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Une culture est
vivante si elle est réellement enracinée dans un territoire, intégrée
aux valeurs partagées par une communauté et qu'elle se renouvelle.
La culture doit aussi être accessible à la population de
chaque communauté et de chaque région et pouvoir s'y épanouir en
toute liberté.
Afin de
garantir l'autonomie de la création et d'associer les communautés
artistiques à la gestion du soutien qui lui est destiné, le
gouvernement du Québec a choisi de confier le soutien au développement
des arts et des lettres à un organisme autonome, le Conseil des arts
et des lettres du Québec (CALQ).
Selon sa loi constitutive, le Conseil "a pour objet de
soutenir, dans toutes les régions du Québec, la création, l'expérimentation
et la production artistiques et d'en favoriser le rayonnement au Québec,
dans le reste du Canada et à l'étranger".
Ce mandat est-il
réalisable, compte tenu de la dynamique particulière qui est celle
d'un conseil des arts? Dynamique
qui place le jugement par les pairs et l'excellence artistique à la
base de tous les choix de soutien financier.
On peut certes en douter à première vue!
Cette réaction
a été celle des milieux culturels régionaux au cours des mois qui
ont suivi la création du Conseil.
Desservis auparavant avec compétence par les directions régionales
du ministère de la Culture et des Communications présentes dans
chacune des régions, les milieux culturels ne pouvaient que réagir négativement
à l'action et au soutien d'un conseil des arts jugé centralisateur
et étranger à leur réalité. L'écart
était grand et la recentralisation fut perçue comme un recul.
Ainsi, au
lendemain de la création du Conseil des arts et des lettres du Québec,
les demandes d'aide, principalement celles des artistes provenant des
régions, ont diminué. Ceux-ci,
estimant qu'ils n'avaient aucune chance face aux artistes des grands
centres davantage connus, ont renoncé à présenter des demandes.
En conséquence, les bourses versées aux artistes des régions
ont diminué.
Un peu
d'histoire récente
Face à cette
situation, le Conseil a rencontré des artistes lors d'une tournée
des régions et a posé un certain nombre d'actions afin d'améliorer
l'accessibilité de ses programmes.
En plus de
mettre sur pied un comité des régions dès 1995, l'un des premiers
gestes du Conseil a été de constituer une enveloppe budgétaire d'un
million de dollars réservée aux artistes ayant moins de dix ans de
pratique et dont les demandes provenaient des régions autres que Québec
et Montréal et de faire analyser ces demandes par un jury spécifique
formé d'artistes provenant majoritairement des régions.
Le Conseil a aussi identifié parmi son personnel des répondants
régionaux au sein des équipes disciplinaires.
Bien que ces derniers aient maintenu des liens avec les
intervenants régionaux, le Conseil a cependant continué d'être perçu
comme étant peu au fait des réalités régionales et peu accessible.
Comment alors rétablir
le climat de confiance et être davantage présent en région?
Depuis sa création, le Conseil a cherché à identifier les
pistes d'actions permettant d'inscrire la problématique régionale au
cœur de ses priorités institutionnelles, à bâtir une stratégie et
à la mettre en œuvre.
Les actions
privilégiées par le Conseil pour soutenir l'expression d'une vie
artistique dynamique en région s'articulent aujourd'hui autour de
quatre axes principaux:
- L'intégration
de la problématique régionale dans l'organisation et le mode de
fonctionnement du Conseil.
- L'accentuation
de la présence du Conseil en région.
- La
concertation avec les intervenants et les organismes régionaux.
- La
connaissance des besoins régionaux et le suivi de l'action du
Conseil.
En continuité
de cette stratégie, le Conseil a adopté en juin 2000 un plan
d'interventions territoriales. La
mise en oeuvre de ce plan, bien que récente, est suffisamment avancée
pour que nous puissions en tracer un bilan.
LES AXES
PRIVILÉGIÉS
L'intégration
de la problématique régionale dans l'organisation et le mode de
fonctionnement du Conseil
Afin que la
dimension régionale s'intègre à nos orientations et à nos actions
prioritaires, le Conseil s'est doté d'un comité des régions.
Celui-ci est formé en parts égales de représentants externes
et de membres du conseil d'administration.
Le Conseil s'est aussi doté d'une coordination de l'action régionale.
Ce mandat est actuellement rattaché à la direction des arts
visuels, des arts médiatiques et de la littérature.
Cette dernière direction, en plus de planifier et de mettre en
œuvre le plan d'intervention régionale, en trace un bilan et dépose
annuellement un rapport d'activité au comité des régions.
Dans la
continuité de son intervention au regard des bourses aux artistes,
dont un montant de 1,4 M$ est maintenant réservé aux artistes des régions
ayant moins de dix ans de pratique, le Conseil réserve aux projets
artistiques provenant des organismes des régions autres que Québec
et Montréal 30 % de l'enveloppe des projets de production en arts de
la scène et 40 % de l'enveloppe allouée aux centres d'artistes en
arts visuels et en arts médiatiques.
Le soutien à la circulation des activités artistiques et littéraires
sur le territoire a aussi fortement augmenté.
De plus, le Conseil s'est doté, en 2001-2002, d'un programme
expérimental intitulé Initiatives territoriales qui lui permet de
soutenir des projets ne s'inscrivant pas dans le cadre de ses
programmes réguliers, mais ayant un impact culturel important pour la
région et qui sont appuyés par le milieu.
L'accentuation
de la présence du Conseil en région
Le Conseil des
arts et des lettres du Québec a accentué sa présence en région
avec la création en 1998 des Prix du Conseil.
Ces prix sont octroyés à des artistes en partenariat
principalement avec les conseils régionaux de la culture.
Le Conseil a
aussi tenu à l'automne 1999 une série de rencontres interrégionales
et pluridisciplinaires qui lui ont permis de préparer son plan
d'activité 2000-2003 et, surtout, d'arrimer sa vision et ses actions
avec les aspirations et réalités des milieux artistiques.
De plus, des
rencontres disciplinaires et des rencontres d'information sur les
programmes d'aide financière du Conseil sont planifiées.
Ces rencontres ont lieu selon les besoins exprimés par les
milieux artistiques. Par
ces rencontres, le Conseil entend couvrir l'ensemble des secteurs
artistiques et des régions à l'intérieur du cycle de son plan
d'activité actuel.
Un plan de présence
du personnel du Conseil est aussi établi au début de chaque année
en fonction des activités artistiques prévues dans chaque région.
La
concertation avec les intervenants et les organismes régionaux
Le Conseil des
arts et des lettres du Québec a donc réalisé de nombreux gestes
afin de mieux tenir compte de la problématique particulière des régions
et d'en soutenir plus adéquatement le développement artistique.
Ce développement est bien réel.
De plus en plus, nous recevons des projets provenant des régions,
de plus en plus d'organismes se produisent à l'extérieur de leur région
et circulent ailleurs au Québec ou à l'international.
Ils invitent des metteurs en scène de l'extérieur et reçoivent
des artistes et des écrivains en résidence.
Nous observons donc une synergie de plus en plus grande entre
les artistes et les organismes artistiques des régions entre elles ou
avec l'extérieur du Québec.
Cependant, le
Conseil s'est rendu compte que cela n'était pas suffisant.
Avec des taux de réponse variant de 30 % à 50 % selon les
programmes, un bon nombre de projets artistiques intéressants ne
peuvent être soutenus. Dans
le cas de projets émanant d'une région, compte tenu du faible nombre
de projets proposés, l'absence de soutien a cependant un impact
significatif sur la vitalité culturelle.
De plus, la faible densité de population sur de vastes
territoires, le nombre limité d'artistes et de structures de
production, les difficultés de rétention de créateurs et d'artistes
ainsi que les coûts plus importants de production et de déplacement
posent des défis quotidiens aux organismes et aux artistes dans les régions.
Il fallait donc aller au-delà des interventions habituelles,
faire plus et de façon différente.
Le Conseil se
devait donc d'établir un dialogue plus régulier avec les milieux
culturels de chaque région. Il
devait aussi tenir compte du fait qu'avec la régionalisation, les
milieux locaux établissent leurs priorités d'action.
Dans ce contexte, l'ouverture d'"antenne régionale",
un moment évoqué, était non seulement coûteuse mais ne respectait
pas la dynamique de prise en charge par les milieux qui s'était opérée
au cours des dernières années.
Les efforts du
Conseil ont plutôt consisté à rétablir des ponts avec les
directions régionales du Ministère et les conseils régionaux de la
culture. Avec les premières,
le Conseil a participé à la validation des plans stratégiques de développement
culturel et contribué à apporter des éclairages spécifiques sur
certaines problématiques artistiques régionales.
Le Conseil s'est en outre fait un devoir d'associer les
directions régionales aux pourparlers entourant la conclusion
d'ententes avec les régions.
La concertation
souhaitée s'est concrétisée par la signature au cours de la dernière
année d'accords de coopération avec les conseils régionaux de la
culture et avec un regroupement d'organismes artistiques ayant pour
nom Arrimage. Le Conseil
a maintenant des accords de coopération touchant l'ensemble des régions.
Le dernier accord a été signé en décembre 2001 avec le
Conseil de la culture des régions de Québec et de Chaudière-Appalaches.
Même si le contenu de ces accords varie d'une région à
l'autre, certains comportant des mandats spécifiques, notamment sur
les modalités de gestion des Prix du Conseil des arts et des lettres
du Québec, deux objectifs majeurs sont à la base de chacun d'eux :
- Documenter
les besoins et la situation de la vie artistique et informer le
Conseil des projets de développement.
- Rendre
accessible aux artistes et aux organismes la documentation diffusée
par le Conseil; offrir un service-conseil aux artistes sur les
programmes du Conseil et participer à l'élaboration d'activités
d'information, de promotion et de concertation.
Cette volonté
de faire plus et surtout d'inviter les milieux régionaux à
s'impliquer davantage dans le soutien à la vie artistique, s'est
aussi traduite par la signature d'ententes spécifiques avec les
conseils régionaux de développement.
À partir des enjeux artistiques inscrits au plan stratégique
d'une région, le Conseil, en concertation étroite avec les
directions régionales du Ministère et les conseils régionaux de la
culture, conclut des ententes spécifiques dont le contenu s'harmonise
avec les axes de son cadre d'intervention à l'égard d'une entente de
développement artistique. Ainsi,
l'entente peut permettre, selon le cas :
- De soutenir
une vie artistique forte dans les régions par l'appui, entre
autres, à des projets artistiques axés sur le développement de
liens avec des collectivités et favorisant l'accessibilité de la
population à la culture.
- D'appliquer
des mesures spéciales et ponctuelles visant l'émergence et le développement
sur le plan disciplinaire.
- De supporter
des initiatives et des projets novateurs issus d'artistes de la
relève ou en voie de professionnalisation.
- D'encourager
de nouvelles initiatives visant le développement d'emplois
artistiques ou soutenant la rétention des artistes dans leur
milieu.
- De développer
et de fidéliser des publics à l'égard des œuvres artistiques régionales.
Une première
entente a été signée en juillet 2001 avec le Conseil régional de développement
de l'Abitibi-Témiscamingue. D'une
durée de trois ans (2001-2004), cette entente est dotée d'une
enveloppe budgétaire de 300 000 $ ou 100 000 $ par année et financée
en parts égales par le CRDAT et le Conseil.
L'entente a permis l'élaboration d'un programme dédié
exclusivement aux artistes et aux collectifs d'artistes.
Formé d'artistes de la région, le premier jury s'est tenu les
7 et 8 janvier derniers et a recommandé de soutenir 11 projets pour
un montant total de 100 000 $. À
titre de comparaison, le Conseil n'avait versé qu'un montant de 21
000 $ en 2000-2001 dans le cadre de son programme de bourses aux
artistes.
Une autre
entente avec la région de la Mauricie-Centre du Québec vient d'être
signée et des discussions sont entamées ou en cours avec les régions
de la Montérégie, de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, de
l'Outaouais et du Saguenay-Lac-Saint-Jean.
La
connaissance des besoins régionaux et le suivi de l'action du Conseil
L'adaptation de
nos actions découle de constats posés à la suite de bilans périodiques
produits par le Conseil. À
cette fin, le Conseil a commencé à constituer un cahier régional
qui réunira, par région, l'ensemble des fiches rédigées sur chacun
des organismes demandeurs. Par ailleurs, le Conseil produit une fiche
régionale regroupant l'ensemble des informations relatives à une région.
Cette fiche contient les caractéristiques de la région, un
constat des statistiques de l'activité artistique par discipline et
présente les enjeux artistiques et disciplinaires spécifiques à
chaque territoire. Établis
en concertation avec nos partenaires régionaux, ces deux outils nous
permettront d'élaborer les orientations générales et disciplinaires
du Conseil en matière d'action régionale, et d'informer les jurys et
les membres des comités consultatifs sur les spécificités régionales.
L'automne
dernier, nous avons produit un document traitant de l'évolution de
l'aide financière versée par le Conseil depuis sa création selon
les régions administratives et les disciplines.
Ce document sera disponible au cours des prochaines semaines.
À sa lecture, nous constatons que le Conseil a encore du
travail à faire pour améliorer ses interventions dans les régions.
Les efforts pour accentuer sa connaissance sur l'impact régional
de ses actions doivent en conséquence se poursuivre.
Les
perspectives d'avenir
Le Conseil des
arts et des lettres du Québec a inscrit à son plan d'activité
2000-2003 l'objectif de renforcer sa présence dans les régions du Québec
sur la base d'une diversification et d'une intensification des moyens
d'action. C'est dans ce
contexte que le comité des régions s'est réuni le 14 janvier
dernier afin d'effectuer le suivi de ce plan d'action.
Les membres du
comité des régions estiment que le Conseil est maintenant mieux perçu
en région, notamment auprès des organismes.
Ils constatent cependant que les artistes ont encore du mal à
comprendre le fonctionnement du Conseil et ont le sentiment que
celui-ci les dessert.
En effet, face
à la multiplication des intervenants gouvernementaux en culture, les
artistes et les organismes ont du mal à comprendre ce qui est de la
responsabilité des uns et des autres et en conséquence, à qui, ils
doivent s'adresser. C'est
pourquoi les membres du comité des régions souhaitent que l'on améliore
les communications auprès des milieux artistiques régionaux.
Nous sommes
conscients cependant que le problème ne se situe pas uniquement à ce
niveau. Nous devons avoir
le souci de mieux nous concerter afin que les milieux artistiques et
culturels aient une image plus cohérente de l'ensemble de nos
interventions. Le Conseil
entend donc intensifier ses efforts de concertation, cette fois avec
les partenaires gouvernementaux poursuivant les mêmes objectifs au
regard du développement culturel.
Ainsi, dans la mesure où les principes de soutien financier à
la base de sa création sont respectés, le Conseil pourra s'associer
au Ministère ou à d'autres sociétés d'État souhaitant conclure
une entente de développement avec les intervenants régionaux ou
locaux.
De plus, la création
prochaine de conseils des arts par plusieurs municipalités nous ouvre
des avenues intéressantes. En
effet, la création de conseils des arts par les nouvelles municipalités
élargies ne peut qu'encourager une plus grande implication de leur
part dans le financement des arts tout en garantissant une plus grande
pérennité de leurs interventions.
Ces conseils des arts partageant les mêmes principes dans
l'allocation du soutien financier que le Conseil des arts et des
lettres du Québec, on peut aussi penser qu'ils deviendront dans
plusieurs régions autant de nouveaux partenaires naturels.
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