INVESTIR DANS L'IMAGINAIRE DE

Histoire de Pi

Investir dans l'imaginaire de Yann Martel

Fils de diplomate, Yann Martel est né en Espagne et a sillonné la planète avant de faire escale au Québec. En 1994, l’auteur reçoit alors du Conseil une bourse de 5 000 $ pour un projet d’écriture racontant l’histoire d’un adolescent dont la famille quitte l’Inde pour s’établir au Canada avec quelques animaux de son zoo. Quand le bateau fait naufrage, Pi est le seul rescapé humain et doit partager son canot de sauvetage avec un orang-outan, une hyène, un zèbre et un tigre, chacun luttant pour sa survie.

S’ensuit un palpitant récit initiatique où l’écriture fluide de Yann Martel mélange habilement drame et humour, action et philosophie, primitif et métaphysique, jusqu’à une fin ouverte qui laisse libre cours à l’interprétation et illustre la relativité de la vérité.

De 2007 à 2011, Yann Martel a envoyé à l’ancien premier ministre du Canada Stephen Harper un livre tous les 15 jours, partageant 100 coups de cœur où des œuvres de Michel Rabagliati et Wajdi Mouawad côtoient celles de Gabrielle Roy et Yukio Mishima.

De la page à l’écran à la scène

D’abord refusé par plusieurs éditeurs, le roman publié par Knopf Canada en 2001 et aux éditions XYZ en 2003, a connu un succès populaire et critique retentissant. Traduit en une quarantaine de langues (dont le français, par les parents de l’auteur, Nicole et Émile Martel), il s’est vendu à plus de 7 millions d’exemplaires et a remporté de nombreux prix.

Au rayonnement planétaire du livre s’ajoute l’odyssée de ses adaptations, notamment celle du cinéaste Ang Lee, qui a glané quatre Oscars en 2013.


Transformée en spectacle de marionnettes géantes par le Collectif Pi (Emilie Racine et Carl Vincent) l’oeuvre de Martel a remporté une médaille d’argent aux Jeux de la Francophonie, en 2017.

Conçu spécialement pour les 8es Jeux de la Francophonie, L’Histoire de Pi est un spectacle librement inspiré du roman de Yann Martel.

Conçu spécialement pour les 8es Jeux de la Francophonie, L’Histoire de Pi est un spectacle librement inspiré du roman de Yann Martel. Crédit : Émilie Racine, Collectif Pi.

Univers et voix multiples

La littérature québécoise s’épanouit dans tous les genres, de la poésie au polar en passant par le livre jeunesse, le roman et l’essai. Toujours en quête de limites à repousser et d’espaces intérieurs à sonder, les écrivain(e)s traduisent des vérités universelles à l’aune de leur expérience personnelle, portant le poids d’une histoire qui nous éclaire sur l’avenir.

C’est le cas notamment de Monique Durand, qui a remporté deux fois le Prix du CALQ de l’Oeuvre de l’année sur la Côte-Nord, pour Le petit caillou de la mémoire et Saint-Laurent mon amour. À travers l’histoire de sa famille, Anaïs Barbeau-Lavallette a brossé un portrait du milieu des arts visuels à l’époque de Refus global dans La femme qui fuit.

Imprégnés d’amour et de respect pour la nature et les ancêtres, les poèmes de Joséphine Bacon mènent un combat contre l’oubli et la disparition d’une langue, des traditions et d’une culture. Elle a inspiré une relève de plus en plus nombreuse à faire entendre la voix des Premières Nations, notamment Naomi Fontaine, Marie-Andrée Gill, Louis-Karl Picard-Sioui, Natasha Kanapé Fontaine, Yves Sioui Durand et Samian.

Les œuvres de Dany Laferrière, Kim Thúy et Rodney Saint-Éloi sont exemplaires d’un Québec littéraire aux multiples facettes où s’exprime la parole d’auteur(e)s venu(e)s d’horizons multiples pour enrichir l’offre culturelle d’une pluralité d’écritures, d’expressions et d’imaginaires.

Succès en tous genres

Il est loin le temps où certains genres étaient considérés comme de la sous-littérature. Tendant un miroir dans lequel se reflètent notre société et l’âme humaine dans toute sa complexité, le polar québécois se porte et s’exporte bien. Grâce notamment à Chrystine Brouillet, Patrick Senécal, Andrée A. Michaud et François Barcelo, le genre a acquis ses lettres de noblesse et s’est enraciné dans nos villes et nos campagnes, qui s’avèrent tout aussi meurtrières que celles d’Angleterre ou de Scandinavie.

Fascinée par la transformation de l’humanité à travers les technologies, l’auteure de science-fiction Karoline Georges est la première Québécoise à entrer dans la prestigieuse collection Folio SF de Gallimard avec Sous béton. Son roman De synthèse, a remporté le Prix littéraire du Gouverneur général.

Spécialisé dans la littérature d’enfance et de jeunesse, Bryan Perro a été fait Chevalier de l’Ordre de la Pléiade par l’Ordre international de la Francophonie.

Le père d’Amos Daragon est le premier auteur québécois à avoir été traduit en chinois de son vivant!

La force des réseaux

Écrire est un acte solitaire mais le milieu littéraire québécois est solidement réseauté. Ses membres peuvent compter sur l’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ), la Québec Writers Federation, la Maison de la littérature de Québec et de nombreuses associations régionales pour obtenir information et formation. Plusieurs de ces organismes sont aussi des partenaires d’accueil d’écrivain(e)s de l’étranger venu(e)s en résidence au Québec grâce à des ententes de partenariat international mises en place par le Conseil.

Saviez-vous que le poète lanaudois Jean-Paul Daoust a écrit 111 Wooster Street durant son séjour au Studio du Québec à New York, et que Nicolas Dickner a jeté les bases de Nikolski lors d’une résidence d’écriture en Bavière?

Littérature rassembleuse

De nombreux événements permettent à une population de tous âges et de toutes origines d’avoir accès et de célébrer l’expression littéraire dans ce qu’elle a de fort, de novateur et d’universel. Lieux de découvertes et de rencontres stimulantes, le Festival international de littérature, Québec en toutes lettres, Le Festival international de poésie de Trois-Rivières et Métropolis Bleu, entre autres, démontrent tous que la littérature s’épanouit bien au-delà de l’imprimé. Elle s’inspire et inspire des créateurs d’autres disciplines. Elle peut être lue et contée, mais aussi mise en scène, en images, en musique et en mouvements.

Quelques figures stellaires

Jean-François Beauchemin, Louise Warren, Mario Brassard, Monique Juteau, Réjean Bonenfant et Yves Boisvert ont en commun d’avoir remporté plus d’un prix du CALQ dans leur région, attestant de sa vigueur littéraire. Lauréate du Prix du CALQ en Abitibi-Témiscamingue, Jocelyne Saucier fait partie des écrivain(e)s dont l’oeuvre a été adaptée au cinéma; Il pleuvait des oiseaux a offert à André Lachapelle un des plus beaux rôles de sa carière.

Laisser une trace

Bourses et prix procurent de l’aide et de la visibilité aux écrivains, souvent à une étape cruciale de leur carrière, voire de leur vie. Atteinte d’une maladie chronique mortelle, Lauren Turner a ainsi pu consacrer toute son énergie à l’achèvement de son manuscrit de poésie, The Only Card in a Deck of Knives.

Le roman Bleu de Myriam Caron a été couronné Oeuvre de l’année sur la Côte-Nord peu de temps avant son décès. « Elle a écrit jusqu’à la fin, elle s’est accrochée au texte comme à une bouée, non pas pour survivre, mais pour faire sens du non-sens, pour faire du bonheur avec le malheur, pour faire de la joie avec de la tristesse » avait confié son éditeur Jean Barbe dans Le Nord Côtier.

Les traces des écrivain(e)s sont autant de chemins à emprunter, pour aller loin, se perdre et se retrouver. Bonne lecture!

25 ans du Conseil des arts et des lettres du Québec

Cet article s’inscrit dans une série d’histoires consacrées aux imaginaires et aux œuvres ayant reçu l’appui du Conseil des arts et des lettres du Québec depuis 1994.

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