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C'est avec un grand plaisir que j'ai répondu à
l'invitation de M. Alain Paré de vous adresser la parole ce midi
dans le cadre de cette 5e édition du forum cinars placé
sous le thème partenariat et développement de marchés à l'étranger.
C'est devenu un lieu commun que de parler de
partenariat. Tout le monde est le partenaire obligé de quelqu'un. Les
plans d'affaires, les plans stratégiques de n'importe quelle
organisation culturelle, entreprise commerciale ou établissement
d'enseignement comportent désormais un chapitre ou une section sur le
partenariat. Mot à la mode incontournable. Credo de toute
organisation qui veut correctement se positionner. Mais au-delà de ce
mot fourre-tout, se profilent toutefois des intentions et des
pratiques variées. C'est en tant que représentante d'une société
d'État, le Conseil des arts et des lettres du Québec, que je
m'adresse à vous et que je traiterai du partenariat sous l'angle du
financement de l'État et des alliances stratégiques favorisant
l'exportation des arts de la scène. Je ferai d'abord un bref rappel
historique des premières activités importantes de diffusion à l'étranger
ainsi que les tendances actuelles observées au regard de la diffusion
internationale. Puis je vous ferai part de diverses observations sur
le partenariat en liaison avec le financement public.
RAPPEL HISTORIQUE ET TENDANCES
Au cours des deux dernières décennies, le secteur
des arts de la scène au Québec a fait preuve d'un dynamisme
exceptionnel au plan de la création artistique. Des créateurs de
diverses disciplines souhaitant explorer, en marge de la tradition, de
nouvelles formes d'expressions artistiques ont créé un nouveau
langage original et audacieux. Le début des années 1980 réunissait
en effet, dans un même élan créateur, plusieurs artistes de la
danse, de la musique, du théâtre, des arts multidisciplinaires
s'inscrivant dans une démarche axée sur la recherche et
l'exploration.
Ces artistes, qui se sont constitués pour la plupart
en compagnies au fil des ans, amorcent en parallèle leurs premières
activités de diffusion à l'étranger.
Dans la foulée de cette période intensive de création
au Québec, des festivals disciplinaires et événements culturels se
sont structurés. La présence de diffuseurs de plusieurs pays invités
à nos événements nationaux et internationaux a facilité, pour les
artistes, une ouverture à l'international. Au Québec, un certain
nombre de festivals tels le Festival international de nouvelle
danse, le Festival de théâtre des Amériques, le Festival
international de théâtre jeune public, le Festival
international de Lanaudière, le Carrefour international de théâtre
de Québec ont été des plaques tournantes offrant à des
artistes une vitrine privilégiée menant au réseau international des
festivals et permettant à des créateurs et des diffuseurs d'établir
sur place des contacts privilégiés.
Au fil des contacts, des échanges, des expériences
nouvelles de collaboration, les organismes artistiques et les
festivals québécois ont réussi à intéresser des diffuseurs ou des
producteurs étrangers, principalement en Europe, mais aussi aux États-Unis
et en Asie, à investir dans la production de leurs spectacles. Cette
collaboration est intéressante puisqu'elle a l'avantage de rassembler
plusieurs partenaires financiers pour une production tout en
favorisant des liens entre artistes et créateurs québécois et étrangers.
À titre d'exemples, des organismes tels Le Théâtre Ex Machina,
le Théâtre des Deux Mondes, le Carrousel, Carbone 14,
le Théâtre Ubu, Lock Danseurs, O Vertigo,
La Fondation Jean-Pierre Perreault, le Nouvel Ensemble
Moderne ont développé avec succès cette forme de partenariat
dans la réalisation d'activités internationales.
Un nombre grandissant d'organismes artistiques,
particulièrement dans les secteurs de la danse et du théâtre,
circulent aujourd'hui à l'extérieur du Québec. Nous soutenons une
cinquantaine d'organismes qui, sur une base ponctuelle, portent l'une
de leurs productions sur les scènes internationales et à une
vingtaine ceux dont la majeure partie des activités de diffusion se réalisent
hors du Québec. Qu'il s'agisse de tournées ou de coproductions avec
divers partenaires étrangers, production en partenariat et développement
de nouveaux marchés s'imbriquent étroitement.
Ce déploiement international est souvent présenté
comme preuve de notre vitalité artistique. La présence
internationale fut perçue initialement par les subventionneurs dans
une perspective de rayonnement et de mise en valeur de notre culture.
De plus en plus, toutefois, les créateurs y ont vu l'occasion de
prolonger la durée de présentation d'une oeuvre et de profiter de la
rencontre avec de nouveaux publics. Au fil des ans, nous constatons
que les activités internationales sont devenues, pour plusieurs, une
nécessité et partie intégrante de la mission même de leur
organisation artistique. En effet, à cause de l'étroitesse du marché
québécois, certains créneaux artistiques destinés à un public
particulier ne peuvent se contenter de se produire devant le seul
public domestique. La rencontre de «son» public, même s'il se
retrouve à l'extérieur du Québec ou du Canada, est devenu pour eux
une condition sine qua non à la continuation de leurs activités
et à leur développement.
Ainsi, en 1996-1997, les revenus de cachets reçus à
l'étranger représentaient, pour certains organismes, entre 50 %
et 75 % de leurs revenus autonomes. Pour l'ensemble des
compagnies de danse subventionnées, si l'on exclut les Grands
Ballets Canadiens, ces revenus peuvent atteindre jusqu'à 75 %
des revenus autonomes annuels. C'est révélateur de l'importance du développement
de marchés internationaux.
Nous devons prendre acte désormais que des pans
importants de l'activité artistique sont devenus des activités
d'exportation au même titre que pour plusieurs secteurs de l'économie
québécoise. Dans la foulée de cette tendance, plusieurs partenaires
québécois et étrangers sont dorénavant impliqués dans une activité
de diffusion impliquant le nécessaire développement d'alliances ou
d'associations et une redéfinition de l'action des pouvoirs publics
et des subventionneurs dans une perspective de partenariat.
LE RÔLE DE L'ÉTAT
C'est dans une tel contexte que la ministre de la
Culture et des Communications du Québec rendait publique en décembre
1996 sa politique de diffusion des arts de la scène. Bien que cette
politique soit davantage axée sur la diffusion des arts de la scène
au Québec, elle donne les grandes lignes de la vision qu'entend
privilégier l'État québécois au regard de la diffusion
internationale et du rôle qu'il entend jouer.
La Politique énonce que «pour faire face aux
nombreux défis qu'implique aujourd'hui une action en faveur de la
diffusion internationale des oeuvres et des productions québécoises»,
on entend s'assurer de la cohérence et de l'harmonisation et de la
complémentarité des actions gouvernementales et s'assurer que l'aide
gouvernementale, qu'elle provienne du CALQ, de la SODEC, du MCC, ou du
MRI, soit revue pour répondre adéquatement à la réalité moderne
des échanges internationaux des milieux culturels.
Conformément aux orientations énoncées par la
Politique, le Conseil a révisé cette année son programme d'aide à
la circulation de spectacles hors Québec. Le nouveau programme appelé
«Programme de diffusion des arts de la scène hors Québec» qui sera
appliqué dès le 1er avril prochain, correspond à la
nouvelle réalité du développement international des organismes. Je
ne reprendrai pas ici le détail de ce programme, lequel a fait
l'objet d'un atelier ce matin.
Qu'il me suffise de mentionner que c'est en étroite
collaboration avec des organismes tourneurs et exportateurs que nous
avons redéfini notre soutien. Les autres instances gouvernementales
se sont inscrites dans une démarche semblable où l'on reconnait que
la diffusion internationale a sa propre dynamique et s'inscrit dans
une mouvance constante où les conditions de diffusion varient d'un
territoire à l'autre. C'est pourquoi nous associons étroitement les
compagnies qui tournent tant à la définition de nos programmes
qu'aux comités qui évaluent les demandes de subventions.
Le rôle des subventionneurs publics ne se limite
toutefois pas à l'octroi de subventions directes. L'État ou ses
organismes mandataires peuvent créer par leurs actions ou par
certains programmes ciblés un contexte facilitant des alliances
multipartites et abolissant les irritants ou les embûches à la réalisation
de projets internationaux.
Comment créer un contexte favorable ? Voici quelques
observations relatives :
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au support direct de l'État;
-
à la réciprocité avec les partenaires;
-
aux stratégies de rayonnement des États;
-
à l'ouverture à de nouveaux modèles de gestion
des activités internationales.
1. Le support direct de l'état
D'abord le support direct de l'État. Les organismes
qui sollicitent des commandites privées se heurtent souvent à une
première barrière : des entreprises privées, quoique désireuses de
s'associer à des organismes artistiques, ne veulent pas faire de la
suppléance ou devenir les «bouche-trous» d'un soutien
gouvernemental qui aurait diminué. Elles souhaitent, et c'est bien légitime,
que leur partenariat soit un «plus» et elles veulent s'associer à
un défi nouveau.
Une mise au point s'impose ici. Contrairement à ce
qu'on véhicule souvent, le gouvernement du Québec, bien qu'il soit
encore à la recherche de l'équilibre budgétaire, n'a pas diminué
son soutien aux activités artistiques internationales.
En 1994-1995, lors de la création du Conseil, le
budget affecté à la circulation de spectacles hors québec était de
l'ordre de 700,0 $. Aujourd'hui, il dépasse le million de $. À
ce montant, s'ajoutent depuis cette année des crédits supplémentaires
du ministère de la Culture et des Communications de l'ordre d'un
demi-million de $ qui ont été affectés aux tournées
internationales. Pour l'année 1997-1998, c'est donc 1,5 M $ que le Québec
aura versé en tournées soit le double d'il y a trois ans. Certains
se souviendront toutefois que l'effort supplémentaire du gouvernement
du Québec vise à combler la diminution de l'aide fédérale
provenant du ministère des Affaires étrangères du Canada qui a réorienté
son aide, soit vers d'autres provinces, soit vers des projets ciblant
davantage l'interaction culture-diplomatie. Cette diminution du
soutien fédéral, nous n'hésitons pas à le redire, est inacceptable
et il faut souhaiter que des solutions nouvelles seront explorées du
côté fédéral, notamment avec le Conseil des arts du Canada. Malgré
cela, le résultat net est que le support gouvernemental direct est
demeuré sensiblement le même pour les tournées. Les entreprises
privées ou partenaires divers s'associant aux compagnies faisant de
la tournée peuvent être rassurés : leur soutien ne remplace pas
celui de l'État. Il s'inscrit dans un contexte de développement et
de nouvelles pistes de partenariat.
2. La réciprocité
En second lieu, la réciprocité. des organismes
tourneurs se font parfois dire par nos partenaires internationaux que
le Québec serait une terre peu accueillante pour les produits de l'étranger.
Certains auraient même eu des difficultés à conclure des ententes
de tournée à cause de cette impression. La politique de la diffusion
des arts de la scène s'est penchée sur cette question. Les études
font ressortir que la présence de spectacles étrangers au Québec
varie grandement d'une discipline à une autre, que l'accueil des
spectacles étrangers est fort imposant dans le cadre des festivals et
qu'elle se concentre à 85 % à Montréal et à Québec. Toutefois, en
théâtre, en saison régulière, c'est moins de 1 % de spectacles qui
proviennent de l'étranger alors qu'en chanson les productions étrangères
attirent 47 % du public. La politique a donc émis une orientation de
réciprocité et un nouveau programme a été créé : il vise,
notamment dans les domaines du théâtre et de la danse, l'accueil en
saison régulière de spectacles provenant de pays accueillant les
productions québécoises. Pour cette première année, le programme,
encore en période de rodage, aura permis d'accueillir une
quinzaine de spectacles.
Cette forme d'accueil s'ajoute à l'action de la
vingtaine de festivals internationaux dans lesquels près de 40 % des
productions proviennent de l'étranger (680 productions) et à celles
de diffuseurs très sensibles à la nécessité de la réciprocité.
Malgré cela, il faut aussi rappeler à nos partenaires étrangers que
le marché québécois de la diffusion a ses contraintes et ses
limites. Notre marché intérieur présente de nombreuses difficultés
liées notamment à sa c population répartie sur un vaste territoire.
Quand on vient de l'extérieur, on imagine difficilement les problèmes
concrets d'organisation de tournées sur un territoire qui fait trois
fois celui de la France, qui a une population totale de 7,4 M
d'habitants, et ne comprend que deux agglomérations urbaines ayant
plus de 500 000 de population, soit Montréal et Québec. Les activités
de tournée au Québec sont déjà difficiles pour les organismes québécois.
Elles le sont aussi sinon plus pour les compagnies étrangères.
Nos partenaires doivent être informés du contexte
territorial difficile dans lequel ils peuvent tourner au Québec mais
ils doivent aussi savoir que nos grands festivals artistiques sont des
lieux privilégiés d'accueil, que les diffuseurs et leurs réseaux
offrent des structures intéressantes, que le québec est la seule
province à se doter d'un réseau de diffuseurs subventionnés qui
sont agents artistiques dans leur milieu ainsi que l'existence d'un
nouveau programme portant sur l'accueil de spectacles étrangers en
saison régulière. Il importe donc que nos partenaires sachent que le
Québec accueille des spectacles et que nous sommes fort sensibles à
la question de la réciprocité.
3. Les stratégies de rayonnement
L'État québécois est aussi actif dans le développement
de marchés par le biais des stratégies de rayonnement et de mise en
valeur globale de son image à l'étranger. Il en va de même pour le
Canada. Qu'il s'agisse des accords de coopération, du travail terrain
des délégations ou des ambassades, de missions diplomatiques ou
commerciales, cela peut créer un terrain facilitant le développement
de marchés internationaux. Les artistes québécois, habitués des
circuits internationaux, connaissent bien le support que peuvent
apporter les délégations à l'étranger. L'organisation d'événements
comme le Printemps du Québec en France, qui aura lieu en 1999,
sera une occasion de rayonnement qui pourra permettre incidemment à
des artistes d'amorcer un nouveau développement de marché.
L'invitation systématique d'artistes ou d'organismes à titre de
participants aux grandes missions commerciales, comme la récente
mission en Chine, donne non seulement un cadre privilégié de
rencontres à l'étranger mais permet de connaître les gens
d'affaires qui ont un intérêt pour ce marché. Cela crée un terrain
propice à l'élaboration d'entente de partenariat avec une entreprise
privée visant le même marché. Cela permet aussi aux gens d'affaires
de découvrir qu'ils ont tout avantage à devenir des partenaires des
artistes.
À l'heure où chaque instance gouvernementale se
concentre sur son mandat premier, il faut de moins en moins s'attendre
à ce que les activités de rayonnement du Québec ou du Canada à l'étranger
soient taillées sur mesure pour répondre aux besoins directs des
compagnies artistiques. Toutefois, il est essentiel d'utiliser, comme
le font les autres secteurs économiques, les services offerts par les
ministères à vocation internationale pour construire des nouveaux
partenariats et s'en servir comme leviers.
Le défi pour les milieux artistiques et culturels est
de tirer parti le mieux possible de structures qui, si on sait bien
les utiliser, peuvent ouvrir de nouvelles portes et de nouveaux marchés.
4. L'ouverture à de nouveaux modèles de gestion
des activités internationales
Enfin, en quatrième lieu, il faut être sensible à
l'émergence de nouveaux modèles de gestion et de financement des
activités internationales. Il pourrait arriver qu'une tournée se
dessine en association étroite avec un partenaire privé et qu'il
faille pour l'occasion identifier une approche marketing conjointe ou
encore il pourrait arriver que certaines compagnies à but non
lucratif songent à créer des sociétés apparentées à but lucratif
pour faire tourner de façon autonome l'une ou l'autre de leur
production tout en associant d'autres partenaires financiers à
l'entreprise. Ce sont des modèles de partenariat bien connus des
milieux économiques et de certaines industries culturelles mais qui
sont plutôt nouveaux pour les organismes artistiques. Là aussi, il
faudrait faire preuve d'ouverture et de souplesse et tant les artistes
que les organismes subventionneurs auront à évaluer l'intérêt de
ces nouvelles formules. On peut enfin imaginer que l'État pourrait développer,
lorsque la situation financière le permettra, des incitatifs
particuliers pour le développement du financement privé pour des
projets de tournées ou de résidence à l'international. Dans
l'avenir, il faudra élargir l'éventail d'instruments à la
disposition des organismes à but non lucratif en arts de la scène :
on pense ici tant à des mesures fiscales qu'à des subventions
d'appariement ou encore à l'accès à des sources de financement
telles le Fonds d'investissement de la culture. De telles approches nécessiteront,
pour la plupart, un virage par rapport aux approches traditionnelles
de la subvention directe, virage qui deviendra requis à cause de la
pluralité des modèles d'activités des organismes.
CONCLUSION
L'accroissement de la diffusion, tant sur le marché
local qu'à l'international, est devenu une réalité incontournable
pour les créateurs et une nécessité pour soutenir le développement
artistique.
Nous sommes arrivés à un carrefour où il faut
tabler sur les acquis tels le maintien de l'aide directe et stable des
subventionneurs aux tournées, aux bourses de spectacles, à des
festivals internationaux et à l'accueil de spectacles étrangers. Et
à cet égard, le Québec s'est résolument engagé vers non seulement
le maintien mais aussi la consolidation de ces acquis.
Mais au-delà des approches traditionnelles, même
renouvelées dans une optique de partenariat, nous devons envisager de
nouvelles approches pour soutenir le développement accéléré de la
circulation des productions artistiques, nouvelles approches où le
privé, les artistes et les subventionneurs s'associeront dans un
partenariat gagnant-gagnant.
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