INVESTIR DANS L'IMAGINAIRE DE

L’art engagé

Investir dans l'imaginaire du théâtre Porte Parole

À la barre des Productions Porte Parole, Annabel Soutar contribue depuis 20 ans à rendre captivants les sujets les plus austères pour faire réfléchir sur des enjeux de société. En 2016, elle collabore avec la comédienne Christine Beaulieu et l’amène à écrire une pièce évolutive sur son enquête citoyenne au sujet d’Hydro-Québec, mise en scène par Philippe Cyr.

Néophyte de l’écologie, pétrie de doutes et de bonnes intentions, la comédienne a recueilli des points de vue opposés sur des questions déterminantes pour l’avenir du Québec.

De données scientifiques en questions philosophiques, on s’engage avec elle dans une odyssée transformative absolument palpitante où se tutoient l’humour et le drame, le personnel et l’universel.

Christine Beaulieu dans la pièce de théâtre documentaire «J'aime Hydro», lauréate du prix Michel-Tremblay 2017

Christine Beaulieu dans la pièce de théâtre documentaire J’aime Hydro, lauréate du prix Michel-Tremblay 2017. Crédit : Pierre Antoine Lafon Simard

Sommes-nous « maîtres chez nous » ou avons-nous été harnaché(e)s à l’image de ces rivières sauvages, au profit de barrages devenus emblèmes nationaux?

Fleuron du théâtre documentaire engagé, J’aime Hydro a soulevé l’enthousiasme du public du FTA en 2016, puis de multiples scènes au Québec avant d’entreprendre une tournée européenne interrompue par la COVID-19. L’œuvre compte désormais cinq chapitres qui peuvent s’écouter en balado.

L’art engagé

De tout temps, les artistes ont voulu refaire le monde, en décrier les injustices et militer pour des causes en y consacrant leur notoriété, des œuvres et parfois même leur vie. Au Québec, l’art engagé se porte bien sur tous les fronts et dans toutes les disciplines.

Depuis plus d’un demi-siècle, l’artiste migrateur René Derouin arpente mémoires et territoires, du Grand Nord au Mexique, tenaillé par la quête identitaire de l’Amérique. Curieux et respectueux des cultures qui ont précédé et côtoient la nôtre, il a établi un dialogue nord-sud à coups d’œuvres dans lesquelles se répondent techniques traditionnelles et pratiques actuelles. Fortement inspiré par la nature, il a fondé dans les Laurentides un laboratoire de création doublé d’un lieu d’exposition en plein air. C’est de là qu’a pris son envol un projet monumental, à la mesure de l’engagement humanitaire de l’artiste : Le Mur des Rapaces.

René Derouin, Le mur des rapaces

René Derouin, Le mur des rapaces. Crédit : Lucien Lisabelle

Inspirée par l’environnement, l’alimentation et les injustices sociales, Véronique Doucet a remporté le Prix du CALQ de la créatrice de l’année en Abitibi-Témiscamingue pour son projet Aldermac plantation minière. Il a contribué à une victoire environnementale menant à la revitalisation d’un site minier abandonné de sa région.

Guidé par l’auteur et metteur en scène Alexandre Fecteau, le collectif Nous sommes ici a mis la hache dans le tabou artistique de l’argent en créant Le NoShow pour traiter des conditions de travail en milieu théâtral. Du Carrefour international de théâtre de Québec au Festival TransAmérique (FTA), et de l’Espace Libre au Théâtre Périscope, cette œuvre frénétiquement interactive a été présentée à guichet fermé jusqu’en Suisse et en France, un exploit qui lui valut le Prix du CALQ de la tournée internationale en 2016.

Le NoShow, une coproduction du théâtre Du Bunker et du collectif Nous sommes ici.

Le NoShow, une coproduction du théâtre Du Bunker et du collectif Nous sommes ici. Crédit : Renaud Philippe

L’art de l’inclusion

Depuis 1973, le Théâtre Parminou a créé 500 œuvres à résonance universelle pour sensibiliser la population à diverses problématiques sociales et favoriser l’éclosion d’une société dynamique, juste et ouverte. La compagnie a sillonné le Canada, incluant le Nunavik et les Territoires du Nord-Ouest, ainsi que l’Amérique latine. Pour les retombées de son engagement, sa cofondatrice, Hélène Desperriers, a été nommée Chevalière de l’Ordre national du Québec.

Visant à réduire l’isolement et la détresse des jeunes Autochtones en mettant à leur disposition des studios ambulants et des mentors, le Wapikoni mobile a permis la réalisation de plus de 1000 vidéos et 750 œuvres musicales, contribuant à pérenniser un patrimoine culturel unique au monde. Propulsé par la cinéaste Manon Barbeau, cet outil de transmission de la connaissance entre les générations est désormais partenaire de l’UNESCO. Il a entraîné l’apparition un peu partout sur la planète d’initiatives similaires, inspirées par son succès.

Valerie O'Leary's et ses étudiants, Wapikoni mobile.

Valerie O’Leary’s et ses étudiants, Wapikoni mobile. Crédit : Mathieu Buzzetti

Fondé à Montréal en 1997 par Pierre Allard (1964-2018) et Annie Roy, ATSA a créé, produit et diffusé, au Québec et internationalement, une quarantaine de réalisations événementielles, transdisciplinaires et participatives. Toutes sont motivées par le désir d’interpeller la population au sujet de causes sociales, environnementales et patrimoniales cruciales et préoccupantes. Conçu en collaboration avec la Nuit des sans-abri, Prendre…Le Temps d’une Soupe a fait fureur à Abidjan lors de l’édition 2020 du MASA (Marché des arts de la scène africain).

Dirigée par Catherine Bourgeois, la compagnie de théâtre Joe, Jack et John privilégie l’écriture collective basée sur les principes d’autodétermination et de décolonisation. Elle secoue les normes sociales en intégrant à ses productions des acteurs professionnels ayant une déficience intellectuelle ou issus de divers horizons culturels dont la parole est trop peu écoutée.

Maestro Kent Nagano a multiplié ses vibrants plaidoyers pour l’accessibilité de la musique classique. Il a amené l’Orchestre symphonique de Montréal à la rencontre de citoyens de toutes générations, dans les parcs et autres lieux inusités. Il a aussi élaboré le projet La musique aux enfants qui vise à initier les enfants de milieux défavorisés à l’apprentissage de la musique afin de les soutenir dans leur développement global et contribuer ainsi à leur réussite scolaire pour qu’ils soient libres de choisir leur destinée.

Mû par une pédagogie de l’espoir, Javier Escamilla a aidé près de 400 jeunes artistes de la Mauricie et du Centre-du-Québec à accroître leurs compétences professionnelles. Inspirées par les enjeux sociaux, environnementaux ou mondiaux qui les touchent, les œuvres créées dans le cadre de Change le monde, une œuvre à la fois furent présentées au Musée québécois de culture populaire et des expositions itinérantes.

La parole des femmes

Costumière, scénographe et directrice de l’Espace Go, Ginette Noiseux donne la parole aux femmes et promeut la différence et l’originalité depuis plus de 30 ans. Son engagement et sa détermination ont contribué à l’émergence d’un théâtre d’idées explorant les enjeux de la modernité avec des formes d’expression inédites.

Réputée pour son engagement et ses œuvres d’art public, la sculptrice Rose-Marie Goulet a réalisé Nef pour quatorze reines en hommage aux victimes de la tuerie de l’École polytechnique.

S’interrogeant sur la standardisation et la marchandisation du corps féminin, l’artiste trifluvienne Mylène Gervais (Transpercement d’un territoire perméable) privilégie l’estampe pour exprimer blessures et vulnérabilités. Elle estime que cette technique est en corrélation avec le message, la matrice de l’estampe devant être « abîmée » pour qu’une oeuvre en surgisse.

Diffusé sur la mosaïque d’écrans de la Place des Arts, le collage numérique Lasciare Suonare de Kara Blake combine matériel d’archives et créations audiovisuelles pour raconter l’histoire méconnue et fascinante de la Symphonie féminine de Montréal, fondée en 1940 par Madge Bowen et Ethel Stark.

Devoirs de mémoire

« Mon corps est politique », affirme la danseuse Rhodnie Désir, qui a emprunté les routes de l’esclavage pour donner voix à ceux et celles dont les identités ont été bousculées par la déportation et la violence. Sa mise en valeur de l’héritage des rythmes africains a prouvé que l’art permet de reprendre en main le destin. Portant ce message d’espoir aux quatre coins de la planète, son opus Bow’t Trail est accessible sur diverses plateformes, notamment sur TOU.TV.


Tashme Project de Julie Tamiko Manning et Matt Miwa aborde l’histoire de l’internement des citoyens d’origine japonaise au Canada pendant la Seconde Guerre mondiale. Rompant le silence qui entoure cette période douloureuse, la pièce a permis à la fierté de balayer la honte; elle a notamment été présentée en 2015 au MAI (Montréal, arts interculturels).

L’artiste d’origine colombienne établi à Chicoutimi Paolo Almario a créé quatre installations éphémères, évolutives et autodestructives en appui à une campagne d’art-activisme qui a mené à la libération de son père, incarcéré en Colombie à la suite de fausses accusations.

L’art peut-il changer et sauver des vies? C’est le pari que font les artistes qui engagent leur imaginaire à rendre le monde meilleur, une œuvre à la fois.

25 ans du Conseil des arts et des lettres du Québec

Cet article s’inscrit dans une série d’histoires consacrées aux imaginaires et aux œuvres ayant reçu l’appui du Conseil des arts et des lettres du Québec depuis 1994.

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