INVESTIR DANS L'IMAGINAIRE DE

Marguerite

Investir dans l'imaginaire de Marianne Farley

En 2017, un jury du Conseil était séduit par la proposition esthétique forte et empreinte de sensibilité de Marianne Farley, qui déposait sa toute première demande de bourse en cinéma, pour la réalisation d’un court métrage.

Un tournage et deux ans plus tard, Marguerite se retrouvait en nomination pour l’Oscar du meilleur court métrage.

Entièrement produit, réalisé et joué par des femmes, Marguerite raconte l’histoire d’une octogénaire diabétique (Béatrice Picard) dont la solitude n’est rompue que par les visites d’une infirmière (Sandrine Bisson) à qui elle se confie progressivement. Secrets, répression, désir, compassion et sensualité se marient dans ce film touchant par son humanité et sa portée universelle.

Comédienne, scénariste-réalisatrice et productrice, Marianne Farley vit et travaille à Montréal. Depuis 2014, elle a signé les courts métrages Saccage et Marguerite, qui l’a propulsée dans la course aux Oscars, où elle était la seule femme en lice dans sa catégorie.

Il y a des victoires qui ne se mesurent pas en statuettes : même si Marguerite n’a pas remporté celle-là, le film a récolté bien des honneurs aux quatre coins du monde et a démontré que ce n’est pas parce qu’on fait court qu’on ne peut pas en dire long.

En prenant pour héroïne une lesbienne âgée en perte d’autonomie, Marianne Farley a bouleversé à peu près tous les codes dominants du cinéma. Voilà qui prenait du courage et beaucoup de détermination, des qualités essentielles à toutes celles qui se lancent dans une carrière de réalisatrice.

Des pionnières perpétuelles

Réaliser, c’est diriger, et la perception de l’exercice du pouvoir diffère souvent selon qu’un homme ou une femme est aux commandes. Même s’il leur reste encore des obstacles à surmonter, les femmes cinéastes sont de plus en plus nombreuses et leurs productions sont souvent couronnées de succès.

Un film de chasse de filles, de Julie Lambert, nommé Oeuvre de l’année dans la Capitale-Nationale en 2016.

Helen Doyle, Sophie Deraspe, Ève Lamont, Sophie Bissonnette, Lois Siegel, Marquise Lepage et d’autres ont emboîté le pas aux pionnières qui ont défriché le métier à la dure pour laisser leur empreinte sur le paysage cinématographique québécois : Micheline Lanctôt, Léa Pool, Manon Barbeau, Paule Baillargeon, Martine Chartrand – une des rares femmes à investir le cinéma d’animation – et Alanis Obomsawin qui conjuguait à la condition féminine celle d’être Autochtone. Des femmes qui s’accrochent à leur caméra et à leurs rêves.

Quelques succès récents

Fruit d’une coproduction entre le Canada et la Tunisie, Brotherhood, réalisé par Meryam Joobeur, est en nomination pour la statuette du meilleur court métrage de fiction aux Oscars 2020. Sa productrice montréalaise Maria Gracia Turgeon était aussi finaliste à la soirée des Oscars 2019 avec le court métrage de fiction Fauve de Jérémy Comte.

La websérie de Zoe Pelchat DOMINOS, a été sacrée meilleure série numérique de la première édition du Festival Canneseries en 2018. La jeune réalisatrice fut élue personnalité de la semaine de La Presse.

Le long métrage Kuessipan de Myriam Verreault, coscénarisé avec Naomi Fontaine, a remporté le Grand Prix de la compétition au Festival de cinéma de la ville de Québec 2019.

En 2011, Anne Émond est parvenue à caser toute une vie en une seule nuit dans son premier long métrage, et à triompher sur le circuit des festivals internationaux avec Nuit #1. Une visibilité que lui enviaient bien des collègues dont les films avaient coûté pas mal plus cher.

Productions indépendantes

Le Conseil soutient la production indépendante en cinéma et vidéo, soit celle où l’artiste-auteur(e) exerce le plein contrôle sur le contenu et la réalisation de son œuvre de même que sur toutes les ententes de production et de diffusion. Il possède tous les droits de reproduction et de représentation publique de son œuvre mais peut aussi les confier à un producteur ou une productrice délégué(e) ou à un distributeur ou une distributrice indépendant(e). Cette pratique s’inscrit en parallèle à une production soumise aux lois du marché des industries culturelles, qui reçoivent un financement de la SODEC dont cette année marque le 25e anniversaire.

Il y a toutefois un prix à payer pour la liberté, et il affecte en premier lieu le budget du film, qui demeure fort modeste. Nos réalisatrices indépendantes et leurs confrères masculins accomplissent des mini-miracles en ficelant des œuvres personnelles qui parviennent à exprimer l’unicité de leur regard porté sur une diversité de sujets et enrichissent ainsi notre cinématographie.

La solidarité fait la force

Fondé en 2007, l’organisme Réalisatrices équitables compte parmi ses membres 250 réalisatrices professionnelles du Québec en plus d’être en réseau avec 1 200 personnes sensibles à l’objectif d’atteindre l’équité pour les femmes dans le domaine de la réalisation. Cela concerne aussi bien l’obtention de financement public que la place accordée aux préoccupations, à la vision du monde et à l’imaginaire des femmes. L’organisme partage rapports et mémoires sur les sujets afférents. Comme le travail des réalisatrices, ça ouvre les yeux.

25 ans du Conseil des arts et des lettres du Québec

Cet article s’inscrit dans une série d’histoires consacrées aux imaginaires et aux œuvres ayant reçu l’appui du Conseil des arts et des lettres du Québec depuis 1994.

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