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INTRODUCTION
Ce
rapport fait suite à une série de quatre rencontres exploratoires
qui se sont tenues entre le 27 octobre et le 5 novembre 1999 avec des
représentants du milieu artistique. Au terme de ses cinq années
d'existence, le Conseil a voulu associer étroitement les organismes
qu'il soutient à une réflexion sur les enjeux actuels du secteur des
arts et des lettres et sur des pistes d'action pour les années à
venir. Ces échanges s'inscrivent plus particulièrement dans le
contexte de la préparation du prochain plan pluriannuel d'activités
du Conseil et visent à l'aider à arrimer sa vision du développement
de la vie artistique et ses actions avec les aspirations et réalités
des acteurs des milieux artistiques.
Étalée
sur une journée entière, chaque rencontre a pris la forme d'une
table ronde à laquelle étaient conviés des représentants
d'organismes de plusieurs régions et d'une diversité de disciplines
et de pratiques artistiques. Au total, 105 organismes provenant de
tous les coins du Québec ont participé à ces forums de discussion,
incluant une majorité de compagnies artistiques, des conseils régionaux
de la culture et des associations et regroupements nationaux1. Les
rencontres ont été structurées autour de trois thèmes, soit le
financement des organismes artistiques, la situation socioéconomique
des artistes et des travailleurs culturels et, enfin, l'accessibilité
et la sensibilisation aux arts et le développement de publics.
Les
invités ont eu en main un document de réflexion dans lequel étaient
présentés des états de la situation dans les différents secteurs
artistiques, ainsi que des éléments de problématique et des pistes
de discussions sur chacun des thèmes retenus. Des questions d'ordre général
ont aussi été avancées, qui traduisent les préoccupations majeures
du Conseil et le type d'échanges auquel il conviait le milieu: Où
voulons-nous aller dans l'avenir? Quelle vision avons-nous de la vie
artistique et culturelle de demain? À quoi voulons-nous que la création
et la vie artistique ressemblent au Québec dans cinq ans? dans 10
ans? dans 20 ans? Et quel rôle le Conseil peut-il jouer dans cette évolution?
Le
présent document est une synthèse des propos recueillis lors des
tables rondes. Il vise à rapporter l'essentiel des témoignages
entendus et des pistes de solutions proposées, et à en dégager les
éléments les plus éclairants pour le Conseil. Pour conserver
l'esprit des rencontres, nous avons fait cet exercice de synthèse en
reprenant séparément chacun des trois thèmes de discussion, bien
que les sujets traités au cours de chaque bloc aient souvent débordé
le cadre prévu. Chacun des points est divisé en deux parties, les
constats sur l'état de la situation, d'une part, et les pistes de
solutions proposées, les demandes ou attentes du milieu, d'autre
part. Cette division rend compte de la dynamique qui a eu cours
pendant ces journées d'échanges et de la richesse des discussions.
En conclusion, nous dégageons quelques axes de réflexion pour le
Conseil et des éléments de bilan sur l'opération de consultations
elle-même.
1.
LE FINANCEMENT DES ORGANISMES ARTISTIQUES
Le
financement des organismes artistiques était le premier thème de
discussion de chacune des rencontres. Pour alimenter la réflexion et
ouvrir les échanges, les questions suivantes avaient été proposées
aux invités: Si le Conseil bénéficiait de crédits supplémentaires
afin d'accroître le financement de base des organismes, quels paramètres
pourrait-on utiliser? Quelles seraient les nouvelles avenues de
financement à explorer pour qu'un redressement substantiel s'opère?
Comment peut-on faire face à l'évolution des coûts de production?
Comment le gouvernement pourrait-il inciter davantage le mécénat ou
le soutien du secteur privé?
Ces
questions larges ont structuré les échanges, tout en ouvrant la
porte à de nombreux sujets, directement ou indirectement liés à la
problématique du financement. Comme on le verra, certains d'entre eux
ont été repris tout au long de la journée. Cela n'est pas
surprenant puisque le thème du financement servait de "réchauffement"
et qu'à ce titre, il donnait l'occasion aux participants d'aborder
les éléments les plus importants à leurs yeux et puisque la plupart
des réalités vécues par les organismes actuellement sont liées à
la problématique du financement de base.
Les
aspects qui ont le plus retenu l'attention dans le cadre de ce premier
thème peuvent être regroupés autour des points suivants, les propos
prenant tour à tour la forme de constats sur l'état de la situation
et de recommandations du milieu quant aux solutions à apporter pour
améliorer les choses : l'extrême précarité de la situation financière
des organismes et ses conséquences sur différents aspects de leur
fonctionnement et de leur développement particulièrement au plan de
l'emploi; la problématique de la vie artistique en région; les ratés
du système de financement public des arts; les approches alternatives
au financement public; le type de vision à promouvoir pour le développement
des arts et la nécessité d'un renouvellement du discours; enfin, les
priorités à retenir dans l'éventualité d'une hausse du financement
des organismes et les modalités selon lesquelles attribuer cet
argent.
1.1
Les constats quant à l'état de la situation
La
précarité du financement de base et ses conséquences
S'il
est un point sur lequel les participants ont parlé d'une même voix,
c'est bien celui de la précarité de la situation financière des
organismes et de ses conséquences sur leur fonctionnement et leur développement.
Les organismes sont dans une situation extrêmement difficile qui se
manifeste de multiples façons et se répercute sur toutes les étapes
de leurs actions.
On
signale que le gouvernement a investi beaucoup d'argent dans les
infrastructures mais n'a pas soutenu suffisamment le fonctionnement de
base des organismes. C'est là une incohérence qui met en péril les
efforts et les acquis en matière de développement artistique, car
les organismes sont dans un tel état d'essoufflement qu'il y a risque
de recul.
L'absence
de financement de base des organismes a obligé ceux-ci à compter sur
le financement ponctuel de projets, ce qui ne leur permet pas
d'assurer une stabilité et comporte énormément d'inconvénients en
termes de gestion.
C'est
en matière d'emploi que les conséquences de l'insuffisance de moyens
financiers se font sans doute le plus visiblement et le plus crûment
sentir. La situation des ressources humaines dans les organismes a été
l'un des sujets discutés avec le plus d'empressement et le plus
d'insistance à chacune des tables rondes, ce qui est très
significatif. Sur cette question, les invités ont signalé :
-
le
manque criant de ressources humaines qui empêche les organismes
d'assurer leur fonctionnement, de poser les actions nécessaires à la
réalisation de leur mission et à leur développement;
-
l'instabilité
des équipes de travail, liée au fait que les travailleurs sont
embauchés par l'intermédiaire des programmes d'emploi, et
l'obligation qui en résulte pour les organismes de se passer périodiquement
du personnel requis, de remplir de nouvelles demandes adressées au
ministère de l'Emploi et de la Solidarité et de recommencer
constamment à former du personnel; cette situation est particulièrement
problématique lorsque le personnel formé a développé des compétences
assez spécialisées, ce qui est souvent le cas;
-
les
coupures effectuées par le gouvernement dans les programmes d'emploi,
qui constituent des pertes dramatiques pour plusieurs organismes;
selon certains, c'est actuellement la "catastrophe" sur ce
plan;
-
les
conditions difficiles faites aux travailleurs à l'emploi des
organismes; pour qualifier la situation, des participants ont parlé
de "déficit humain" : les travailleurs sont sur-spécialisés,
très scolarisés, mais ils sont sous-payés; de plus, nombreux sont
ceux qui doivent faire du bénévolat dans l'organisme en plus des
heures pour lesquels ils sont rémunérés.
Faute
de personnel et de moyens financiers adéquats, c'est la réalisation
de l'ensemble des activités inhérentes au fonctionnement des
organismes qui est rendue extrêmement difficile. Les participants ont
clairement mis en évidence l'effet de spirale ou de cercle vicieux créé
par le sous-financement : n'ayant pas assez de moyens, les organismes
ne sont pas en mesure de faire des démarches pour développer des
marchés, pour assurer un meilleur rayonnement, pour se faire connaître,
pour organiser des événements, etc. Par exemple, pour se développer
et améliorer leur situation, les organismes sont invités à aller
chercher de nouveaux publics; or, la promotion et la diffusion, qui
sont les derniers maillons du cycle artistique mais dont l'importance
est majeure, sont aussi les fonctions dans lesquelles les organismes
se voient obligés de sabrer, n'ayant plus d'argent ni d'énergie.
Le
sous-financement de base pour les organismes a aussi des conséquences
sur l'utilisation et le recours aux équipements. À ce sujet, les
participants ont tenu à signaler :
-
l'incapacité
d'utiliser tout le potentiel des équipements pour lesquels le
gouvernement a pourtant investi considérablement au fil des ans; on
pense ici, par exemple, à l'utilisation des salles de théâtre
durant les périodes estivales;
-
la
difficulté pour les organismes à faire face à la désuétude des équipements,
en particulier dans certains secteurs où l'évolution technologique
est très rapide et les coûts des équipements élevés.
La
problématique de la vie artistique en région
"Comment
se fait-il qu'il n'y ait pas au Saguenay une compagnie de théâtre
comme le Théâtre d'Aujourd'hui ?" : voilà la question d'un
participant - ou un cri du cœur - qui nous renvoie directement aux
problématiques régionales. Bien que les constats mentionnés précédemment
s'appliquent à l'ensemble des organismes représentés aux tables
rondes, bon nombre d'interlocuteurs ont effectivement tenu à apporter
un éclairage territorial afin de bien faire comprendre la réalité
spécifique aux organismes situés en région. Tout d'abord, plusieurs
ont signalé la diversité et les disparités d'une région à l'autre
et la nécessité, pour saisir la réalité et les besoins d'un
organisme, de le situer dans son milieu propre et de tenir compte de
la place de sa discipline dans ce milieu. Ensuite, les participants
ont fait état de plusieurs aspects de la vie des organismes des régions,
et même de la capitale, qui sont plus difficiles. Les réalités
suivantes ont été mises en évidence :
Comme
l'ont souligné des invités, "les coûts liés au fait de
demeurer en région ne sont pas assez reconnus par les organismes
subventionneurs"; ils se réfèrent ici aux coûts en per diem et
en frais de déplacement des artistes à l'intérieur même du
territoire ou vers les grands centres pour aller présenter leurs
productions ou simplement pour aller voir les productions artistiques
d'ailleurs; on pense aussi aux coûts de la circulation d'artistes des
grands centres vers les régions, car les compagnies des régions
doivent souvent faire appel à des artistes ne vivant plus dans la région.
Les
lieux de diffusion dans les régions ne sont pas toujours appropriés;
certains participants ont indiqué à ce sujet que les conditions
techniques de présentation sont parfois telles qu'elles nuisent à la
qualité des productions.
Les
régions font face à la difficulté de garder chez eux les jeunes
artistes, faute de perspectives professionnelles intéressantes pour
eux.
Certaines
disciplines ont beaucoup de mal à s'implanter en dehors de Montréal
et, surtout, à voir assurée la continuité de leur présence en région.
C'est le cas de la danse, par exemple, qui compte peu d'organismes en
dehors de la métropole et dont les percées en matière de
sensibilisation du public sont fragiles. C'est le cas aussi d'autres
secteurs. On signale que dans les régions, la synergie qui existe
avec les autres partenaires, notamment avec les institutions
d'enseignement, a des impacts majeurs à la fois sur la vie des
organismes artistiques eux-mêmes mais aussi sur le développement des
autres institutions de la région : elle se répercute sur le
recrutement de la relève, sur l'accès à des ressources spécialisées
dans le domaine, sur la pertinence d'offrir une formation dans le
domaine, etc.
Enfin,
le fait de vivre en région semble avoir un effet sur les liens
qu'entretiennent les organismes avec le Conseil. Des intervenants des
régions ont tenu effectivement à signaler la distance qu'ils perçoivent
entre les artistes des régions et le Conseil. Le commentaire suivant
reflète plusieurs des témoignages livrés à ce sujet : "le
Conseil n'est pas assez présent en région; il gagnerait à être
mieux connu et vu comme un allié sur l'ensemble du territoire ".
Certains trouvent aussi que le Conseil n'est pas suffisamment bien
informé des réalités propres à chaque milieu.
Les
écueils du système de financement public
À
plusieurs reprises, les participants ont émis des commentaires sur le
système public de financement du secteur artistique qui prévaut et
sur celui qui est géré par le Conseil. C'est ce dont nous ferons état
ici.
D'abord,
les participants ont été nombreux à déplorer la multiplication des
sources de financement qui a conduit à un morcellement des
programmes. Les organismes doivent compter sur le financement ponctuel
de plusieurs petits projets pour assurer leur fonctionnement au lieu
de bénéficier d'une enveloppe stable et adéquate qui leur
permettrait de planifier leurs activités et de les réaliser adéquatement.
Outre les principaux organismes subventionneurs et le ministère de la
Culture et des Communications, ce financement provient de ministères
aussi divers que ceux de la Solidarité sociale, des Régions, des
Affaires municipales et de la Métropole, sans compter les ministères
fédéraux comme celui du Patrimoine canadien, celui du Développement
économique Canada pour les régions du Québec et celui des Affaires
étrangères et du Commerce international, auxquels s'ajoutent enfin
les instances municipales. Cet éclatement de la gestion du
financement comporte de nombreux inconvénients dont l'obligation de
produire sans cesse des demandes d'aide et des rapports et, conséquemment,
la surcharge du personnel, la difficulté de planifier et le
gaspillage des énergies qui pourraient être utilisées à meilleur
escient. La prolifération des lieux signifie aussi le foisonnement
des interlocuteurs qui décident des orientations à donner aux arts
et avec lesquels le milieu doit transiger en matière de financement.
Par
ailleurs, la juridiction partagée entre le Conseil et la SODEC dans
les secteurs de la littérature, de la chanson et des métiers d'art
pose le problème de la continuité du soutien d'une étape à l'autre
du cycle création- production- diffusion. Par exemple, l'aide obtenue
du Conseil pour la création ne peut parfois être mise à profit par
la suite faute de soutien adéquat de la SODEC au chapitre de la
promotion et de la diffusion. Pour les gens des secteurs en cause, la
scission dans la juridiction a aussi comme désavantage qu'elle se
traduit par la difficulté d'avoir une information complète et une
vision globale de leur discipline, ce qui nuit à leurs efforts de développement
de leur discipline. S'ajoutent à ce casse-tête les interventions du
ministère de la Culture et des Communications dans certains champs,
qui viennent compliquer encore plus la vie des organismes.
Certains
sont allés plus loin dans la critique du système de financement en
soulevant un point assez peu discuté par le milieu jusqu'ici. On
remet en question le système corporatif dans lequel sont enfermés
les organismes à but non lucratif, qui a des répercussions sur leurs
possibilités de financement. On a ainsi signalé que ce système
auquel sont associés des paramètres de financement précis prive les
organismes de certaines formes de financement auxquelles ont accès
les organismes à but lucratif.
Sur
la gestion du financement émanant du Conseil, les invités reprochent
surtout la lourdeur du processus liée aux critères d'évaluation de
plus en plus nombreux et exigeants ainsi qu'aux demandes et rapports
que les organismes doivent présenter à chaque année. On signale
aussi que l'attribution de l'aide financière découpée en divers
programmes ne réussit pas toujours à assurer adéquatement la
continuité du soutien tout au long du cycle création- production-
diffusion.
Finalement,
certains participants ont voulu sensibiliser le Conseil à une
tendance à laquelle ils ont l'impression d'assister depuis quelque
temps, soit l'instauration d'un système à deux vitesses dans le
financement des organismes. D'un côté, il y a les compagnies qui
font de gros déficits et à qui on injecte de l'argent pour résorber
ces déficits et, de l'autre côté, il y a le reste des organismes
qui n'ont pas les moyens de faire des déficits. On faisait référence
dans le premier cas aux grandes institutions, mais aussi à d'autres
organismes de grande taille. Tout en reconnaissant que cette situation
renvoie à des décisions qui ne dépendent pas du Conseil, les
participants ont tenu à manifester leur inquiétude face à un
traitement considéré comme injuste pour les petits organismes qui
s'appliquent à avoir une gestion serrée et qui font face par
ailleurs à des déficits humains considérables.
La
difficile recherche de financement privé
Les
personnes qui se sont exprimées sur cette question ont toutes fait
montre d'un scepticisme certain quant à l'aide à attendre de
l'entreprise privée. Leur expérience leur enseigne que,
actuellement, il faut investir beaucoup d'efforts dans la recherche de
financement privé et ce, pour peu de résultats obtenus. L'abondance
de festivals et d'événements d'envergure, conjuguée à une
accentuation de la sollicitation des entreprises, a rendu celles-ci
exigeantes. Les compagnies privées sont prêtes à investir des fonds
minimaux pour lesquels elles veulent obtenir un grand rayonnement.
"Ne parlons donc pas de réel mécénat au Québec, concluaient
certains, mais plutôt de petits échanges de services." Et la
situation est pire dans les régions où il y a peu d'entreprises
florissantes et où il n'y a pas d'organismes artistiques susceptibles
de rejoindre d'imposants bassins de population.
Si
certains représentants d'organismes entrevoient des solutions ou du
moins des pistes d'action afin d'améliorer la participation financière
des entreprises, d'autres considèrent que, compte tenu de cette
situation, le jeu n'en vaut pas la chandelle.
1.2
Des demandes et des propositions de pistes d'action
Les
participants ont proposé plusieurs pistes d'action et formulé
plusieurs demandes touchant directement ou indirectement la problématique
du financement. Toutes ces suggestions ou recommandations
s'inscrivaient dans un esprit général que traduit bien le
commentaire suivant d'un participant:
"Il
y a une responsabilité de l'État d'assurer le développement des
organismes dont il a permis l'émergence il y a plusieurs années,
d'autant plus qu'ils ont démontré leur qualité et leur originalité."
Un
renouvellement du discours pour une plus grande reconnaissance des
arts et des lettres
L'un
des constats fait par les intervenants des tables-rondes est que le
discours sur les arts véhiculé par le milieu artistique jusqu'ici
n'a pas porté fruit auprès du gouvernement et qu'il faut par conséquent
arriver dorénavant sur la place publique avec un discours renouvelé
afin que le secteur de la création bénéficie d'une juste
reconnaissance et d'un soutien adéquat, promis d'ailleurs par la
politique culturelle.
On
note cependant diverses tendances quant à l'orientation à donner à
ce discours sur les arts. L'une d'elle propose de miser sur le
discours économique, c'est-à-dire sur la mise en relief des retombées
économiques de la culture et des arts. Les commentaires suivants reflètent
cette position:
"Il
faut cesser de parler de déficit et de ce coûtent les arts, mais
dire ce qu'ils rapportent."
"Les
pays qui ont investi dans l'éducation et la culture sont les pays les
plus performants économiquement, et c'est ce dont il convaincre la
population et le gouvernement."
Par
ailleurs, plusieurs participants estiment que le discours économique
comporte des limites et des pièges qui nuiront à plus ou moins long
terme au secteur artistique. "On n'ira pas loin avec le discours
de la rentabilité", affirment effectivement certains. Si l'on
reconnaît qu'il faut mettre davantage en évidence les réussites du
secteur artistique, on ne croit pas qu'un discours uniquement centré
sur les retombées économiques soit une solution. Il faut plutôt réinventer
un discours sur les arts et déployer de nouveaux moyens de
convaincre.
Enfin,
certains ont lancé l'idée d'exploiter le concept d'écologie qui est
plus prometteur et fidèle à la réalité des milieux artistiques:
"Il
faut montrer que la vie artistique, même dans ses plus petites
manifestations, participe et contribue au développement social et économique
d'une région, d'une ville, d'un pays."
Priorités
à l'émergence, à la consolidation ou au développement ?
Tel
qu'on leur avait demandé, les invités se sont prononcés sur les
orientations et les priorités qui devraient guider l'attribution de
l'aide financière accordée par le Conseil dans l'éventualité d'une
hausse de son budget. Au fil des discussions, des participants ont
distingué les trois pôles de la vie des organismes, soit l'émergence,
la consolidation et le développement. De l'ensemble des propos
recueillis, il ressort que ces trois pôles sont indissociables et
qu'ils doivent tous être soutenus par l'État selon différents paramètres.
Il y a cependant un consensus à l'effet que la consolidation des
organismes est la première priorité, compte tenu de la grande précarité
dans laquelle se trouvent actuellement bon nombre de compagnies, dont
plusieurs ont pourtant déjà plusieurs années d'existence.
La
réalité n'étant toutefois pas aussi simple que le suggère cette
catégorisation, d'autres commentaires des participants sont venus
enrichir et nuancer ce consensus. Ainsi:
Tout
en accordant la priorité à la consolidation, certains considèrent
qu'il faut aider les organismes non seulement en fonction de leur
situation actuelle, mais aussi en fonction de leur potentiel, donc
aussi dans une perspective de développement.
Il
semble que la crainte de voir passer au second plan les artistes qui
sont rendus à mi-carrière et qui sont pour la plupart encore dans
une situation extrêmement difficile explique les réticences de
certains à faire de la relève ou de l'émergence une priorité ou un
objectif spécifique. Tous reconnaissent par ailleurs qu'il faut aussi
se préoccuper de la relève. Une piste semble rallier les gens du
milieu, soit celle d'intégrer la préoccupation à l'endroit de la
relève dans les mandats des organismes déjà existants et de les
financer en conséquence.
D'autres,
enfin, ont fait valoir que l'importance à accorder à l'un ou l'autre
des trois pôles dépend aussi de l'état d'implantation et de développement
des différentes disciplines dans une région donnée. Afin de combler
des retards, il faudra permettre l'émergence d'organismes artistiques
qui œuvrent dans des disciplines peu présentes dans certains
territoires.
Les
catégories de besoins en fonction desquels moduler le financement
Les
gens du milieu réclament donc tous un financement accru du
fonctionnement de base des organismes afin de stabiliser les
organismes et de leur permettre de mener les activités qui découlent
de leur mission. Mais comment devrait être modulé ce financement? en
fonction de quels paramètres? Les points suivants ressortent
clairement des discussions.
Le
redressement qui s'impose est d'abord au chapitre des ressources
humaines : il faut consolider le financement des emplois afin de
permettre aux organismes de payer des cachets et des salaires
convenables et d'embaucher le personnel dont ils ont besoin. C'est là
une nécessité criante et hautement prioritaire qui fait l'unanimité.
Certains participants ont ajouté que les budgets de fonctionnement
doivent aussi prévoir des sommes pour la formation et le
perfectionnement du personnel.
Le
redressement en matière d'emploi se répercutera sur l'ensemble de la
vie des organismes. Mais le fonctionnement de base inclut d'autres
dimensions que les participants ont tenu à mettre de l'avant. Le
soutien au fonctionnement de base doit en effet donner la possibilité
aux organismes de mettre en branle des activités de développement de
publics, de promotion et de rayonnement, ce qu'ils arrivent
difficilement à faire en ce moment. Sont comprises ici les activités
touchant le développement de marchés locaux, nationaux et étrangers,
le développement d'outils promotionnels, les tournées, etc.
Enfin,
le financement des équipements et le maintien des actifs ont aussi été
mentionnés comme des éléments à prendre en compte dans le
financement du fonctionnement de base.
D'autres
paramètres pour l'attribution du financement
L'une
des réclamations insistantes des représentants des organismes touche
la nécessité, dans l'attribution du financement, de tenir compte des
spécificités des réalités de chaque milieu. De toute évidence,
l'approche " mur à mur " ne sourit à personne. Au
contraire, les participants ont été nombreux à insister sur
l'importance de respecter " l'écologie des systèmes ",
comme l'ont formulé certains, c'est-à-dire de saisir et de considérer
la diversité des mandats et des pratiques, la problématique
territoriale, le type de public, la réalité disciplinaire dans un
lieu donné, etc. Souplesse et prise en compte de plusieurs critères
sont donc des principes de fond que le milieu invite le Conseil à
retenir pour l'attribution du financement.
Une
autre demande qui fait manifestement l'objet d'un consensus est celle
de rendre plus facile la vie des compagnies en simplifiant les procédures
auxquelles elles doivent se soumettre. La principale proposition de ce
type, entendue d'ailleurs au cours de chacune des rencontres, consiste
à étendre l'accès au financement sur une base pluriannuelle.
Certains ont suggéré un financement sur trois ans, d'autres sur cinq
ans. Tous y voient la promesse d'un allégement des démarches et
d'une meilleure planification.
Par
ailleurs, comme on l'a vu précédemment, les représentants des
organismes situés en région ont demandé au Conseil de mieux prendre
en compte leurs besoins particuliers. Concrètement, certains ont
demandé que des primes d'éloignement soient accordées, tantôt aux
artistes qui vont se produire en région, tantôt à ceux qui vont s'y
établir.
Enfin,
des participants ont réclamé que les grandes institutions telles
l'Orchestre symphonique de Montréal fassent l'objet d'un traitement
spécial, c'est-à-dire qu'une enveloppe spécifique gérée par le
Conseil leur soit destinée, afin que l'on distingue ces institutions
des autres organismes dans le soutien accordé.
Des
mesures pour favoriser la diversification des sources de financement
Différentes
idées, allant de demandes générales à des propositions précises,
ont été avancées au cours des tables rondes relativement à la
diversification des sources de financement.
On
peut noter que le Conseil a été invité à examiner les moyens de:
-
rendre accessible aux organismes à but non lucratif certaines formes
de financement, comme les crédits d'impôt;
-
mettre en place des mesures fiscales incitatives, comme des dons déductibles;
-
créer un fonds qui aurait un effet de levier sur les entreprises et
sur les municipalités;
-
aider les organismes à développer une expertise en matière de
sollicitation du secteur privé; on propose par exemple que le Conseil
mette à la disposition des organismes une ou plusieurs ressources
professionnelles spécialisées en approche du secteur privé.
Quelques
pistes pour améliorer la situation en région
Les
mesures mentionnées précédemment s'appliquent quel que soit le
territoire où œuvrent les créateurs et les compagnies artistiques.
Cependant, on peut rapporter ici quelques pistes mises de l'avant plus
particulièrement dans l'optique de solutionner des problématiques régionales.
D'abord,
on demande avec insistance au Conseil d'être plus visible et présent
partout sur le territoire québécois, et de prendre les mesures qui
s'imposent à cette fin. Certains ont suggéré par exemple que le
Conseil se dote d'agents territoriaux ou d'antennes en régions.
Deuxièmement,
certains soutiennent que si l'on veut dynamiser la vie artistique en région,
il faut investir de l'argent pour le développement de pôles
artistiques dans ces régions, c'est-à-dire assurer la consolidation
et le développement de quelques organismes clés qui auront un effet
d'attraction.
Tout
aussi crucial en région que dans la métropole ou la capitale, les
participants ont également insisté sur la nécessité d'une
consolidation et d'un développement de l'emploi dans les organismes,
afin d'éviter l'exode des artistes et d'être en mesure d'offrir un
encadrement aux jeunes artistes.
Enfin,
le Conseil est invité à prendre part à des ententes régionales spécifiques
qui pourraient s'établir avec des partenaires, voire à susciter ce
genre de partenariat, favorisant ainsi l'accès à de nouvelles
sources de financement.
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