8 mai 2013 La promotion de la culture et la diplomatie québécoise à l’étranger : des partenariats fructueux
Allocution de M. Stéphan La Roche
Président-directeur général du Conseil des arts et des lettres du Québec

Allocution prononcée le 8 mai 2013 lors du colloque La diplomatie publique et culturelle de demain: nouvelles stratégies pour de nouveaux défis, organisé par l’Association internationale d’études québécoises dans le cadre du 81e congrès de l’ACFAS, à l’Université Laval, à Québec.

Le segment du colloque Culture, économie et nouvelles technologies de l’information: les synergies à développer pour la diplomatie publique et culturelle de demain était animé par Bénédicte Mauguière (Colby College).

Le texte prononcé fait foi.

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Merci madame Mauguière,

Bonjour à tous!

Je suis très heureux d’être ici aujourd’hui. Il s’agit d’une de mes premières sorties publiques en tant que nouveau président-directeur général du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), un organisme que je connais bien par ailleurs.

La culture est un élément essentiel et même incontournable de la diplomatie publique. Qui dit diplomatie, dit dialogues et échanges. Et qui dit échanges, dit ententes, accords, partenariats. C’est pourquoi j’ai voulu mettre les partenariats au centre de mon intervention, comme le dit l’énoncé de départ : « La promotion de la culture et la diplomatie québécoise à l’étranger : des partenariats fructueux ».

Tout récemment, le CALQ a reçu une lettre de la Fondation Ernest Von Siemens, de la famille industrielle allemande Siemens, nous annonçant qu’elle récompensait un jeune compositeur montréalais, Samy Moussa, qui fait aussi carrière comme chef d’orchestre en Europe depuis 2007. Pour vous situer, la Fondation Ernest Von Siemens remet aussi chaque année un premier prix de 250 000 €. Olivier Messiaen, Mstislav Rostropovitch, Pierre Boulez, Leonard Bernstein et Anne-Sophie Mutter comptent parmi les prestigieux lauréats de ce concours qui existe depuis 1978.

Samy Moussa a étudié à l’université de Montréal avec José Evangelista et au moins une de ses œuvres a déjà été jouée par l’Orchestre symphonique de Montréal. Je mentirais si je disais que je le connais bien, mais il est manifestement très apprécié des Allemands puis qu’il reçoit une des trois bourses de 15 000 € que la Fondation Ernest Von Siemens accorde à de jeunes talents musicaux.

Samy Moussa s’ajoute à une belle liste de musiciens québécois qui rayonnent dans le monde actuellement: Bernard Labadie des Violons du Roy, Jacques Lacombe, directeur musical du New Jersey Symphony Orchestra et Jean-Marie Zeitouni, directeur musical du Columbus Symphony et Yannick Nézet-Séguin – qui pourrait peut-être gagner un jour ce premier prix de la Fondation Ernst Von Siemens – à Philadelphie, Rotterdam et Londres.

Yannick Nézet-Séguin faisait justement l’objet d’un article élogieux dans le prestigieux New York Times intitulé affectueusement « Le maestro avec le tatouage de tortue ». J’ai eu le plaisir de croiser le journaliste du New York Times, monsieur Daniel Wakin, lors d’un concert de l’Orchestre métropolitain à Montréal. Il était non seulement sous le charme de Yannick Nézet-Séguin, mais il se demandait comment le Québec arrivait à produire autant de talents musicaux.

Il apporte quelques réponses dans son article, que je vous invite à lire si jamais vous avez besoin de vous faire remonter le moral. Parmi ces réponses, il mentionne que: « Quebec’s unusually rich classical music culture results partly from generous government spending on the art », ce qui se traduit par: « L’inhabituelle richesse culturelle du Québec en musique classique résulte partiellement du généreux soutien financier du gouvernement aux arts ».

Pour ce journaliste, il y a actuellement une vague de talents québécois en musique qui rayonnent dans le monde. Mais on pourrait dire la même chose en cinéma, car des films québécois ont été en lice pour un Oscar trois ans de suite : ce n’est pas un hasard. On pourrait aussi parler de vagues internationales en danse (Marie Chouinard, Edouard Lock), en théâtre (Robert Lepage, François Girard ), en arts du cirque (Les 7 doigts de la main, Cavalia), en arts numériques (Moment Factory), en littérature (Yann Martel, Dany Laferrière), en arts visuels (Raphaëlle de Groot, Marc Séguin), en mode (Rad Hourani), en musique populaire (Arcade Fire et Céline Dion, évidemment).

J’ai nommé une vingtaine de noms d’artistes québécois qui nous ont tous procuré, chacun à son tour, un pincement de fierté. Je pourrais facilement en nommer autant d’autres qui s’illustrent sur la scène internationale. Et il y a aussi, plus nombreux, ceux et celle que je connais moins ou pas, comme Samy Moussa, qui font leur marque, avec patience ou avec éclat, dans chacun des multiples réseaux artistiques ayant des ramifications dans toutes les disciplines, partout dans le monde. Il ne s’agit donc pas d’une petite vague, mais d’un courant de fond !

La présence d’artistes et d’organismes québécois soutenus par le CALQ se manifeste dans plus de 60 pays, grâce aux bourses de déplacement, aux possibilités de séjourner dans un studio ou un atelier-résidence, ou grâce aux subventions à la tournée et à la coproduction internationale.

Chaque jour, un peu plus de six spectacles québécois soutenus par le CALQ, sont présentés quelque part dans le monde.

L’an dernier nous avons investi 7,6 M$, soit 10 % de notre budget, pour soutenir la présence artistique québécoise à l’étranger. Chaque année, nous attribuons environ 700 bourses de déplacement totalisant près d’un million de dollars. Nous favorisons les séjours dans des studios et des résidences de création à une cinquantaine d’artistes en leur accordant des bourses de près de 500 000 $.

Les subventions que le CALQ verse aux organismes pour la diffusion hors Québec – surtout en arts de la scène – et la circulation d’œuvres dans les autres disciplines se traduisent par 1700 représentations en arts de la scène sur quatre continents. Une centaine d’organismes et quelques 1 800 artistes et travailleurs culturels bénéficient de leurs retombées, ainsi que de l’aide à la prospection et au développement de marchés et de notre soutien à la coproduction internationale, aux opérateurs et à la traduction.

Nous attribuons deux prix de 10 000 $ chacun pour souligner l’excellence de tournées hors Québec et nous sommes aussi partenaire de la Commission internationale de théâtre francophone (CITF) et des Jeux de la francophonie.

C’est sans compter tous les projets internationaux qui se réalisent grâce à l’appui d’autres partenaires, comme la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC), le ministère de la Culture et des Communications (MCC), le ministère des Relations internationales, de la Francophonie et du Commerce extérieur (MRIFCE), les conférences régionales des élus (CRÉ), les fondations et parfois les mécènes et les entreprises privées.

Le talent artistique est une importante ressource québécoise, de plus en plus valorisée, de plus en plus utilisée, dans le bon sens du terme.

Le courant de fond dont je vous parlais n’est pas le fruit du hasard. Daniel Wakin, le journaliste du New York Times, a raison: il résulte des investissements collectifs, d’abord publics, mais aussi privés, qui sont consentis depuis plus de 50 ans.

Le Québec a vraiment pris soin de cette richesse depuis la « patente à Lapalme », comme on surnommait le ministère des Affaires culturelles créé par Georges-Émile Lapalme en 1961, avec entêtement. Il a été amèrement déçu à l’époque du manque d’intérêt et surtout, de soutien politique. Mais, il avait planté une graine et je pense qu’il serait fier aujourd’hui de voir l’important soutien à notre culture qu’apporte le gouvernement du Québec.

Même si certains trouvent ce soutien insuffisant, il fait l’envie de nombreux pays et régions et dans le monde. Ce qui ne nous empêche pas de travailler pour en obtenir davantage!

Pour réaliser toutes ses activités, le CALQ disposait l’an dernier d’un budget de 93 M$. Comme la plupart d’entre vous le savez, le CALQ évolue depuis bientôt 20 ans sur la base du modèle anglo-saxon des conseils des arts. Mais ce que vous ignorez peut-être, c’est qu’à la différence des structures du genre qui existent dans d’autres pays, le CALQ soutient à la fois la recherche et la création, la production et la diffusion, au Québec et à l’étranger. Or, on l’a vu dans ce colloque, la fonction de soutien à l’international est distincte dans plusieurs pays : au Royaume-Uni elle relève de la responsabilité du British Council, en France de l’Office national de diffusion artistique (ONDA) et de l’Institut Français, en Allemagne des Goethe Instituts, au Japon de la Japan Foundation, et j’en passe.

Au Québec, au CALQ, nous avons adopté une logique plus intégrée, car le rayonnement international s’inscrit de plus en plus tôt et naturellement dans la carrière artistique. Dès le début de sa carrière, voire durant ses études, l’artiste trouve rapidement la possibilité d’aller se former, se perfectionner, créer, interpréter, travailler, explorer et tourner à l’étranger.

Il est important de le soutenir dans chaque étape de sa carrière pour l’aider à se constituer un réseau international avec les pairs de sa génération. La rencontre est formatrice, la confrontation des esthétiques est enrichissante, la force de l’amitié inestimable. Qui sait si les liens d’aujourd’hui ne deviendront pas les grandes tournées de demain? C’est bon pour lui, c’est bon pour eux, c’est bon pour le Québec!

Comme nous investissons dans leur talent, dans leurs œuvres, il serait inconséquent de ne pas donner les coups de pouce nécessaire pour enrichir et amortir nos investissements dans une tournée internationale, une résidence de création ou une présentation à un diffuseur important. Ce n’est pas seulement une question de survie, c’est de l’argent habilement investi.

Le soutien à la circulation des artistes et à l’exportation des œuvres est non seulement économiquement utile mais il est nécessaire. Il est intelligent et conséquent à tous nos investissements dans les arts. Et ces investissements dans les arts et la culture sont aussi rentables et bénéfiques sur le plan diplomatique.

Un article du New York Times vantant le Québec musical auprès de l’intelligentsia américaine a une immense valeur diplomatique. Demandez à n’importe quel diplomate. Et, permettez-moi de le souligner, je suis sûr que la diplomatie canadienne se sert de cet article et est présente aux concerts dirigés par Yannick Nézet-Séguin, bien qu’elle ne pratique plus officiellement de diplomatie culturelle!

Savez-vous combien coûte une publicité dans le New York Times? Je préfère que le CALQ ait investi cette somme dans le soutien de nos artistes. L’effet sera aussi plus durable: à chaque concert de Yannick Nézet-Seguin, à chaque affiche, dans chaque annonce, dans chaque programme. Je suis aussi certain aussi que des articles de ce genre sont bons pour les affaires.

Ex-diplomate moi-même, puisque j’ai été Premier conseiller et directeur des services culturels à la Délégation générale du Québec à Paris, je peux vous assurer que le succès de cette présence artistique québécoise à l’étranger est une carte de visite extraordinaire pour les réseaux de diplomatie. C’est pourquoi, la majorité des artistes et compagnies qui se déplacent sont en lien avec les instances de représentation du Québec. Ces dernières les appuient par des actions de promotion et souvent, de développement de marchés, dans l’objectif de consolider les relations avec ces partenaires de diffusion, élément fort important pour les compagnies artistiques québécoises.

Les délégations générales et les bureaux du Québec ont ainsi développé une expertise et une connaissance fine des réseaux de diffusion artistique et culturelle sur leurs territoires. Que ce soit sous la forme de délégations, de bureaux ou d’antennes, ce réseau des représentations gouvernementales du Québec à l’étranger, toutes tailles confondues, se déploie dans plus de 26 villes de 15 pays.

Par ailleurs, les artistes, écrivains et organismes que le CALQ a soutenus par ses programmes de mobilité internationale, ont été présents dans 66 pays en 2012-2013, ce qui permet d’affirmer que les artistes ont développé leurs propres réseaux et que ces réseaux permettent au Québec d’y rayonner par l’excellence de ses créateurs.

Nos partenariats sont développés dans le respect des compétences de chacun. Les délégations font un travail de développement de marchés et de promotion de la présence d’artistes et écrivains sur leurs territoires. Parallèlement, le MCC et le CALQ soutiennent des initiatives de développement de marchés et de promotion, en collaboration avec les délégations. Le CALQ soutient aussi la mobilité des artistes et des organismes qui se produisent à l’étranger par des bourses de déplacement et divers programmes de soutien à la tournée.

Ainsi, en contribution à l’effort de diplomatie publique ou culturelle, les productions artistiques et les artistes québécois évoluent d’eux–mêmes parmi les réseaux artistiques d’avant-garde les plus importants à travers le monde. Il n’est donc plus ici question de veiller à « ménager les sympathies politiques » envers le Québec en exposant ses meilleurs produits culturels, mais d’inviter et de programmer des artistes qui suscitent la curiosité et l’intérêt en raison de leur travail, et qui parfois obtiennent des succès d’estime importants.

Pour que s’établisse une synergie entre culture et diplomatie, il faut assurer une présence artistique et entretenir d’étroites collaborations, en partie avec les réseaux diplomatiques officiels, mais aussi avec des partenaires du milieu des arts qui accordent au Québec une vitrine culturelle sans précédent sur la scène internationale. Et cela, on le doit à l’excellence de la création artistique québécoise. Le travail du CALQ se fait donc en appui, en complémentarité et en synergie avec l’ensemble des partenaires gouvernementaux, soit le réseau des représentations du Québec à l’étranger, le MRIFCE, le MCC et la SODEC.

Un des exemples de ce travail en synergie est le réseau des Studios du Québec à l’étranger. Ce réseau unique en son genre témoigne de l’importance qu’accorde notre gouvernement au soutien à la culture et à la reconnaissance du statut de l’artiste et de l’écrivain. En partenariat avec le MRIFCE et le MCC, le CALQ accorde des bourses à des artistes et écrivains leur permettant d’effectuer un séjour de ressourcement d’une durée de six mois dans six grandes capitales culturelles mondiales que sont Paris, New York, Rome, Berlin, Londres et Tokyo. De plus, ces studios sont une forme de présence permanente du gouvernement dans de grandes capitales culturelles mondiales.

Rappelons-nous l’inauguration du tout premier Studio du Québec à Paris, qui accompagnait l’ouverture de la Délégation générale du Québec à Paris, il y a plus de 50 ans. S’imposant comme une véritable assise de la diplomatie culturelle québécoise, le studio envoyait déjà un signal fort de l’importance que le gouvernement du Québec accordait et a toujours accordé à la nécessité pour l’artiste de voyager, de se ressourcer, de se comparer, de s’inspirer et de se rassurer, bref, de lui donner les conditions optimales au développement de sa carrière.

Le CALQ a par la suite déployé son réseau de studios et d’ateliers-résidences à l’étranger, assurant des échanges d’artistes dans quelque 18 pays et 24 villes à travers le monde. La signature d’ententes internationales avec des organismes gouvernementaux, des fondations privées, des organisations artistiques et d’autres conseils des arts a permis d’élargir ce réseau. Le programme de résidences de création du CALQ lui a valu le Prix d’excellence du Rayonnement international 2010 de l’Institut québécois d’administration publique.

Le rayonnement international des créateurs québécois est un phénomène qui a crû de manière accélérée au cours des 30 dernières années. Les organismes ainsi que les artistes et écrivains sillonnent le monde et font rayonner la créativité artistique et littéraire québécoise aux quatre coins de la planète. Aujourd’hui, la mobilité internationale des créateurs, ainsi que les contacts et échanges avec l’étranger, ne représentent plus l’exception mais plutôt la règle, tellement ils habitent le quotidien de nombreux artistes et écrivains.

Réciprocité

L’un des enjeux de la diplomatie culturelle qui a surgi il y a une dizaine d’année est probablement la réciprocité. On reprochait au Québec d’être peu accueillant financièrement pour les artistes d’ailleurs, tandis que ses artistes étaient invités un peu partout, souvent aux frais des pays hôtes. Cette réciprocité est importante pour trois raisons.

D’abord, parce que l’échange est la base des rapports entre les nations : pour recevoir, il faut aussi donner. Ensuite, parce que la réciprocité favorise l’émulation par la rencontre avec les meilleurs artistes étrangers et avec de nouvelles propositions esthétiques sur son propre territoire. Enfin, elle permet au milieu d’accueil de se ressourcer à domicile, en recevant de nouveaux regards venant d’ailleurs, et de développer la curiosité du public.

L’accueil permet également de positionner le Québec comme pôle d’attractivité internationale sur le plan culturel. Ainsi, en musique, en danse et en arts du cirque notamment, Montréal représente un lieu où les artistes veulent venir.

L’accueil permet aussi d’améliorer la programmation des événements internationaux, sur lesquels le Québec mise beaucoup dans le développement culturel actuel. Ces événements attirent également des programmateurs étrangers et offrent une vitrine à nos grands créateurs d’ici, qui seront invités par la suite à se produire à l’étranger.

Il y a eu plusieurs réponses aux reproches faits au Québec de se montrer « peu accueillant ». Celle du CALQ fut de développer des programmes d’accueil d’artistes en résidences et d’accueil de spectacles étranger. Certains organismes soutenus au fonctionnement par le CALQ, accueillent aussi des artistes en résidence.

L’enjeu numérique

Aujourd’hui, le principal enjeu de la diplomatie culturelle concerne le développement des technologies numériques qui ont grandement accéléré la mobilité des œuvres et des artistes. Ces technologies ont favorisé la multiplication des contacts et des contrats en provoquant l’apparition de nouveaux territoires d’échanges et de création.

Maintenant, les frontières physiques se franchissent d’abord « virtuellement ». C’est pourquoi le CALQ participe aux travaux devant mener à une stratégie numérique de la culture pour le Québec. La technologie aide à préparer le terrain aux rencontres réelles que l’artiste réalise en continuant de voyager, de se ressourcer ou encore de se mettre en danger, en explorant de nouveaux territoires. Peut-être aurons-nous dans le futur des « Délégations virtuelles », qui sait ?

Le talent, l’atout principal

Dans une économie de plus en plus basée sur le savoir et la technologie, mais aussi sur la collaboration, les artistes ont une longueur d’avance. Leur talent est le meilleur capital démontrant la capacité de création, d’innovation et d’invention dont le Québec est doté.

Le talent est désormais une ressource enviable et les nations se font concurrence pour l’attirer. Étant une petite nation dans le monde, nous sommes condamnés à exceller. Nous le faisons à notre manière, avec professionnalisme et curiosité, d’égal à égal, sans l’arrogance des puissants. Dans ce contexte, le Québec doit entretenir un marché domestique fort, dynamique et diversifié, en tenant de plus en plus compte du développement international. Le financement de la culture domestique ne peut plus se faire sans une perspective internationale.

Perspectives d’avenir

À l’image d’autres secteurs d’activités, où les mouvements structurés ou spontanés de la société civile influencent l’action gouvernementale, les artistes et les écrivains évoluent dans leurs propres réseaux d’affinités artistiques, dans lesquels ils récoltent reconnaissances et distinctions internationales. La multiplication de ces réseaux parallèles est d’autant plus importante avec l’omniprésence croissante des technologies numériques et l’exploitation qu’en font les artistes et les écrivains.

À ce sujet, le CALQ a fait les constats suivants.

Le maintien du positionnement international chèrement acquis par les compagnies québécoises est un autre enjeu, notamment dans un contexte de crise économique (très forte en Europe) induisant la menace d’un climat de protectionnisme culturel. La disparition des aides à la tournée du gouvernement fédéral représente une source stratégique de financement de moins. Les coûts de tournées augmentent. La réduction des finances publiques impose des défis.

L’enjeu du maintien dans les marchés se pose aussi en termes de renouvellement de l’offre artistique et le CALQ y veille. On remarque une diversification des organismes qui tournent et on peut même constater l’apparition de nouveaux joueurs ainsi que la présence consolidée de compagnies qui étaient, il y a peu de temps, considérées comme appartenant à la relève.

Le dollar de démarrage accordé par le CALQ et destiné à la circulation hors Québec, a une incidence sur la prolongation de la durée de vie des productions. Le ratio entre le soutien à la tournée et les revenus que les compagnies en tirent, donc l’impact économique de la tournée, sont démontrés. Il faut saisir toute l’importance que peut avoir un 25 % de revenus provenant de source publique, s’il permet à une compagnie de théâtre d’aller chercher quelque 75 % de revenus autonomes liés à sa tournée par la suite.

Dans ce contexte, le CALQ est davantage à l’écoute des milieux et adapte ses modes de soutien. Il offre à une nouvelle génération d’acteurs culturels, un accompagnement plus soutenu, afin d’avoir toujours un pas d’avance ! Il a établi de nouveaux types de partenariats pour agir de concert en pays-tiers; ce qui renforce les relations bilatérales et multilatérales d’un seul coup.

Il offre des conditions favorables au positionnement des organismes en appuyant leurs initiatives de développement. Par exemple, le Québec sera présent en « OFF » à la 55e Biennale de Venise grâce à un projet développé par la Galerie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et appuyé par le CALQ, autour d’une performance de l’artiste Raphaëlle de Groot.

Le CALQ appuie aussi des présences collectives. Par exemple, en janvier 2013, il a soutenu le magnifique projet de Montréal-Brooklyn qui a réuni, sous la coordination du Centre Clark, environ une dizaine de centres d’artistes de Montréal et un nombre équivalent venant de Brooklyn, autour d’un projet d’échanges et d’expositions dans des galeries à Montréal et à Brooklyn. Le CALQ tente d’assurer la présence des créateurs québécois, tout en respectant les choix des directions artistiques de grands événements.

Il a récemment mis en œuvre des mesures de soutien à la coproduction qui prévoient un appariement monétaire égal à l’investissement d’un ou de plusieurs coproducteurs hors Québec dans de nouvelles productions originales québécoises. Cette mesure permet d’assurer une diffusion hors Québec de ces productions et procure aux organismes un effet-levier qui renforce leur poids dans leurs négociations avec des partenaires étrangers.

Le CALQ fait connaître la vision québécoise (ou plutôt les visions québécoises) par l’organisation et la participation à des colloques, débats, séminaires et tables-rondes, ainsi qu’en participant à des vitrines et à des événements spéciaux tels que Mons Capitale culturelle européenne.

La stratégie gouvernementale en matière d’accompagnement en est une de non-ingérence face au marché, qui s’exerce dans le plus grand respect des décisions artistiques. On pourrait y voir un modèle québécois de soutien au développement international des arts et lettres : un modèle de non-ingérence dans les négociations contractuelles et une certaine convention tacite voulant que le Québec ne paie pas de cachets, contrairement à d’autres pays, mais facilite l’accès de l’artiste ou de la compagnie à son réseau de diffusion à l’étranger.

Cette forme de soutien aux créateurs et aux compagnies a comme résultats aujourd’hui que de grands noms invités sur toutes les scènes du monde à diriger des orchestres, des ensembles, à créer des opéras, à produire des œuvres théâtrales au sein d’institutions mythiques. Je pense par exemple à Robert Lepage au Metropolitan Opera, à Wajdi Mouawad à Avignon, à Denis Marleau à la Comédie-Française, à la commissaire Louise Déry et à l’artiste David Altmedj à la Biennale d’arts visuels de 2007. Et à Yannick Nézet-Séguin, bien sûr.

La présence des artistes québécois est remarquée dans les festivals, biennales et autres événements à travers le monde mais aussi, et de plus en plus, dans la programmation des saisons régulières d’organismes à l’étranger. Il apparaît important également d’occuper une place dans les territoires où la présence institutionnelle du Québec est historiquement ancrée. Par exemple, en France, où certaines compagnies entretiennent des relations de longue date avec des créateurs québécois dont elles intègrent les productions à la programmation de leur saison régulière, comme le Théâtre de Chaillot l’a fait récemment. On note aussi une présence importante dans les pays où se trouvent les délégations du Québec car ce sont les grandes capitales et métropoles du monde.

Le Québec est présent dans la Francophonie mais aussi en Europe, aux États-Unis, en Asie et Afrique, en cohérence avec les stratégies gouvernementales. Il a accru sa présence dans les pays émergents du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine), notamment.

Je crois que le CALQ a la responsabilité, en tant que société d’État, de se porter garant du soutien à l’excellence artistique et de saisir les occasions parmi ces moments forts, ces événements majeurs, ces territoires culturels les plus porteurs pour les artistes et les écrivains québécois. Le Québec rayonne et se distingue par sa culture forte, empreinte de créativité, originale, avant-gardiste et audacieuse, autant de qualificatifs qui la caractérisent et qui lui donnent une image. Et nous ne sommes pas les seuls à le penser.

Le CALQ fait le pari de continuer à demeurer à l’écoute des milieux et d’accompagner ces agents de changements et développeurs de tendances que sont les artistes. Il en va de l’avenir de l’identité québécoise. La créativité est un outil puissant dont nos sociétés ont besoin car elle permet de croire en ses capacités et ses forces pour relever des défis, qu’ils soient culturels, écologiques, sociaux, économiques ou politiques. La créativité est aussi un antidote à la morosité et l’indignation ambiantes.

On compte sur les artistes pour améliorer le positionnement concurrentiel des nations et attirer les professionnels de l’économie du savoir. Dans ce sens, les attentes de la diplomatie envers la culture et les arts sont plus grandes que jamais et souvent liées à des enjeux économiques.

La création artistique est le meilleur atout dont une diplomatie a besoin pour affirmer son identité, sa modernité et son sens de l’innovation, et pour faire face à la révolution numérique et à la mondialisation de l’économie et des cultures qui l’accompagne.

Bref, j’aimerais bien recevoir encore plus souvent des lettres comme celle de la Fondation Ernest Von Siemens !

Je vous remercie de votre attention.

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