Hada Lopez : Raconter le Salvador aux Québécois(es)

Atna Njock

Avec une feuille de route comptant six livres depuis son arrivée au Québec, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’Hada Lopez a la passion des mots et l’amour pour la « langue de chez nous ». Figure de résilience pour avoir fui le Salvador dans des circonstances difficiles, exemple de courage pour avoir appris son métier par hasard, dans une nouvelle langue, l’architecte devenue écrivaine travaille sur sa prochaine création littéraire, pour laquelle elle s’est vu remettre une bourse du Conseil des arts et des lettres du Québec.

« J’ai toujours écrit en fonction de mon vécu, affirme Hada Lopez quant à ses motivations. [C’est] comme un besoin de raconter le pays d’où je viens. » Forcée de faire une croix sur son pays natal, plongé, durant les années 80, dans une guerre civile pendant laquelle son père a été assassiné, Hada Lopez s’est réfugiée au Québec pour échapper aux dangers.

Se raconter aux jeunes

Après s’être bien installée ici, l’idée d’écrire des anecdotes souriantes d’immigrant(e)s de pays tropicaux en territoire nordique lui est apparue. Quelques années plus tard, sous le conseil des Éditions de la Paix, son projet s’est transformé en la rédaction d’une trilogie jeunesse, Pedro Libertad (Bruine assassine, Le carnet de Don Antonio et Arôme de café), faisant le récit d’un enfant qui arrive d’un pays en guerre. Charmée par la littérature jeunesse et par la pureté de son lectorat, Hada Lopez a par la suite rappliqué avec Chien de secours, pour les adolescent(e)s souffrant de dyslexie, le récit Domingo figurant dans la Antologia Napoli Racconta/Naples Raconte ainsi que Les découvertes de Papille au Salvador.

La trilogie jeunesse Petro Libertad et livre Chien de secours présentés durant l’édition 2013 du Salon du livre de Montréal.

La trilogie jeunesse Petro Libertad et livre Chien de secours présentés durant l’édition 2013 du Salon du livre de Montréal. Crédit photo : Courtoisie / Hada Lopez

« [Chien de secours] porte sur un soldat canadien qui revient de mission en choc post-traumatique et sur son enfant qui ne comprend pas pourquoi il pleure tout le temps. C’est donc toujours en fonction de mon vécu, puisque j’ai moi aussi souffert d’un choc post-traumatique et on ne guérit jamais complètement de ça », témoigne Mme Lopez.

Ses livres jeunesse parus depuis le début des années 2000 racontent le Salvador, mais également l’acceptation de l’autre, la tolérance, la solidarité et la générosité. « Je voulais partager des choses drôles pour que les enfants puissent rire, mais aussi comprendre d’où venait l’enfant à côté d’eux à la garderie, dit-elle. […] Le pouvoir de l’écrit peut influencer leur façon de voir les choses. »

Transmettre des sentiments

Au-delà d’écrire ses histoires en langue française, Hada Lopez s’est surtout donné le défi de toucher ses lecteur(-trice)s par le langage des émotions.

« Quand l’éditeur m’a écrit pour me dire qu’on ressentait la tristesse et que je le faisais rire, j’étais très heureuse. Je trouvais incroyable de transmettre des sentiments, à l’écrit, à quelqu’un qui ne me connaît pas et que je ne connais pas. Je me suis alors dit que j’allais continuer. »

Pour transmettre ces émotions, il faut trouver le mot juste. Et cette qualité, l’autrice dit l’avoir développée grâce à son père, jadis professeur d’espagnol. En voiture, toute la famille s’amusait à faire des jeux de mots et à deviner leur origine. Sa curiosité pour la langue a ainsi grandi et s’est transposée lorsqu’elle a appris le français.

Raconter la vie des Mayas

Le Salvador demeurera au cœur du prochain ouvrage d’Hada Lopez, qui a d’ailleurs reçu une bourse du Conseil des arts et des lettres du Québec en recherche et création pour son projet. Intitulé Feu à ciel ouvert, le livre, qu’elle entrevoit comme un portrait historique pour un public adulte, portera sur l’histoire actuelle des descendants des Mayas. « Je veux donner la parole à ces gens-là qui sont souvent comme des oubliés de notre société », explique-t-elle.

L’autrice suit même des cours sur l’histoire du Salvador à l’Academia Salvadoreña de la Historia afin d’alimenter le contenu et se coller à des faits réels dans son roman anthropologique. L’apport de la bourse du Conseil dans son processus lui permet ainsi de se concentrer entièrement à son projet, qui compte plusieurs rencontres avec des historiens et des recherches très approfondies pour développer chacun des personnages.

Hada Lopez s’entretient avec un assistant archéologue dans la ville de Copán, au Honduras, afin d’approfondir ses recherches sur les Mayas pour la rédaction de son prochain livre.

Hada Lopez s’entretient avec un assistant archéologue dans la ville de Copán, au Honduras, afin d’approfondir ses recherches sur les Mayas pour la rédaction de son prochain livre.

Enracinée dans sa communauté

Très impliquée dans le milieu littéraire, Hada Lopez conjugue son quotidien d’écrivaine avec celui de médiatrice culturelle auprès de jeunes et d’adultes. Elle a aussi mis sur pied Au nord du Nord, un projet de développement de solidarité sociale autour de la littérature et des arts au Salvador et créé un collectif d’artistes québécois(es), ILWIT, pour amener les arts et la littérature jeunesse dans son pays d’origine.

De plus, elle agit occasionnellement comme membre de jury au Conseil des arts et des lettres du Québec. Elle offre d’ailleurs de judicieux conseils aux personnes qui souhaitent déposer une demande de bourse. « Il faut connaître son projet à fond, savoir ce que l’on veut proposer, prendre le temps de bien rédiger son argumentaire, soigner le français et prendre le temps de bien calculer les sommes nécessaires à son budget pour être juste. »

Et lorsqu’on essuie un refus, « il faut être humble et conscient que c’est un processus de compétition, lance Mme Lopez. Un athlète olympique peut avoir un parcours hyper discipliné, mais il ne gagne pas toujours. C’est un peu la même chose pour quelqu’un qui fait une demande de bourse ou de subvention. »

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Hada Lopez durant une activité de médiation culturelle dans le cadre du projet transatlantique « Le Botaniste » (Nantes/Québec) qui se déroulait à la Joujouthèque Basse-Ville à Québec.

Hada Lopez durant une activité de médiation culturelle dans le cadre du projet transatlantique « Le Botaniste » (Nantes/Québec) qui se déroulait à la Joujouthèque Basse-Ville à Québec. Crédit photo : Courtoisie / Hada Lopez


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