. Nous apprenions dernièrement que les cotes d'écoute de Télé-Québec (4 %) dépassaient celles de TVO (Ontario) et de PBS aux États-Unis : ces chiffres devraient rassurer ceux et celles qui doutent des acquis importants de cette télévision publique. D'emblée, le Conseil des arts et des lettres du Québec accorde son entier appui au maintien et au renforcement de la mission culturelle et éducative de la Société. Cette mission s'est déjà avérée significative pour la promotion de la vitalité artistique du Québec en permettant aux jeunes Québécois de mieux connaître leurs artistes et leurs écrivains et en faisant rayonner, auprès du grand public, une diversité d'œuvres des régions et des communautés du Québec. Sur la base de ces acquis et dans le contexte des forces qui isolent voire affaiblissent les diversités culturelles à l'échelle du globe, le renforcement du rôle culturel et éducatif de notre télévision publique mérite aujourd'hui des engagements renouvelés et conséquents de la part du gouvernement du Québec. Il nous apparaît extrêmement important, en effet, que la programmation culturelle de Télé-Québec développe une spécificité qui lui soit propre. Fragilisée par des ressources déficientes, écartelée entre les exigences de la concurrence télévisuelle et l'émergence d'une télévision vraiment audacieuse, notre télévision publique doit faire le choix d'un contenu qui soit aussi prospectif que progressiste sur le plan culturel. Télé-Québec doit s'associer à l'essor artistique en cours au Québec À l'heure où l'univers télévisuel québécois est marqué par la multiplication des chaînes et par l'accès à une multitude de canaux tarifés, la dimension "culturelle" de Télé-Québec, complémentaire à sa dimension éducative, doit maintenant s'affirmer autour d'une programmation originale, reflétant davantage la vitalité des expressions artistiques et littéraires du Québec d'aujourd'hui. Le secteur des arts et des lettres a connu, au cours des dix dernières années, des mutations importantes. De nouveaux contenus émergent, de nouvelles façons de faire et de concevoir les arts s'installent progressivement au cœur du quotidien. Au Québec, la diversité et la qualité de nos produits et services culturels n'ont cessé d'augmenter sous l'impulsion, entre autres, de la Politique culturelle de 1992. Cet essor de l'activité artistique a suscité un intérêt renouvelé du public québécois pour ses créateurs et propulsé le Québec culturel sur la scène internationale. Télé-Québec peut constituer un maillon décisif et structurant de l'écologie artistique et culturelle du Québec en permettant de diffuser dans les foyers du Québec les œuvres créées par nos artistes et nos écrivains. Le gouvernement du Québec investit déjà des sommes importantes dans les cycles de la recherche, de la création, de la production et de la diffusion qui permettent le développement, l'épanouissement et le rayonnement des arts et des lettres. L'expérience nous montre toutefois que ces cycles deviennent beaucoup plus signifiants et porteurs d'éclosion quand ils sont soutenus par une courroie médiatique de qualité et de haut niveau. Ainsi, face aux défis qui sont nombreux et exigeants pour tout le milieu culturel, le Conseil est d'avis que l'objectif d'associer davantage Télé-Québec aux initiatives artistiques actuelles s'avère primordial si l'on souhaite établir une télévision d'avenir, centrée sur la valorisation de notre patrimoine culturel et linguistique, la reconnaissance des créateurs et l'accès des citoyens et citoyennes du Québec aux œuvres et aux productions qui font la spécificité du Québec et dont la création a par ailleurs souvent été soutenue par l'État. Plaidant pour une pleine indépendance éditoriale de son contenu, le Conseil est convaincu que notre télévision nationale se doit d'épauler concrètement le bouillonnement et l'essor formidable que connaissent, au Québec, de nombreux domaines et courants artistiques tels la danse et la musique actuelleS, l'art audio, les arts multidisciplinaires, le théâtre expérimental, la performance et l'installation multimédia, le cirque, le spectacle littéraire et les arts médiatiques pour en nommer quelques-uns. Favoriser l'accès à notre culture vivante Il faut reconnaître par ailleurs que la population du Québec n'a pas également accès aux diverses œuvres artistiques produites sur son territoire. Or, la capacité de Télé-Québec de faire connaître et de faire rayonner nos artistes, nos écrivains et leurs œuvres sur l'ensemble du territoire est bien réelle ainsi que celle de les mettre à contribution par leur travail, leurs compétences et leurs idées. Télé-Québec peut devenir un puissant levier pour faire connaître aux Québécoises et aux Québécois la richesse des échanges et la diversité des contenus culturels en présence au sein de notre société. En favorisant la promotion des artistes, des écrivains et des organisations culturelles issus des diverses communautés et régions du Québec, Télé-Québec ajouterait sa voix à la reconnaissance vigoureuse des créateurs de toutes origines et à la démocratisation des arts auprès du public. Le Conseil est d'avis que le renouveau culturel et éducatif de la programmation de Télé-Québec peut se cristalliser, à long terme, dans une grille horaire accessible, et être présenté avec régularité pour encourager l'appétit des nouveautés artistiques et littéraires, fidéliser l'auditoire et donner l'envie d'assister à un spectacle ou de visiter une exposition. Bien que ce type d'émissions culturelles fournissent, à court terme, des cotes d'écoute de moyenne échelle, il pourrait s'inscrire à l'antenne dans la perspective d'un savant équilibre entre l'excellence du contenu "grand public" et l'audace de contenus novateurs et propices au développement de nouveaux auditeurs. [note 1] Télé-Québec, comme d'autres télévisions publiques telles TVO, TFO et PBS, a déjà réussi, à certains moments, à relever ce défi qui est à la portée de notre télévision et de ses artisans. * * *
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| © Gouvernement du Québec, 2005 |