Letícia Tórgo : l’amour des mots et des langues, ici comme ailleurs

Letícia Tórgo

Durant son enfance à Rio de Janeiro, au Brésil, Letícia Tórgo se réfugiait dans les livres lorsque ses parents, qui travaillaient dans une compagnie aérienne, devaient s’absenter. À son tour curieuse d’explorer le monde à l’âge adulte, l’auteure, dramaturge et traductrice a choisi le Québec comme terre d’accueil, traînant dans sa valise sa passion pour les langues et l’écriture.

« Durant mon enfance, quand ma mère était à la maison, on allait souvent à la librairie et elle me disait de choisir ce que je voulais. On sortait toujours de là avec 5 livres elle et moi, ensemble », raconte Letícia en entretien téléphonique. Elle était tellement mordue des mots qu’à peine âgée de 8 ans, elle avait déjà écrit et illustré, pour le plaisir, un premier bouquin. En 2014, lorsqu’elle s’est envolée pour Montréal avec son mari, ce livre auquel elle est très attachée l’a inévitablement suivie dans ses bagages.

Le réseau des arts

À son arrivée au Québec, Letícia n’a pas perdu une seconde pour s’intégrer au milieu culturel. « Beaucoup d’emplois dans le domaine des arts sont subventionnés par Emploi Québec et je n’y avais donc pas accès avec mon VISA de travail […] J’ai commencé à faire du bénévolat ici pour faire mon réseau de contacts et pour connaître les gens », dit celle qui conservait parallèlement quelques projets artistiques au Brésil.

C’est grâce à ses expériences à titre de bénévole dans plusieurs événements, dont le Festival TransAmériques (FTA) et pour des compagnies comme celle des Productions Hôtel-Motel, que l’artiste a ainsi développé son environnement professionnel et pu se familiariser davantage avec la langue française.

Un moteur d’inspiration

Couverture du livre O príncipe dos porquês par Letícia Tórgo

Couverture du livre O príncipe dos porquês par Letícia Tórgo

Parce qu’au-delà d’apprendre la langue de Molière, la thématique des langues elle-même, de leurs limites et de leur compréhension, habite particulièrement l’écrivaine. Avant d’arriver au Québec, elle avait déjà écrit O príncipe dos porquês, une histoire jeune public qui aborde les différentes significations du mot « pourquoi » en portugais. « Au Brésil, on a cinq façons différentes de dire “pourquoi” […] Les enjeux de la langue sont vraiment complexes en portugais aussi », explique-t-elle.

Pouvant désormais écrire en portugais, en anglais et en français, Letícia dit se laisser guider par ses idées.« Ce sont les idées qui viennent dans la langue qu’elles veulent. C’est comme si les idées décident pour moi […] Moi, j’écris, point. »

Parler de sa mère dans une autre langue

Parmi ses nombreux projets, Letícia a récemment terminé l’écriture d’un livre, Je parle de toi dans une autre langue, qui aborde la difficulté de s’exprimer dans une langue qui n’est pas la sienne.

« En même temps, ça traite aussi de la distance de ma mère, ajoute-t-elle. C’est elle qui m’a donné ma langue maternelle comme héritage et le nom du livre représente exactement ma relation avec ma mère à distance et ma relation avec les langues. »

Cette passion qu’elle partageait pour la lecture avec sa maman lorsqu’elle était plus jeune demeure encore à ce jour au cœur de leur relation. Letícia profite de ses brefs passages au Brésil pour fouiller la bibliothèque de la maison où elle découvre, à l’intérieur de certains livres, des passages surlignés et des annotations de sa mère qui lui sont spécialement destinés. Même par messagerie texte, les deux adeptes de littérature s’envoient des passages d’œuvres qu’elles croient intéressants pour l’une et l’autre. « Nos saisons sont opposées, mais c’est par les livres qu’on connecte », résume l’auteure.

Une belle validation

Boursière du CALQ pour un autre de ses récents projets, l’écriture de la pièce intitulée Quand la mort ne vient pas, Letícia se sent de plus en plus confiante avec la langue et dit avoir la validation d’être « sur le bon chemin ». « C’est toujours une surprise de savoir que je peux écrire et que j’ai l’argent pour faire ce que je veux pour réaliser le projet », ajoute-t-elle.

Grâce à sa bourse, l’auteure a pu bénéficier d’une aide en révision linguistique en plus de mentorat auprès de l’organisme Diversité Artistique Montréal qui accompagne les artistes immigrant(e)s dans le développement de leur carrière. La pièce, qu’elle laisse maintenant « reposer » aborde la mort sous la perspective d’une femme qui, après avoir reçu un diagnostic de cancer à l’âge où elle a vu sa mère mourir, doit plutôt apprendre à accepter de vivre alors qu’elle s’était convaincue du contraire.

Rechercher la diversification

Directrice de production et assistante à la mise en scène de la pièce Marguerite d’Émilie Monnet (Productions Onishka), astrologue, traductrice des écrits de Laurence Dauphinais, Maxime Carbonneau et Pascal Brullemans, et présentement de ceux d’Olivier Sylvestre; Letícia jongle avec aise entre différents mandats. « J’aime bien voler dans ma vie. Plusieurs auteur(-trice)s travaillent dans différents domaines des arts pour pouvoir avoir de l’argent et pouvoir écrire quand ils ont le temps, mais pour moi, c’est autre chose », dit-elle.

Depuis peu installée dans les Cantons-de-l’Est, elle poursuit également des études indépendantes sur les Premières nations. Elle conserve par-dessus tout ce désir de plonger dans toutes les aventures qui s’offrent à elle, en laissant l’écriture venir à elle « comme une force ».

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Affiche de Marguerite d’Émilie Monnet - Centre Théâtre d’Aujourd’hui

Affiche de Marguerite d’Émilie Monnet présentée au Centre Théâtre d’Aujourd’hui.


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