INVESTIR DANS L'IMAGINAIRE DE

Il faut prendre le taureau par les contes

Investir dans l'imaginaire de Fred Pellerin

Si ça prend un village pour élever un enfant, un seul conteur suffit parfois à élever un village. Fred Pellerin a ainsi hissé Saint-Elie-de-Caxton au sommet des lieux mythiques à visiter, en vrai ou en rêves, par les amoureux d’une langue française réinventée par ses géniales acrobaties verbales.

À l’orée de ce village, un panneau signale une traverse de lutins. Le plus célèbre a les cheveux blonds et des lunettes rondes. Il apparaît dans Le Robert encyclopédique des noms propres et a été nommé Compagnon des arts et des lettres du Québec en 2015.

Fred Pellerin crée des contes pour adultes à partir des histoires, anecdotes et potins du village où il a grandi. Il tisse des légendes à même le quotidien, embrasant d’une étincelle poétique des textes empreints d’humour et de tendresse, où s’entremêlent joyeusement l’authentique et le fantastique.

Fred Pellerin en quelques chiffres :

L’ayant porté de la Mauricie à l’international, la créativité débordante de Fred Pellerin l’apparente à une PME dont fusent contes et chansons, livres, disques, DVD et scénarios de film, spectacles et tournées.

  • Belle Lurette a été présenté plus de 600 fois en France et au Québec.
  • Comme une odeur de muscles a « croisé les oreilles » de 150 000 spectateurs.
  • 200 000 billets pour L’arracheuse de temps ont été vendus au Canada et en Europe.
  • 4 collaborations avec l’OSM et Kent Nagano : Une tuque en mousse de nombril, Le Bossu symphonique, Il est né le divin enfin! et Les jours de la semelle.
  • 180 000 copies de son album solo Silence, couronné par le Félix de l’Album de l’année – Folk au Gala de l’ADISQ.
  • 3000 représentations de spectacles au sein de la francophonie mondiale.

Une vingtaine de bourses du Conseil jalonne également ce parcours impressionnant. La première, reçue en 2002, a servi à soutenir l’écriture du recueil de contes Il faut prendre le taureau par les contes. 

Découvrir l’oeuvre

Il faut prendre le taureau par les contes, deuxième recueil de Fred, s’articule autour de Babine, fils de Sorcière, fou du village et allumeur de réverbères à huile pendant aux branches des épinettes qui longent les routes. Cet homme qui a le dos large s’avère capable de décrocher la lune. À ses côtés, on retrouve Toussaint Brodeur l’éleveur de mouches, Méo le coiffeur qui maganne la tête de ses clients, Madame Gélinas qui est enceinte depuis vingt ans et la belle Lurette qui pleure son amoureux parti pour la guerre.

Le recueil et spectacle fait rapidement courir les foules du Québec et d’ailleurs, provoquant un renouveau pour l’art du conte. Son succès est tel que le recueil sera adapté au cinéma en 2006 par Luc Picard. Le film remporte lui-aussi un grand succès au Québec, dépassant le million de dollars canadiens en recette après un peu plus d’une semaine d’affiche. C’est ce qu’on appelle une bourse du Conseil bien investie!

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Il faut prendre le taureau par les contes (Éd. Planète rebelle) a inspiré le film Babine, réalisé par Luc Picard, en 2006.

L’art du conte au Québec

Outil de transmission de la culture, de partage d’expérience, d’enseignement, de divertissement et de contestation, le conte a évolué au fil des ans, des mouvements de société et des progrès de l’alphabétisation. Transcendant les générations et les époques, le conte est un art rassembleur qui fait partie des ressources naturelles du Québec.

Dans les années 1970, la radio et la télévision amènent le conte au salon, sous les traits de « Tante » Lucille Dumont, Michel Noël ou Kim Yaroshevskaya.

Par la suite, Jocelyn Bérubé, Joujou Turenne, Alain Lamontagne et Michel Faubert, entre autres, reprennent le flambeau.

Des festivals spécialisés voient le jour dans plusieurs régions. Parmi eux : le Festival interculturel du conte de Montréal, plus important événement du genre au Canada et reconnu mondialement comme l’un des grands acteurs dans le domaine de l’oralité.

En 2004, le Conseil distingue dans ses programmes la littérature écrite et orale, et définit le conte comme une « pratique qui désigne des spectacles conçus à partir d’histoires-récits issus de la tradition orale ou écrite ou de nouvelles créations. Le spectacle de conte se caractérise généralement par une sobriété de moyens où la parole prend toute son importance. Sa particularité réside dans l’exercice du récit oral où la narration se révèle détachée des dispositifs de l’écrit et se nourrit de la proximité avec l’auditeur, de sorte que le conte est réinventé chaque fois qu’il est conté. »

En 2016, Arleen Thibault est la première conteuse à remporter un Prix du CALQ pour son spectacle Le Vœu.

En 2016, Arleen Thibault est la première conteuse à remporter un Prix du CALQ pour son spectacle Le Vœu. Crédit : Dylan Page

Le conte organisé

Depuis plus de 15 ans, le Regroupement du conte au Québec (RCQ) mobilise les forces vives du milieu pour faire connaître toute la diversité du conte comme art de la parole, en encourageant les initiatives structurantes et la recherche de l’excellence dans le domaine. Parmi elles, notons la récente mise sur pied du programme de développement de marchés Circuit Paroles Vivanteslancé lors de la Journée mondiale du conte en 2019.

Berceau d’histoires merveilleuses peuplées de personnages hallucinants, Saint-Elie-de-Caxton est devenu une terre d’accueil pour conteurs en résidence, grâce à un partenariat associant le Conseil des arts et des lettres du Québec, Fred Pellerin et le RCQ. Claudette L’Heureux, Yves Robitaille, Mafane, Les Prétendants et Françoise Crête (ci-dessous) ont pu y peaufiner leur art.

25 ans du Conseil des arts et des lettres du Québec

Cet article s’inscrit dans une série d’histoires consacrées aux imaginaires et aux œuvres ayant reçu l’appui du Conseil des arts et des lettres du Québec depuis 1994.

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