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La problématique |
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Toute notre société vit depuis quelques années une période de
compressions et de rigueur financière. Après avoir accumulé déficits
et dettes, les administrations publiques de plusieurs pays du monde,
incluant le Canada, le Québec et les administrations locales se sont
engagées au cours des dernières années, dans des opérations de
redressement qui visent à assainir les finances publiques et,
ultimement, à redonner aux sociétés et à leurs gouvernements les
moyens de se donner de nouveau la possibilité de choisir des avenues
de développement répondant aux besoins et aux aspirations des
citoyens.
Le contexte actuel est néanmoins à la réduction des services et
des dépenses gouvernementales. L'entreprise privée n'est pas en
reste. Poussé par la concurrence issue de la mondialisation des marchés,
le secteur privé mesure avec précautions ses contributions
volontaires à l'essor de notre société.
Pour les artistes et créateurs, ce climat se traduit depuis
quelques années par un resserrement radical des sources de
financement.
- La clientèle pour les oeuvres de création, affectée par le
haut taux de chômage et les différentes contraintes d'une économie
quasi-stagnante, dispose de budgets restreints. Les meilleurs
spectacles sont parfois donnés devant des publics réduits, même
pour des institutions de haute réputation, et artistes, artisans,
écrivains, doivent faire des miracles pour conserver ou développer
leur «marché».
- Les subventions gouvernementales diminuent constamment. Ainsi
que l'indique Statistique Canada, les dépenses des
administrations publiques pour la culture et les communications,
en 1994-1995, ont atteint 5,8 milliards de dollars, en hausse de
0,5 % comparativement à l'année précédente. Mais, une
fois soustraite l'inflation pour cette période, soit, plus de 1 %,
l'argent consacré au secteur culturel a diminué, pour la cinquième
année consécutive.
- En réalité, le Conseil des Arts du Canada a réduit
substantiellement son apport au secteur de la création au cours
des 5 dernières années. Le Québec, au contraire, a accru sa
contribution, mais pas suffisamment pour contrebalancer la perte
de revenus des créateurs québécois attribuable aux restrictions
budgétaires fédérales.
- Le secteur privé a, lui-aussi, réduit sa contribution au
secteur de la création, misant davantage sur des activités de
commandite reliées à des événements, spectacles, films ou séries
télévisées offrant une plus grande rentabilité commerciale.
- Les programmes gouvernementaux de nature générale qui
pouvaient autrefois bénéficier à certains artistes, au cours de
leur carrière, notamment des programmes de subvention à
l'embauche temporaire, d'accès à l'emploi ou d'assurance-chômage,
sont désormais beaucoup moins nombreux et beaucoup moins généreux
qu'autrefois.
Le résultat est que les créatrices et créateurs du Québec se
trouvent actuellement dans une position plus précaire que jamais. Même
des organismes culturels et des artistes connus et respectés
mondialement et ambassadeurs de notre dynamisme culturel sont
aujourd'hui vulnérables à une diminution, fût-elle modeste, des
contributions gouvernementales.
Une analyse spécifique des données financières relatives aux 102 organismes
du secteur des arts de la scène recevant une aide au fonctionnement
du Conseil des arts et des lettres du Québec révèle que:
- 49 % des organismes prévoient terminer l'exercice
1995-1996 avec un déficit accumulé;
- au cours des 4 dernières années, à peine 25% des organismes
ont pu améliorer leur situation financière;
- les dépenses de ces organismes ont augmenté de 11 % au
cours des dernières années, passant de 82,2 millions $ en
1992-1993, à 91,2 millions $ en 1995-1996;
- les revenus de ces organismes sont constitués à 48 % de
subventions dont 28 % provenant du gouvernement du Québec,
14 % du niveau fédéral et 6 % du niveau municipal.
- Les centres d'artistes en arts visuels, de leur côté, tirent
72 % de leurs revenus de sources gouvernementales, dont 44 %
du Québec.
Notons qu'aux États-Unis, l'aide financière des administrations
publiques ne représente que 8 % des revenus des organismes
culturels. En revanche, le secteur privé comble à lui seul 50 %
des besoins financiers des organismes artistiques. Les États-Unis
offrent au secteur privé et aux organismes artistiques d'excellents
avantages fiscaux qui favorisent le financement des arts par
l'entreprise. À l'opposé, en France ou au Royaume-Uni, de 65 %
à 80 % du financement des organismes culturels est assuré par
l'État.
Au Québec, notre analyse nous amène à conclure que la situation
de nombreux organismes culturels se détériore à un rythme alarmant.
Plusieurs organismes majeurs et de grande réputation ne survivraient
pas à une réduction de l'aide gouvernementale, fût-elle minime.
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