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Notes pour
l'allocution prononcée par Marie Lavigne
Présidente-directrice générale du Conseil des arts et des lettres
du Québec
lors de la présentation du Conseil à la Commission de la Culture, le
2 février 2000
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Pour assurer la
vitalité et l'essor des arts et des lettres
Monsieur le Président,
Madame et Messieurs les membres de la Commission,
Le mandat de surveillance des activités du Conseil des arts
et des lettres du Québec et aussi de la SODEC, auquel votre
commission va se consacrer au cours des deux prochaines semaines,
constitue, croyons-nous, une occasion privilégiée de faire le point
sur les institutions qui sont nées dans la foulée de la politique
culturelle du Québec. Nous espérons que ce qui en résultera sera très
positif pour la culture au Québec.
La création du Conseil des arts et des
lettres du Québec, comme vous le savez, a marqué un point tournant,
un pas essentiel dans la reconnaissance qu'occupe la création
artistique au Québec. En créant le Conseil, le gouvernement répondait
à une demande qui était réitérée depuis 20 ans par le milieux
artistiques qui demandaient la création d'un organisme autonome, indépendant
de l'État et qui associerait étroitement les artistes et les créateurs
aux décisions qui les touchent. C'est donc par l'entremise du Conseil
des arts et des lettres que le gouvernement du Québec a, à partir de
ce moment, choisi d'offrir son soutien aux artistes professionnels et
aux organismes artistiques sans but lucratif.
Le Conseil a ainsi reçu pour mandat de
soutenir, dans toutes les régions du Québec, la création, l'expérimentation,
la production dans les domaines des arts de la scène, des arts
visuels, des arts médiatiques, des métiers d'arts et de la littérature,
et d'en favoriser le rayonnement au Québec, au Canada et à l'étranger.
Comme l'affirmait la Politique culturelle,
la création est le fondement de toute production culturelle :
elle nourrit l'ensemble de la culture et constitue aussi la base d'une
industrie culturelle forte. Le travail des artistes et des créateurs
fonde notre culture et en assure la vitalité et le développement. À
l'heure où le Québec doit avoir un rapport privilégié avec sa
culture et assurer sa vigueur dans le contexte de la mondialisation,
il est plus que jamais essentiel de maintenir une création artistique
québécoise forte qui rayonne ici et partout dans le monde.
Le secteur des arts et des lettres soutenu
par le Conseil est un maillon important du développement économique
et social au Québec. Ce qu'on oublie souvent, c'est que derrière la
création et la production artistiques, la main-d’œuvre québécoise
compte près de 40 000 personnes œuvrant dans le secteur
artistique et que, parmi ces personnes, 10 000 sont à l’emploi
de l'un des organismes soutenus par le Conseil. Cela témoigne éloquemment
de la place qu'occupe le Conseil dans l'écologie du système
artistique et de la culture au Québec.
* * *
Quelques éléments du bilan
Le Conseil des arts et des lettres du Québec
a ouvert ses portes en avril 1994. Depuis cinq ans, il a à la fois
soutenu la pratique artistique et favorisé l'accessibilité de la
population aux arts. Il a révisé l'ensemble de ses programmes, établi
un plan stratégique d'intervention en région et développé des
mesures à l'intention de la relève ainsi qu'un cadre d'intervention
pour la stabilisation des organisations artistiques.
Le Conseil a aussi exercé son mandat
consultatif auprès de la ministre de la Culture et des Communications
et ceci, dans des dossiers tels que la situation des arts visuels au
Québec, la diffusion des arts de la scène, la politique québécoise
de la lecture et du livre, la présence des arts dans l'éducation, la
fiscalité et le financement des services publics ainsi que la révision
de la loi fédérale sur le droit d'auteur.
Notre mémoire contient plusieurs données
que je ne reprendrai pas ici. Qu'il me suffise de vous rappeler brièvement
que le Conseil traite annuellement 3 600 demandes d'aide financière
et soutient 400 organismes en arts de la scène, en arts visuels et en
littérature. Il accorde des bourses à quelque 800 artistes qui œuvrent
sur l'ensemble du territoire. De plus, chaque année, 3 000 000
de personnes achètent des billets de spectacles, de productions qui
ont été soutenus par le Conseil, et 250 000 personnes assistent
à différentes activités offertes par les organismes en arts
visuels.
Le Conseil dispose essentiellement de deux
outils financiers pour réaliser son mandat. D'une part, des bourses
qui sont octroyées à des individus et, d'autre part, des subventions
octroyées à des organismes. Le programme de bourses du Conseil est
un outil majeur pour la recherche et le développement de la pratique
artistique, que l'on considère de plus en plus comme la R et D pour
tout le secteur artistique. Par ce programme, adapté à chacune des
disciplines artistiques, le Conseil vise aussi à soutenir les
artistes à chacune des étapes de leur carrière et aussi à
favoriser un meilleur arrimage entre la création d'une œuvre et sa
diffusion. C'est 15 % du budget du Conseil qui, chaque année,
est consacré aux bourses. Malheureusement, le Conseil ne peut répondre
favorablement qu'à 30 % de la demande et accorde des bourses
pour un montant total de 6,2 M$.
En ce qui concerne les organismes
artistiques, le Conseil inscrit son soutien dans une dynamique de développement
global d'une discipline artistique et aussi dans l'optique de la
stabilisation et de la consolidation financière des organismes. Il
soutient donc d'abord les organismes les plus porteurs au plan de la
qualité artistique et ce, dans toutes les disciplines et dans toutes
les régions. Ainsi, environ 275 organismes sont soutenus au
fonctionnement par le Conseil, et plus d'une centaine reçoivent une
aide pour leurs projets. Enfin, le Conseil intervient avec différents
instruments qui s'adressent à la fois aux organismes soutenus aux
projets et au fonctionnement afin de soutenir la diffusion, le développement
de marché et des tournées. Notre mémoire reprend en détail
l'ensemble des interventions financières du Conseil et décrit ce
travail dans chacune des disciplines artistiques.
* * *
Évaluation par les pairs
Face à l'ensemble des demandes qui sont
adressées au Conseil, demandes qui ne cessent de croître - depuis la
création du Conseil, la demande a augmenté de plus de 33 % -,
une des questions qui se posent est celle des choix. Comment fait-on
pour choisir qui recevra une bourse ? Comment fait-on pour
choisir qui aura une subvention ? Comment fait-on pour assurer l'équité
de concours hautement compétitifs puisque 70 % des demandeurs de
bourses ne pourront en recevoir ? La volonté première du
législateur en créant le Conseil était d'assurer la neutralité de
l'État face à ces choix. Sa volonté était aussi d'associer le
milieu artistique à la gestion des décisions qui le concernent, décisions
par ailleurs très difficiles. Cette orientation a déterminé le modèle
d'organisation du Conseil. Ainsi, à l'époque de la création du
Conseil, le ministère a décentralisé ses pouvoirs vers les
artistes, vers les milieux artistiques parce que, croyait-on, les
artistes connaissent mieux que quiconque les besoins, les forces et
les difficultés du milieu.
Cette participation des artistes se traduit
aux divers paliers de l'organisation du Conseil. En premier lieu, le
conseil d'administration est formé essentiellement de personnes
issues des milieux artistiques en provenance tant des régions que des
grands centres. Ces personnes bénévoles consacrent un temps immense
à dessiner les grandes orientations du Conseil et président à
toutes ses destinées.
Deuxièmement, la participation se fait par
la liaison avec des représentants des organismes, que ce soient les
associations professionnelles, les regroupements nationaux d'artistes
ou les conseils de la culture qui sont consultés sur les orientations
et sur chacune des révisions de programmes du Conseil.
Enfin, pour l'attribution des bourses et des
subventions, le Conseil a recours à des jurys et à des comités
consultatifs qui sont formés de pairs. Chaque année, c'est plus de
300 personnes artistes ou spécialistes du milieu des arts et des
lettres de partout au Québec qui analysent les 3 500 demandes
d'aide financière que nous recevons et formulent des recommandations.
Les jurys et les comités consultatifs évaluent les demandes financières
à partir de critères qui sont connus et publics et publiés dans
toutes les brochures. Ils sont amenés notamment à se prononcer sur
la qualité artistique du projet, sur son apport à sa discipline, sur
le rayonnement de l'artiste our de l'organisme dans sa communauté, sa
collectivité ou sa région et sur la pertinence d'une oeuvre ou d'une
démarche artistique par rapport à la démarche artistique de
l'artiste ou de l'organisme. La décision finale revient au conseil
d'administration qui en outre s'assure du respect des orientations et
des objectifs du programme, ainsi que de l'étanchéité des
processus.
Ce mécanisme de prise de décision par les
pairs est au coeur même du fonctionnement du Conseil. Il est
similaire à ce qui se pratique partout dans le domaine de la
recherche scientifique et dans l'ensemble des conseils des arts de la
planète. Il se fonde sur l'expertise d'un milieu, sur la compétence
de personnes choisies pour faire des évaluations et sur leur capacité
à tenir compte des dynamiques de leur champ d'activités. L'ensemble
de ce processus se déroule dans un contexte où l'intégrité et la
compétence sont fondamentales. C'est pourquoi le Conseil a des règles
d'éthique rigoureuses auxquelles doivent se soumettre les personnes
qui participent aux évaluations et qu'il accorde une importance toute
particulière à l'équilibre et à la diversité des expertises au
sein des comités et des jurys.
* * *
Les enjeux
Je ferai le point sur un ensemble d'enjeux
auxquels le Conseil est confronté. Grosso modo, le Conseil est
confronté à des enjeux qui sont, d'une part, d'assurer un développement
artistique sur l'ensemble du territoire; deuxièmement de favoriser,
le rayonnement et l'accessibilité de la population aux arts et enfin
le maintien du dynamisme de la création artistique.
Le développement artistique sur le
territoire
En ce qui concerne le développement
artistique sur le territoire, le Conseil est confronté dans son
travail à une disparité de rythmes de développement culturel d'une
région à l'autre. Il a hérité d'une situation dramatique de sous-développement
artistique dans plusieurs régions. Dans l'espoir de corriger au moins
une partie de ce sous-développement et de ces pénuries extrêmement
fortes auxquelles des artistes font face en région, le Conseil a mis
sur pied un comité des régions et s'est doté d'un plan stratégique
et de mécanismes qui lui permettent de soutenir plus adéquatement la
création et la production sur l'ensemble du territoire. Année après
année, il a mis l'accent sur ses interventions en région, a établi
des rapports plus étroits avec la communauté et a brossé des
portraits des réalités régionales et adopté de nouveaux modes de
collaboration plus souples avec des intervenants en région. Le
Conseil a dû mettre en place une série de mesures qu'on peut
qualifier de mesures de type "action positive". Outre une
enveloppe de 1 M$ réservée aux artistes de la relève qui résident
en dehors des grands centres, le Conseil consacre désormais aux
organismes des régions autres que Montréal et Québec 30 % de
l'enveloppe des projets de production en arts de la scène aux régions
et 40 % de l'enveloppe destinée aux centres d'artistes. Au cours
de la dernière année, il a soutenu 114 organismes et 200 artistes
qui oeuvrent hors des grands centres.
L'ensemble de la population du Québec doit
avoir accès à une diversité d'oeuvres et de spectacles. Les mesures
découlant de la Politique de la diffusion ont permis d'améliorer
considérablement la diffusion et d'offrir à la population des régions
du Québec davantage de spectacles et une diversité de production.
Toutefois, les disparités demeurent. Les problèmes sont de taille,
et nous le reconnaissons. Ils ne sont pas insurmontables mais nécessitent
une injection de fonds ciblés qui permettraient au Conseil de
bonifier judicieusement ses actions sur l'ensemble du territoire. Le
Conseil explore actuellement différentes pistes d'intervention afin
de contribuer plus activement à la vie artistique en région et de
faciliter l'accès de la population à la vie artistique et le
rapprochement des artistes professionnels de leur milieu. Dans
l'avenir, il souhaite pouvoir signer des ententes spécifiques de développement
des arts avec les conseils régionaux de développement.
Le rayonnement des oeuvres et
l'accessibilité
Le rayonnement des oeuvres et l'accessibilité
des arts, sous toutes leurs formes, sont des enjeux fondamentaux de
l'intervention de l'État dans le secteur culturel. C'est pourquoi,
pour le Conseil, il est primordial de consolider la synergie entre création,
production et son rayonnement. Nous croyons que ceci doit se faire par
un renforcement notamment des actions en diffusion. Le rayonnement des
productions artistiques au Québec et hors Québec est essentiel pour
la vitalité de la vie artistique québécoise, pour la santé financière
des compagnies artistiques et aussi pour une véritable démocratisation
de la culture. À ce chapitre, des pas importants ont été faits. La
réputation de nos compagnies de théâtre, pour adultes comme pour
jeune public, de nos orchestres symphoniques et autres ensembles de
musique ainsi que de nos compagnies de danse n'est plus à faire.
Depuis longtemps, cette réputation a franchi nos frontières et des
artistes québécois occupent une présence de plus en plus marquée
à l'étranger.
Si l'investissement consenti aux tournées
à l'international est essentiel pour permettre aux compagnies québécoises
d'accéder à la scène mondiale et de développer des nouveaux marchés
pour pallier l'exiguïté du marché québécois, le Conseil doit
aussi être en mesure de poursuivre des efforts qui favorisent une
meilleure circulation des oeuvres au Québec, afin que ces œuvres que
l'on peut voir à l'étranger, on puisse les voir partout au Québec.
L'accès de la population aux arts ne saurait toutefois se limiter à
des résultats de billetterie ou essentiellement à de la diffusion de
spectacles dans des salles. La diffusion est aussi de l'ordre du
service public. Il est impérieux de mettre de l'avant des mesures qui
auront pour objectif de réduire les inégalités d'accès aux arts,
de réduire les écarts dans la compréhension des oeuvres d'art, de réduire
les inégalités d'accès pour différentes catégories de la
population et de citoyens à la vie artistique de leur communauté.
Les artistes et les organisations
artistiques ont un rôle majeur à jouer envers cet objectif de démocratisation
de la culture. Les rencontres que le Conseil a effectuées avec les
organismes artistiques tout au cours de l'automne nous ont démontré
à quel point cette préoccupation était ancrée dans les pratiques
des organismes. Cependant, ces derniers nous disent: "il faut
avoir les moyens de réaliser cette démocratisation, avoir les moyens
de travailler à sensibiliser la population aux arts". Jusqu'ici,
faute de fonds, les outils sont restés dérisoires, en dépit
d'efforts remarquables.
Maintenir le dynamisme de la création
Le troisième grand enjeu auquel le Conseil
est confronté est celui du maintien du dynamisme de la création. La
période de gel budgétaire des dernières années, à tous les
paliers, a évidemment été un frein pour tous. Bien que plusieurs le
financement public soit demeuré relativement stable, les organismes
ont eu à composer avec des augmentations substantielles depuis 10 ans
de coûts de production, de loyer, de frais d'entretien, de frais
d'exploitation ainsi qu'avec l'étroitesse du marché québécois, la
multiplicité de produits culturels offerts souvent à plus bas prix
que ceux proposés par nos organismes. Ceux qui ont dû payer pour
cela, ce sont fondamentalement les artistes eux-mêmes. Les
statistiques que nous avons fournies démontrent éloquemment qu'entre
1991 et 1996, alors que les revenus de l'ensemble de la population du
Québec ont augmenté de 8 %, ceux des danseurs notamment ont baissé
de 15 %, et ceux des artistes en arts visuels de 2 %. Et on sait que
la moitié des artistes québécois ont des revenus totaux inférieurs
à 20 000 $ par année.
Le Conseil croit - et c'est l'une des
priorités de la Politique culturelle - que nous devons soutenir l'amélioration
des conditions de vie professionnelles des créateurs et des artistes.
Nous devons faire en sorte que ceux qui créent notre culture soient
reconnus et que leur travail soit reconnu en toute équité.
Le bilan que nous avons présenté dans
notre mémoire se veut lucide. Il témoigne des accomplissements du
Conseil au cours de ses cinq premières années d'existence. Il trace
un portrait de la situation. Mais le Conseil croit qu'il est urgent
d'agir promptement pour sauvegarder les acquis d'une créativité phénoménale
au Québec, pour sauvegarder tous les investissements que nous avons
faits comme société dans cette culture et dans le développement des
arts. Ces acquis actuellement sont menacés. Et il important que le
gouvernement dont les orientations stratégiques,
reconnaissent que la culture et les communications sont au coeur des
enjeux de cette société, que ce gouvernement redonne à la création
et aux créateurs la place et l'importance qui leur reviennent.
La création du Conseil a été un geste démocratique
d'affirmation de la nécessité de l'autonomie de la création. C'était
un geste visant le développement des arts et de la culture. Nous
souhaitons qu'au terme de cette Commission, les réflexions nous amènent
à faire un pas supplémentaire de l'avant.
Je vous remercie de votre attention.
Extraits de l’Orientation
# 4 des Orientations stratégiques du gouvernement du Québec pour
1999-2002*:
« Faire de la culture et des communications des éléments
clés de la société… »
« Soutenir la création au Québec en favorisant la
stabilité financière des organismes culturels, en facilitant l’intégration
des jeunes artistes et créateurs au marché culturel… »
« La culture doit être considérée comme faisant
partie des grandes missions de l’État. »
* Secrétariat du Comité des priorités - juillet 1999
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