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Une politique gouvernementale
de la lecture doit s'engager fermement envers une littérature
nationale et celles et ceux qui la créent
Au moment du Sommet où l'on discute du projet de politique de la
lecture et du livre, la situation de l'industrie du livre, les
difficultés des libraires, le prix des livres, la concurrence dans le
marché de l'édition, l'état des collections des bibliothèques, la
construction de la Grande Bibliothèque et l'insuffisance des capacités
de lecture d'une partie de la population font l'objet de débats
parfois passionnés dans les milieux concernés.
Quel que soit l'intérêt de chacune de ces questions, il faut se
rappeler qu'une politique de la lecture est l'un des fondements d'une
véritable politique culturelle et qu'en ce sens, elle ne saurait être
un corollaire du développement d'une grappe industrielle ou d'une réforme
de l'éducation. En tant que politique culturelle, elle doit affirmer
la place centrale de la littérature québécoise et prêter une
attention particulière à ceux et celles qui créent cette littérature
ainsi qu'à la lecture comme pratique culturelle.
Pour le Conseil des arts et des lettres du Québec, une politique
gouvernementale de la lecture est l'occasion par excellence de situer
la littérature québécoise comme forme d'expression cruciale, forte
et féconde de notre culture et comme affirmation de notre identité
collective. Bien que le projet de politique encourage la création
littéraire et certains aspects de la diffusion des livres d'ici, il
ne privilégie pas de mesures suffisamment vigoureuses pour augmenter
la présence, la visibilité et l'accessibilité de la littérature
nationale.
Ainsi, une politique de la lecture devrait reposer sur un certain
nombre de mesures volontaristes de reconnaissance de la littérature
québécoise. Or cette reconnaissance commence par un soutien réel à
ceux et celles qui créent cette littérature.
Le Québec peut être fier de ses romanciers, poètes, essayistes et
dramaturges, hommes et femmes. Pourtant, seulement une poignée
d'entre eux réussissent à vivre de leurs droits d'auteur, quelle que
soit l'importance de leur œuvre et malgré la notoriété dont
plusieurs jouissent. Une politique de la lecture doit viser la
reconnaissance du métier d'écrivain, de la valeur artistique et de
la dimension sociale de la profession. Elle doit permettre d'améliorer
les conditions socio-économiques des écrivains et des auteurs en
leur garantissant une rémunération juste et raisonnable pour leur
travail; assurer un soutien accru à la création littéraire et à la
traduction des œuvres québécoises; et permettre aux auteurs d'œuvres
de non-fiction, tels les essais et les biographies, d'avoir eux aussi
accès à des bourses d'écriture.
La promotion et la diffusion de la littérature québécoise sont des
enjeux de taille dans le cadre d'une politique qui a pour objectif de
faire de la lecture une pratique populaire. Il est important pour les
auteurs québécois d'être connus, diffusés et lus si l'on veut
qu'ils figurent dans des encyclopédies, qu'ils soient tenus pour
importants et donc fréquentables par un plus grand nombre de
lecteurs. La politique de la lecture doit donc prévoir des mesures
pour accroître le rayonnement et le degré de pénétration des
livres et des périodiques culturels québécois tant sur le marché
intérieur qu'à l'international. Que la Bibliothèque idéale
de Lire présentée par Bernard Pivot ne comporte qu'un seul
titre québécois sur 2 401 est tristement éloquent : on ne
saurait trop insister sur l'importance de soutenir le rayonnement
international de la littérature québécoise dans la francophonie et
ailleurs.
Mais c'est avant tout au Québec même que des actions peuvent être
entreprises. Actions qui consisteraient notamment à favoriser la
disponibilité en librairie d'un plus grand nombre d'ouvrages québécois
et à inciter les bibliothèques scolaires et municipales à acquérir
plus de livres et de périodiques culturels québécois.
Les bibliothèques publiques, qui sont les plus importants acheteurs
de livres, sont au cœur de toute stratégie d'accessibilité de la
population à la lecture. Il nous faut renforcer le rôle essentiel
que doivent jouer les bibliothèques comme foyers de lecture et du
livre dans chaque ville ou village autour desquels gravitent toute
l'année durant lecteurs et auteurs; la politique doit soutenir l'amélioration
et la professionnalisation de leurs services et confirmer les bibliothèques
comme lieux privilégiés de sensibilisation à la lecture et
d'animation culturelle et sociale.
Enfin, la politique de la lecture, en tant que politique
gouvernementale, doit refléter un engagement concret et soutenu du
ministère de l'Éducation à cause du rôle évident de l'école dans
le développement du goût de la lecture et de la connaissance de
notre patrimoine littéraire. Ainsi, la littérature québécoise doit
être présente dans les programmes de tous les ordres d'enseignement.
Si la réforme de l'éducation annonce quelque progrès à ce
chapitre, les curriculums scolaires, notamment au collégial, doivent
davantage intégrer la littérature québécoise. Pour une école,
l'achat de livres, l'organisation de concours de poésie, l'accueil d'écrivains
devraient faire partie de la vie quotidienne des élèves. Il faut espérer
que les divers intervenants du milieu scolaire qui participent au
Sommet prendront des engagements clairs pour que l'école québécoise
devienne enfin une «école culturelle».
Le Conseil reconnaît que les objectifs visés et les mesures proposées
par le projet de politique auront sans aucun doute pour effet de développer
davantage le goût de la lecture chez les publics de tous les âges et
particulièrement les jeunes, et d'offrir un meilleur accès aux
livres et un plus vaste choix de lectures notamment par
l'enrichissement des collections des bibliothèques scolaires et
publiques, la mise en réseau des bibliothèques et la concrétisation
du projet de construction de la Grande Bibliothèque du Québec.
Outil privilégié d'acquisition des connaissances, la lecture est
indissociable de l'accès à la culture. Cette politique de la lecture
sera, nous l'espérons, l'occasion de donner un nouveau souffle à la
politique culturelle et de raffermir les assises de la littérature québécoise.
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