Héritier consciencieux d’une sagesse ancestrale

Atna Njock

Vétéran de la scène musicale africaine au Québec, Atna Njock nous transporte depuis trois décennies dans un univers qui lui est sien.
L’artiste, qui a récemment obtenu une bourse du Conseil des arts et des lettres du Québec pour la préparation de son cinquième album, s’illustre dans un répertoire aussi complexe qu’inventif, alliant ses traditions ancestrales camerounaises à de nombreux genres musicaux.

Peu de personnes peuvent se vanter d’être venues au monde avec un savoir inné. Encore plus rares sont celles qui possèdent un don pour une tradition ancestrale, comme celle du langage des tons. Pour Atna Njock, alias Zekuhl, cela coule de source.

« Je suis né avec, c’est dans mes gênes », affirme le musicien en entretien téléphonique.

Petit-fils d’un chef traditionnel, Zekuhl a baigné dans la musique bantoue, particulièrement d’Afrique centrale, durant toute sa jeunesse. Le langage des tons, une forme d’expression basée sur des codes rythmiques, pour lesquels chaque phrase a son propre rythme et sa propre mélodie, a toujours fait partie de lui.

« On pourrait comparer cette sagesse ancestrale à un code morse, mais à la place des mots, ce sont des sons », explique-t-il.

Poussé par ses parents à étudier au Québec au début des années 90 – il avait déjà sa citoyenneté canadienne puisqu’il était né dans la province durant un stage professionnel de son paternel – le multi-instrumentiste a cherché toutes les excuses possibles pour ne pas quitter son pays.

« On m’a mis devant le fait accompli. On m’a donné mon passeport, le contact d’un ami de mes parents. […] On a acheté mon billet et je devais prendre l’avion trois jours plus tard » se souvient-il.

Sachant à peine se servir du téléphone public à son arrivée à l’aéroport, le choc de ses premiers pas en sol québécois a été brutal. Heureusement, il avait glissé quelques instruments africains dans ses bagages et a vite su tirer son épingle du jeu par le biais de la musique.

Inscrit à un cours d’électrotechnique au Collège Lionel-Groulx, à Sainte-Thérèse, un enseignant lui a vite fait réaliser que ses jam-sessions avec d’autres étudiants prévalaient sur tout. Un an plus tard, le premier album homonyme de Zekuhl était lancé. Depuis, trois autres parutions ont suivi et des dizaines de spectacles en ont découlé, confirmant l’intérêt du public pour l’œuvre métissée de l’artiste.

Atna Njock sur scène

« Mon grand-père m’avait dit : Tout de nos traditions n’est pas nécessaire. Prends le meilleur des traditions ancestrales et le meilleur de la modernité et mets-les ensemble », cite d’ailleurs Atna pour refléter sa pensée lorsqu’on l’interroge sur ses identités musicale et culturelle.

Son prochain projet, Tonphonies (nom provisoire), pour lequel il s’est vu décerner une bourse du CALQ, servira à nouveau de rencontre entre des univers musicaux distincts. Il en a d’ailleurs trouvé l’inspiration durant son dernier passage au Cameroun. « Mon père me demandait ce que ça pourrait générer comme sensation d’entendre des sonorités bantoues africaines dans une orchestration symphonique », explique le multi-instrumentiste.

Sa bourse lui permet notamment de travailler avec un petit ensemble de neuf musiciens, avec qui il transpose présentement, de façon quasi chirurgicale, des mélodies bantoues dans l’esthétique de chaque instrument.

« La rythmique de chaque instrument, la mélodie et la position de chaque sonorité dans le temps sont étudiées de sorte que cela puisse correspondre à la façon de raconter l’histoire dans le langage des tons et de la représenter dans le monde du son actuel », précise Atna.

L’artiste a déjà hâte de proposer la version scénique de son projet dont un premier EP devrait paraître à la fin 2021.

« Mon rêve, ce serait de le jouer un jour avec l’Orchestre symphonique », lance-t-il.

Cette envie de monter sur scène a par ailleurs décuplé puisque son plus récent album, Tòòdana, paru à l’automne 2019, n’a pu trouver son public en raison de la pandémie. Et pourtant, le groove soutenu et la cadence dansante de cette offrande musicale ont de quoi atténuer l’humeur morose de tous ses auditeurs.

Bien que la crise actuelle ralentisse quelque peu les avancements de Tonphonies, Atna entrevoit la reprise des activités culturelles avec énormément d’optimisme. Entre l’enseignement, la médiation culturelle, les collaborations multiples et les arts de la scène, sa motivation demeurera la même : partager et transmettre à la postérité la tradition du langage des tons.

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Album Tòòdana d’Atna Njock

 


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