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LE RAPPORT
L'analyse des diverses problématiques dans le domaine des arts
visuels nous a conduits à un constat. Seul un plan de développement
embrassant plusieurs années et comprenant un ensemble d'interventions
énergiques, entreprises concurremment, à plusieurs niveaux, peut remédier
à la situation actuelle et garantir le développement normal de ce
secteur artistique.
Traçons rapidement quelques traits, parmi les plus visibles, de la
situation présente. Sans se vouloir misérabiliste, force est de
constater que la situation des artistes en arts visuels, médiatiques
et électroniques ainsi que celle des professionnels de l'art, dont un
grand nombre sont aussi des travailleurs indépendants, est plus que
difficile et précaire. Bon nombre d'institutions muséales d'art sur
le territoire du Québec sont dotées d'équipements depuis longtemps
désuets. La mémoire de l'art qui se crée au Québec depuis les années
quatre-vingts est pour ainsi dire perdue, faute de souci de
conservation et de la pauvreté des budgets d'acquisition des
institutions muséales. Des galeries d'art contemporain et actuel,
commerciales ou parallèles, disparaissent les unes après les autres.
Celles qui survivent le doivent à l'énergie butée et acharnée de
galéristes ou d'artistes.
Aussi, avons-nous cherché, comme Groupe-conseil, à proposer un plan
d'ensemble cohérent et à imaginer des solutions qui auraient des
retombées multiples dans le milieu des arts visuels, médiatiques et
électroniques.
À l'évidence même, l'amélioration du statut socio-économique des
artistes en arts visuels, médiatiques et électroniques est liée au
soutien à la création et à la production individuelles. C'est dans
cet esprit que nous proposons de maintenir le plancher minimum de 15 %
du budget de transfert alloué au programme de bourses aux artistes
professionnels et que nous considérons les nouveaux outils
technologiques d'abord comme des instruments de création dont l'accès
devra être facilité aux artistes en arts visuels. Pour cette même
raison, nous suggérons, en outre, d'établir pour les arts médiatiques
et électroniques, secteur de pointe en pleine expansion, un même
ensemble de programmes que pour les arts visuels.
L'amélioration des conditions professionnelles des artistes est également
liée à la consolidation des réseaux de production, de diffusion,
d'acquisition et de conservation des œuvres d'art - les centres
d'artistes, les centres d'exposition, les musées, les galeries d'art.
Faisons ici une parenthèse pour dire que, malgré la faiblesse des
moyens dont ont disposé les institutions de ces réseaux, elles ont réalisé
beaucoup avec peu et ont fait preuve d'un sens poussé de la
responsabilité dans l'utilisation des fonds publics.
Nous donnons quelques exemples de mesures à incidence financière
proposées dans notre rapport qui, croyons-nous, auront des retombées
multiples et que nous considérons comme des leviers importants,
susceptibles de régénérer, en même temps et à plusieurs niveaux,
les secteurs des arts visuels et des arts médiatiques et électroniques.
Nous proposons, par exemple, une mesure, qui nous paraît essentielle,
celle d'ouvrir les programmes de bourses du Conseil des arts et des
lettres du Québec aux professionnels de l'art (conservateurs de
collections, commissaires/ conservateurs indépendants, auteurs spécialisés,
éducateurs, coordonnateurs et responsables d'organismes en arts
visuels) en raison de l'importance de leur activité professionnelle
et de leur contribution quotidienne au développement des arts.
Nous proposons également la création d'un Fonds de dotation de 15
millions $, imputé au service de la dette du Gouvernement du Québec,
dont les intérêts seraient investis chaque année sur le territoire
du Québec divisé en dix régions, dans dix musées, pour
l'acquisition d'œuvres d'art contemporain et actuel, un
investissement remboursable sur une période de 25 ans.
Sur le plan financier, ce programme d'acquisition d'œuvres d'art
d'aujourd'hui par des musées, dans les différentes régions du Québec,
est un investissement et non une dépense, puisque le prêt serait
remboursable. Il injecterait annuellement jusqu'à un million et demi
de dollars dans le réseau et dans l'achat d'œuvres d'artistes québécois
et par le fait même améliorerait la situation financière des
artistes et des galeries à la grandeur du Québec ; il débloquerait
le marché, stimulerait la diffusion de l'art contemporain et actuel
et augmenterait l'accès du public à l'art d'ici ; il ouvrirait des
postes pour des professionnels de l'art, formés et compétents mais
sans emploi ; il entraînerait la mise aux normes muséologiques, qui
est urgente, des institutions muséales. Liée à ce programme
d'acquisitions, la création d'un Institut national de la conservation
assurerait la conservation de ce patrimoine artistique selon des
normes adéquates.
L'agrément des galeries privées d'art contemporain et actuel est une
proposition qui vise à reconnaître officiellement, comme lieux
privilégiés de la vente et de l'évaluation des œuvres d'art, un
certain nombre de galeries privées déjà reconnues pour la qualité
de leur promotion et de leur diffusion de l'art contemporain et actuel
québécois.
L'application de cette recommandation aurait diverses retombées
positives. Elle accorderait un statut clair aux galéristes
professionnels. Ce sceau de qualité reconnu à des galeries privées
et l'établissement de critères d'évaluation des œuvres d'art accroîtraient
le degré de confiance des acheteurs, connaisseurs ou non, entreprises
ou particuliers, collectionneurs ou novices. Le marché de l'art et la
diffusion de l'art actuel québécois en seraient stimulés avec des
conséquences heureuses pour l'art d'ici, pour les revenus des
artistes et pour la stabilité des galeries.
Le Groupe-conseil s'est arrêté au rôle des municipalités, palier
gouvernemental qu'il estime vital, en raison de sa proximité à la
fois avec le public et avec les artistes qui y résident. Nous les
invitons à réfléchir à la responsabilité qui leur incombe en matière
de culture et d'art et à instaurer une politique culturelle et
artistique incluant les arts visuels ainsi que les arts médiatiques
et électroniques. Ces secteurs sont moins évidents à première vue
que l'art de l'humour, des secteurs que dans l'entreprise manufacturière
on qualifierait de mous, puisqu'il faut les soutenir, mais ce sont des
arts qui procurent une nourriture irremplaçable pour l'âme et des
joies intimes de délectation profonde.
Plusieurs autres recommandations du rapport viennent compléter les
propositions mentionnées.
Nombre d'entre elles, aussi bien en formation qu'en recherche et création,
en diffusion, en acquisition et en conservation de l'art contemporain
et actuel, tablent sur la concertation dans le milieu même des arts
visuels, médiatiques et électroniques et avec des partenaires de
divers autres milieux publics et privés. Ces mesures peuvent être
appliquées immédiatement sans injection de nouveaux fonds. Elle
exigent avant tout des artistes, malgré les difficultés de leur
situation individuelle, une volonté commune de s'organiser
collectivement, et des partenaires actuels et éventuels, un
engagement responsable à reconnaître la place vitale de l'art dans
la société et la contribution sociale des artistes et des
institutions en arts visuels.
Un rapport non chiffré?
Le Groupe-conseil n'a pas eu les ressources pour faire une analyse des
coûts de ses propositions. Il ne peut ainsi satisfaire le lecteur
matois pour qui le chiffrage des choses est l'aune qui lui permet de
mesurer le sérieux d'une analyse et des recommandations qui en découlent.
Par ailleurs, on sait que le Conseil des arts et des lettres du Québec
et le ministère de la Culture et des Communications se feront un
devoir immédiat de fureter du côté des coûts, une fois passés et
peut-être acceptés les principes...
Disons clairement qu'il faut de nouvelles ressources financières pour
les arts visuels, médiatiques et électroniques, avant de songer à
les prendre par exemple dans les sommes consenties aux arts de la scène!
Par ailleurs, ce que nous proposons est un jeu d'ensemble où
certaines propositions agissent comme des leviers importants.
Nous croyons que la Ministre doit accepter, avec ses conséquences
tangibles, d'accorder une priorité politique et financière aux arts
visuels, médiatiques et électroniques, comme cela s'est fait dans le
passé pour d'autres secteurs artistiques, quand la situation
l'exigeait. Notre évaluation fort réfléchie nous amène à fixer,
dans une fourchette de 3,5 à 5 millions $ par année, les sommes
nouvelles, incluant, bien sûr, le Fonds de dotation dont l'importance
est vitale à la constitution d'un patrimoine vivant de l'art de notre
temps. Le scandale permanent des fonds d'acquisition maigrelets des
grands musées - et surtout leur absence généralisée ailleurs - a
suffisamment duré.
Les
lignes de force
Le Groupe-conseil a centré son analyse de la situation sur le créateur.
Il l'a fait, en suivant le profil de la démarche artistique, qui
s'appuie sur quatre axes :
- la formation
- la recherche, la création et la production
- la diffusion de l'art contemporain et actuel
- l'acquisition d'œuvres d'art contemporain et actuel et leur
conservation.
Il a tenté d'apporter une réponse d'ensemble aux problèmes actuels
qui touchent les arts visuels au Québec, au lieu de proposer des
solutions à la pièce. Il a voulu proposer des changements qui sont
liés les uns aux autres et qui concourent à une solution globale,
qui, seule, pourra assurer, dans l'avenir, un meilleur développement
des arts visuels.
En voici les lignes de force par rapport aux programmes et par rapport
au développement général des arts visuels.
1. Par rapport aux programmes
Pour l'artiste
La généralisation du principe du versement de cachets pour
toute exposition de leurs œuvres, quel que soit le lieu.
L'admissibilité aux programmes de subvention du Conseil des arts et
des lettres du Québec pour des projets de recherche, de création et
de diffusion, par exemple, la recherche et la production d'un
catalogue.
L'admissibilité à des programmes d'artistes en résidence, en milieu
académique, en milieu muséal ou dans un autre milieu des arts
visuels, au Québec et à l'extérieur du Québec.
Pour les professionnels de l'art
L'admissibilité, à titre individuel, aux bourses de
recherche et création, de perfectionnement, de ressourcement et de déplacement
du Conseil.
L'admissibilité à des programmes de professionnels en résidence, en
milieu académique, en milieu muséal ou dans un autre milieu des arts
visuels, au Québec et à l'extérieur du Québec.
L'admissibilité aux programmes de subvention du Conseil, pour des
projets de publication de catalogues, d'essais, des projets
d'animation, de diffusion, d'expositions et aux programmes de
subvention du Bureau des tournées du Conseil.
Pour les techniciens de l'art
L'admissibilité à des bourses de perfectionnement du
Conseil, à des bourses de formation académique et de formation
continue.
Pour les arts médiatiques et électroniques
La création d'un secteur distinct des arts visuels, non
seulement pour les programmes de bourses aux individus mais aussi pour
les programmes de subvention aux organismes, et le soutien financier
aux productions originales indépendantes.
Pour les centres d'artistes
En sus de leur subvention au fonctionnement, l'admissibilité
aux programmes de subvention du Conseil, pour des projets de recherche
et création, et de diffusion ; pour accueillir des artistes et des
professionnels de l'art en résidence ; pour les cachets à verser aux
artistes.
L'admissibilité au programme d'aide financière aux équipements
culturels du Ministère.
Suite à la levée du moratoire sur l'accréditation des musées et
des centres d'exposition, certains centres d'artistes voués à la
diffusion et qui répondent aux normes muséologiques pourraient être
accrédités ; ils seraient alors admissibles aux subventions au
fonctionnement prévues pour les centres d'exposition et aux
programmes du Conseil auxquels ceux-ci sont admissibles.
Pour les centres d'exposition
Le transfert avec les crédits de la gestion des centres voués
à l'art contemporain du Ministère au Conseil et leur admissibilité
au programme de soutien au fonctionnement du Conseil.
L'admissibilité des centres d'exposition aux programmes du Conseil,
pour des projets de recherche et création, de diffusion et d'événements
nationaux et internationaux ; pour accueillir des artistes et des
professionnels de l'art en résidence ; pour les cachets à verser aux
artistes.
Leur admissibilité au programme d'aide financière aux équipements
culturels du Ministère.
Pour les événements nationaux et internationaux
L'admissibilité aux programmes de subvention du Conseil,
dans les volets recherche et création, et diffusion ; pour accueillir
des artistes et des professionnels de l'art en résidence ; pour les
cachets à verser aux artistes.
L'admissibilité au programme d'aide financière aux équipements
culturels du Ministère.
Pour les périodiques spécialisés en art visuels
En sus de leur subvention au fonctionnement, l'admissibilité
aux programmes de subvention du Conseil, pour des projets de recherche
et création, et de publication de catalogues et d'essais ; pour
accueillir des artistes ou des professionnels de l'art en résidence ;
pour les cachets à verser aux auteurs spécialisés qui collaborent
à leur publication.
L'admissibilité au programme d'aide financière aux équipements
culturels du Ministère.
L'abonnement obligatoire des bibliothèques du Québec et des délégations
du Québec à l'étranger à ces périodiques.
Pour les regroupements nationaux :
Le Regroupement des artistes en arts visuels (RAAV)
Le Regroupement des centres d'artistes autogérés du Québec (RCAAQ)
La Société des musées québécois (SMQ)
L'Association des galeries d'art contemporain de Montréal (AGACM)
L'admissibilité aux programmes de subvention au fonctionnement du
Ministère ou du Conseil.
L'admissibilité aux programmes du Conseil, pour des projets de
recherche et création, et de diffusion.
L'admissibilité au programme d'aide financière aux équipements
culturels du Ministère.
Pour les conseils disciplinaires
L'admissibilité aux programmes de subvention du Conseil,
pour des projets de recherche et création, et de diffusion, pour le bénéfice
de leurs membres.
L'admissibilité au programme d'aide financière aux équipements
culturels du Ministère.
Pour les musées d'art
La subvention au fonctionnement à un musée d'art, liée à
l'exercice de son mandat, à sa collection d'œuvres d'art et à sa
mise en valeur par un programme d'expositions, serait sous la
responsabilité du Ministère et financée par lui ; mais les
fonctions d'animation culturelle et de présentation d'expositions
temporaires seraient sous la responsabilité du Conseil et financées
par lui.
L'admissibilité aux programmes de subvention du Conseil, pour des
projets de recherche et création, de diffusion et d'événements
nationaux et internationaux ; pour accueillir des artistes et des
professionnels de l'art en résidence ; pour les cachets à verser aux
artistes.
La responsabilité de la gestion du Fonds de dotation pour
l'acquisition d'œuvres d'art contemporain et culturel.
L'admissibilité au programme d'aide financière aux équipements
culturels du Ministère.
Pour les galeries privées
L'agrément de galeries privées : une recommandation suggère
d'agréer un certain nombre de galeries privées reconnues pour la
qualité de leur promotion et de leur diffusion de l'art contemporain
et actuel québécois, de les agréer comme lieux professionnels de
diffusion et de lieux privilégiés de la vente et de l'évaluation
des œuvres d'art.
L'admissibilité aux programmes de subvention du Conseil, pour des
projets de recherche et création, et de diffusion ; pour accueillir
des artistes et professionnels de l'art en résidence ; pour les
cachets à verser aux artistes.
2. Par rapport au développement général
des arts visuels
À Montréal
La consolidation de la diffusion et des échanges de réciprocité
sur le plan international par la création, à Montréal, d'un Centre
international des arts visuels.
Dans les régions
Le projet d'un Fonds de dotation pour l'acquisition d'œuvres
d'art contemporain et actuel par des musées, sur l'ensemble du
territoire du Québec, serait un apport considérable pour améliorer
le statut socio-économique des artistes de l'ensemble du Québec et
stimuler le développement à court comme à long terme des arts
visuels dans les différentes régions.
Une recommandation suggère que pour la mise en valeur de leurs
collections, les musées d'État du Québec (le Musée du Québec, le
Musée de la civilisation et le Musée d'art contemporain de Montréal)
et le Musée des beaux-arts de Montréal, institutions très largement
subventionnées, consacrent une enveloppe dédiée à la préparation
d'expositions itinérantes ; et qu'ils les louent, pour la circulation
sur le territoire du Québec, pour une somme symbolique aux plus
petites institutions. Cette proposition stimulerait et accroîtrait la
diffusion des arts visuels auprès d'un public qui aurait ainsi de
meilleures et de plus fréquentes occasions de se familiariser avec
l'art.
Le Bureau des tournées du Conseil facilitera la circulation des
expositions sur l'ensemble du territoire et à l'extérieur du Québec.
L'Institut national de la conservation, qui serait créé, à partir
du Centre de conservation du Québec, aurait la responsabilité générale
du patrimoine d'art contemporain et actuel, acquis par l'entremise du
Fonds de dotation. Il verrait aussi à établir un plan de
conservation, d'entretien et de restauration, dont la responsabilité
d'exécution incomberait aux ministères, pour les œuvres publiques réalisées
dans le cadre du programme de l'intégration des arts à
l'architecture et à l'environnement.
La formation générale et la formation universitaire
L'école étant un lieu d'apprentissage global, la valeur
formatrice des arts doit y être reconnue au même titre que celle des
sciences ; l'éducation aux arts doit donc faire partie intégrante de
la formation générale aux ordres primaire, secondaire et collégial.
Les universités ont pour responsabilité d'assurer une meilleure
formation en arts visuels, tant technique que théorique, de tisser
des liens avec le milieu de la pratique artistique et d'inviter des
artistes et des professionnels de l'art en résidence.
L'Institut national de la recherche scientifique (INRS)
Cet Institut doit assurer le développement de la recherche
scientifique en art, en partenariat avec des universités.
La concertation entre tous les partenaires
Seule une concertation accrue entre tous les partenaires du développement
des arts visuels en assurera l'avenir. Cela signifie une concertation
plus étroite entre les artistes, les organismes et les institutions
des arts visuels, entre les organismes subventionneurs, entre les
divers paliers de gouvernement et entre tous ces acteurs.
La concertation sur les projets d'immobilisation dans les
diverses régions
Une concertation préalable obligée entre le Ministère et
le Conseil s'impose sur les projets d'immobilisation en arts visuels
dans les diverses régions, afin d'arrimer les projets du Ministère
et les programmes de soutien au financement des organismes du Conseil.
Le rôle des municipalités
Les municipalités ont la responsabilité de se doter d'une
politique culturelle, afin de favoriser le développement des arts
visuels dans leur milieu, et d'établir une politique de taxation équitable
à l'endroit des artistes professionnels en arts visuels et favorable
à l'implantation d'ateliers et d'ateliers-résidences.
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