Le Wilder et un détail de l'oeuvre d'Annie Baillargeon, Cosmologie des chambres

© Annie Baillargeon

Annie Baillargeon

© Mathieu Caron
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4 octobre 2017 Annie Baillargeon sur les murs du Conseil
L’artiste Annie Baillargeon a été choisie pour réaliser l’œuvre qui sera intégrée en permanence à l’Allée des arts et des lettres dans les nouveaux locaux administratifs montréalais du Conseil, dans l’édifice Wilder, adjacent à la Place des Festivals.

Annie Baillargeon dans son atelier

En lice pour le prestigieux Prix Sobey pour les arts 2017, Annie Baillargeon vit et travaille à Québec. Sa démarche pluridisciplinaire conjugue différents médias (peinture, performance, photographie) pour explorer la représentation du corps et la dualité inhérente à la condition de la femme artiste. Elle a participé à de nombreuses expositions individuelles et collectives, et ses œuvres figurent dans des collections privées et publiques. Elle a été récemment interviewée dans Le Sabord.

Inspirée de la mission du Conseil, son oeuvre, Cosmologie des chambres,  est constituée de 11 panneaux de verre imprimés accrochés sur deux étages. Le processus de création sera terminé d’ici la fin du mois d’octobre et l’installation de l’œuvre est prévue pour la mi-novembre. La sélection s’est faite au terme d’un concours auquel étaient admissibles les artistes professionnels en arts visuels et en recherche architecturale.

La réfection et l’agrandissement du Wilder – bâtiment industriel patrimonial construit en 1918 – participaient au projet phare du Quartier des spectacles de Montréal. L’immeuble abrite aussi les bureaux et studios des Grands ballets canadiens de Montréal, de l’Agora de la danse et de Tangente, ainsi que la Direction générale de Montréal du ministère de la Culture et des Communications. Rappelons que la nouvelle adresse montréalaise du Conseil est au 1435, rue de Bleury – bureau 300, Montréal (Québec) H3A 2H7. Les adresses des courriels et les numéros de téléphone du personnel demeurent inchangés.


Cet article fait partie de l’infolettre À L’OEUVRE du mois d’octobre 2017.

Consulter l’infolettre

 

Mise à jour le 13 novembre 2017

Annie Baillargeon : Démarche artistique

Entre les différents média utilisés et les dualités inhérentes à la réalité de la femme artiste, Annie Baillargeon compose avec la discordance afin de trouver un équilibre. L’environnement dans lequel les personnages se retrouvent les contraint à agir parfois contre, parfois avec ce même environnement. Chaque œuvre apparaît comme une scène où s’y raconte la constitution de cet équilibre. Forte d’une longue expérience en performance en tant que cofondatrice du collectif Les Fermières obsédées et, plus récemment, du collectif B.L.U.S.H., Baillargeon compose des images qui intègrent des corps performatifs à des environnements photographiques. Bien que les deux pratiques partagent un imaginaire proche, le travail en solo prolonge le travail en collectif en approfondissant l’aspect introspectif et réflexif. Pour ce faire, elle met en scène devant une caméra des personnages en action qui, grâce à des techniques de photomontages, sont ensuite multipliés, parfois délocalisés et disloqués. Les costumes, les décors et les accessoires qui évoquent souvent la décrépitude, la mort ou le transitoire, fournissent, avec chaque nouveau corpus, différents contextes avec lesquels l’artiste et ses personnages doivent interagir. Ainsi, non seulement on retrouve dans le travail pictural l’aspect révolté, torturé, féministe, festif, voire burlesque qui fait la force de ses performances, mais aussi on y retrouve une approche plus personnelle et étoffée qui permet d’aborder la condition de la femme artiste, la maternité et son héritage religieux. Après la constitution des images et leur impression, l’artiste intervient directement sur ces assemblages photographiques avec de la peinture. Cette manipulation finale ouvre à nouveau le dialogue entre le corps et l’image pour l’intensifier. En même temps qu’elle ajoute une nouvelle dimension, celle du rêve et de la fabulation, la peinture vient réinterpréter la corporalité de l’œuvre et les corps qui y sont présentés. Dans ce geste et sa trace, se rejouent le mouvement initial du corps performatif et de son identité qui échappent et sans cesse doit être ressaisie.

Cosmologie des chambres

À l’abri du bruit, l’artiste se retrouve seule pour créer. Jour après jour, elle entre dans son atelier à la recherche de sens et de beauté, et c’est à partir de sa solitude que le travail commence. Pourtant, cette solitude cherche à briser son propre isolement. L’artiste ne cherche jamais son propre reflet. Là, dans cet endroit qui la confine, elle ouvre, en creux, un monde qui la dépasse. L’expérience qu’elle nous partage est celle d’une ouverture. Plus elle creuse cette expérience, plus l’artiste s’efface en laissant place à l’autre ; à son regard, à sa propre lecture et à ses rêves. Ce qui apparaît dans la Cosmologie des chambres est cette ouverture par laquelle on peut se rejoindre et rêver ensemble un monde ouvert, comme des insomniaques du jour.

Dans cette oeuvre, l’artiste Annie Baillargeon met en tension deux types d’espaces et la manière d’habiter ceux-ci. En plus d’une pratique qui intègre la performance, la photographie et la peinture, elle rassemble, souvent en une seule image, le confiné et l’illimité. L’espace clos de la chambre, espace privilégié du recueillement, du sommeil et de l’intime, rejoint un monde plus large, public et commun, qui nous dépasse, mais qui nous abrite aussi. L’image met en scène cette rencontre d’éléments en tension. C’est en cela qu’il y a ouverture : l’un cherche à rencontrer l’autre. L’expérimentation formelle de chacune des œuvres tisse une réflexion qui engage notre façon de vivre ensemble, l’ordre des choses et les désordres contemporains.

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