Enseignement collégial, littérature québécoise
et théâtre au Québec


Étude réalisée pour le compte de l'UNEQ, l'ANEL, l'AQPF, du CEAD, du CQT et du CALQ


Faits saillants


Pour le texte intégral de l'étude, veuillez commuiquer avec l'
Union des écrivaines et des écrivains québécois

 


Faits saillants En marge des Assises nationales des États généraux sur l'Éducation tenues à Montréal en septembre 1996, l'Union des écrivaines et écrivains québécois, le Conseil québécois du théâtre, le Centre des auteurs dramatiques, le Conseil des arts et des lettres du Québec, l'Association nationale des éditeurs de livres et l'Association québécoise des professeurs de français ont tiré une véritable sonnette d'alarme en livrant les résultats d'une étude sur l'enseignement de la littérature québécoise et du théâtre dans les collèges du Québec. Les organismes ont déploré que la place de la littérature québécoise ait fortement diminué dans le nouveau programme d'enseignement collégial, que l'étude du théâtre soit carrément menacée et que l'assistance à des représentations théâtrales ne soit plus obligatoire.

L'étude confiée à M. Max Roy, professeur au département d'études littéraires de l'Université du Québec à Montréal, démontre en effet que:
  • Depuis l'entrée en vigueur du nouveau programme, pour les années scolaires 1994-1995 et 1995-1996, un seul des quatre cours obligatoires de français est consacré à la littérature québécoise, qui constitue actuellement 26,4 % du corpus, comparativement à 47,2 % pendant la période couvrant les années 1990 à 1995, soit avant la réforme.

  • Comme ce ne sont plus les genres (poésie, roman, théâtre, etc.) mais les courants littéraires (romantisme, symbolisme, surréalisme, etc.) qui servent désormais de toile de fond aux apprentissages langagiers et à l'acquisition de compétences intellectuelles, les œuvres québécoises entrent difficilement dans ces courants qui correspondent en fait aux catégories de l'histoire de la littérature française.

  • La version actuelle du programme ne semble pas se prêter à l'inclusion de nouveaux écrivains ; sauf exception, on fait peu référence aux auteurs contemporains vivants.

  • L'ancien programme était ouvert à la diversité ; on y retrouvait côte-à-côte des chefs-d'œuvre des littératures francophones et étrangères, ce qui est désormais exclus, puisque les œuvres en traduction sont bannies du corpus.


En rendant publics ces résultats, le président de l'Union des écrivaines et écrivains québécois, M. Bruno Roy, émettait l'avis que la nouvelle orientation du programme d'enseignement aura certainement un impact sur la diffusion et la réception des œuvres franco-québécoises. «Au collégial, ce ne sont plus les habiletés mais les habitudes de lecture qui se développent. Comment pouvons-nous espérer donner envie aux jeunes de lire les auteurs québécois si ces derniers sont relégués à faire de la figuration dans les plans de cours, quand ils n'en sont pas carrément évacués?» Réitérant la nécessité d'accorder une place privilégiée à la littérature québécoise et aux auteurs contemporains dans le corpus, M. Roy rappelle que l'étude démontre que «le nouveau programme d'enseignement collégial semble chercher à imposer une culture uniforme et traditionnelle peu adaptée aux attentes et aux besoins de nos contemporains.»

Pour la présidente-directrice générale du Conseil des arts et des lettres du Québec, Mme Marie Lavigne, l'orientation du nouveau programme affectera autant la formation des étudiants que l'avenir et la survie des arts au Québec. «La formation culturelle, qu'elle soit littéraire, théâtrale ou autre, participe au développement global de la personnalité. La formation qui nous est dispensée entraîne une relation d'appartenance ou d'identification à la culture proposée. Si le parcours didactique est essentiellement fondé sur une culture extérieure, il s'ensuivra forcément une dévalorisation, un désaveu de la culture environnante. Il faut absolument que l'école se fasse l'écho de notre culture si l'on ne veut pas qu'un écart se creuse davantage entre la culture vivante et la culture scolaire.»

S'adressant à la Commission des États généraux sur l'éducation en septembre 1996, Mme Lavigne avait insisté sur l'importance d'intégrer en force l'enseignement des arts et des lettres dans le système scolaire. En conférence de presse, elle a souligné que les activités culturelles de tous genres devraient faire partie du corpus, et non pas être considérées simplement comme des activités parascolaires ou facultatives. Elle a suggéré, par exemple, que l'«Ensemble 4» du nouveau programme de français puisse englober des activités comme l'assistance à des pièces de théâtre, des rencontres avec des auteurs ou une participation à d'autres formes de manifestations artistiques.

En ce qui a trait au théâtre, l'étude démontre que la situation est tout aussi préoccupante.

  • L'étude du genre théâtral n'est obligatoire dans aucun des quatre ensembles, ce qui a pour conséquence un recours exceptionnel et arbitraire à la représentation théâtrale comme objet d'étude au collégial.

  • L'abolition des cours de théâtre dans le nouveau programme a entraîné la disparition de contenus spécifiques et, notamment, de contenus québécois, mais aussi de l'expérience pratique qui favorisait l'intégration, par identification, de schèmes culturels.

  • La plupart des plans du cours «Théâtre» de l'ancien programme prévoyaient l'assistance des étudiants à une ou deux pièces de théâtre par semestre, ce qui signalait une volonté d'initiation au monde théâtral. Les professeurs jouaient un rôle à cet égard en incitant les étudiants à aller au théâtre et en les préparant à l'expérience. Résultat de cette initiative : dans un seul cégep, les cours de théâtre dispensés entre 1990 et 1995 ont signifié près de 8 000 admissions d'étudiants au théâtre. Cependant, très peu de professeurs ont pu inscrire une telle activité dans les nouveaux cours en raison des contraintes du programme. Les activités qui se rapportent au théâtre doivent désormais se réaliser à l'extérieur, parallèlement aux cours obligatoires et non dans leur prolongement.


Le milieu concerné tient à rappeler le rôle prépondérant du ministère de l'Éducation dans l'application de la politique culturelle du gouvernement du Québec adoptée en 1992 et l'importance de sa mission comme titulaire de l'éducation et de la formation générale des Québécois.

«L'enseignement actuel du français au collégial recourt de façon obligatoire à l'étude de textes d'auteurs québécois dans un seul des quatre ensembles au programme. La culture québécoise en général et la culture contemporaine en particulier s'en trouvent dévalorisées», a déclaré pour sa part M. Alain Fournier, vice-président du Conseil québécois du théâtre. «Le théâtre représente une forme privilégiée d'expression de la culture francophone. Or, les habitudes de fréquentation du théâtre s'acquièrent en grande partie pendant la période scolaire. La fréquentation du théâtre au niveau collégial étant devenue essentiellement volontaire, il s'ensuivra pour les jeunes Québécois un appauvrissement de leur culture générale.»

En conclusion, les organismes ont adressé à la Commission des États généraux sur l'éducation les recommandations suivantes:

  • Que le ministère de l'Éducation du Québec réintègre l'enseignement des arts et des lettres dans l'ensemble du système scolaire et que, plus spécifiquement, l'«Ensemble 4» du programme de français au collégial inclue des sorties culturelles ou d'autres activités axées sur la pratique artistique actuelle ;

  • que le ministère de l'Éducation accorde à la littérature québécoise l'importance qu'elle avait acquise dans l'ancien programme d'études collégiales et que l'étude des textes dramatiques soit obligatoire dans chacun des ensembles du programme de français au collégial ;

  • que le programme d'enseignement donne une vision forte des pratiques artistiques québécoises contemporaines en mettant à l'étude des œuvres littéraires ou dramaturgiques d'auteurs québécois contemporains vivants ;

  • que le programme d'enseignement fasse preuve d'ouverture en donnant accès aux œuvres de cultures autres que francophones ;

  • que la sortie théâtrale soit obligatoire à l'intérieur du programme actuel de français au niveau collégial ;

  • que tout en respectant les objectifs de ses programmes d'enseignement et ceux de la Politique culturelle du Québec, le ministère de l'Éducation favorise l'édition, les auteurs et les productions théâtrales québécoises dans sa politique d'achat et fasse en sorte de porter à la connaissance des enseignants les programmations et les ouvrages pertinents.




Pour le texte intégral de l'étude, veuillez commuiquer avec l' Union des écrivaines et des écrivains québécois


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