Kahentawaks Tiewishaw : conjuguer la tradition à l’innovation

Kahentawaks Tiewishaw

Kahentawaks Tiewishaw termine tout juste son baccalauréat en beaux-arts de l’Université Concordia qu’elle se positionne déjà parmi les artistes numériques à surveiller. Boursière du Conseil des arts et des lettres du Québec, la créatrice mène une démarche éclairée, rafraîchissante, et ses œuvres, intégrant ses racines mohawks, permettent de poursuivre le dialogue sur les réalités autochtones.

Kahentawaks ne semble jamais avoir eu peur de briser des murs. Friande de jeux vidéo à l’adolescence, elle a participé au tout premier « Skins Video Game Workshop » tenu par le réseau de recherche-création Aboriginal Territories in Cyberspace (AbTec) à son école secondaire de Kahnawake.

« J’ai décidé de m’inscrire parce que je ne connaissais pas beaucoup d’artistes numériques autochtones. Je me suis donc dit que ce serait amusant d’en devenir une », lance-t-elle pour résumer ses premiers pas dans l’univers des arts numériques.

Grandir à Kanesatake

Auparavant, elle s’était aussi initiée à de nombreuses pratiques artistiques, dont plusieurs enseignées dans la communauté de Kanesatake. « C’était intéressant de grandir là-bas parce que les événements de 1990 (la crise d’Oka) étaient encore très frais dans la mémoire des gens. Par conséquent, mon éducation a été imprégnée par l’importance de préserver et protéger nos terres, notre langue et notre culture. Les arts étaient très présents […] et on accordait une importance à l’apprentissage de l’artisanat traditionnel comme la vannerie, la fabrication de mocassins ou le perlage », raconte-t-elle.

Bref, Kahentawaks développait déjà, sans le savoir, le caractère polyvalent qui fait aujourd’hui d’elle, une artiste multidisciplinaire à part entière.

Immersion dans les réalités autochtones

Portant dans ses créations des enjeux environnementaux et autochtones, la jeune femme de 28 ans tente de transmettre des messages qui suscitent l’empathie de ses spectateur(-trice)s.

« C’est ce qui fait que je suis intéressée par les jeux vidéo, admet-elle. Les jeux plongent les joueur(-euse)s dans le monde que tu construis pour eux (elles). Quelle belle façon de favoriser une meilleure compréhension entre les Autochtones et les allochtones, n’est-ce pas? »

Puisque les jeux vidéo attirent particulièrement les jeunes, l’artiste voit sa pratique comme un moyen de normaliser l’usage des langues autochtones, de valoriser leur culture et leur histoire, et même d’en faire un outil de revitalisation. « Les jeunes sont plus que jamais exposé(e)s à du contenu de partout dans le monde, et c’est extrêmement important qu’ils (elles) puissent se reconnaître dans ce média. Autrement, ce serait vraiment facile de penser que nos croyances et notre mode de vie sont obsolètes », affirme Kahentawaks.

À titre d’exemple, son plus récent projet, KARIHONNIENNIHTSHERA, une histoire interactive bilingue en kanien’kéha et en anglais, met en scène une jeune fille qui apprend l’importance de protéger la planète avec sa grand-mère. L’œuvre permet de développer un vocabulaire lié à la faune et la flore locales du territoire mohawk et propose des images éclatantes, finement dessinées. Premier jeu entièrement écrit, dessiné et conçu par Kahentawaks (hormis pour le codage), KARIHONNIENNIHTSHERA a été merveilleusement accueilli durant l’édition 2019 du imagineNATIVE Film + Media Arts Festival, le plus grand événement de films et d’arts médiatiques autochtones au monde.

Le projet KARIHONNIENNIHTSHERA. Crédit photo : Kahentawaks Tiewishaw

Le projet KARIHONNIENNIHTSHERA. Crédit photo : Kahentawaks Tiewishaw

En soutien avec le mouvement FFADA

Munie d’une bourse du Conseil, Kahentawaks planche présentement sur Black Fawn (titre provisoire), un roman visuel interactif qui devrait voir le jour sur différentes plateformes au début de l’automne prochain. L’œuvre abordera la guérison et l’avancement d’Autochtones ayant survécu à des traumatismes, ainsi que le mouvement qui s’est constitué aux États-Unis et au Canada contre le sort des femmes, des filles et des personnes bispirituelles* autochtones disparues ou assassinées (FFADA, aussi connu sous l’acronyme anglais MMIWG2S).

Le projet Black Fawn (titre provisoire). Crédit photo : Kahentawaks Tiewishaw

Le projet Black Fawn (titre provisoire). Crédit photo : Kahentawaks Tiewishaw

Si Kahentawaks rêve un jour de lancer sa propre compagnie de développement de jeux vidéo pour produire à la fois des jeux éducatifs et des jeux de divertissement avec une influence autochtone, elle poursuit à ce jour son implication au sein d’AbTec, où elle gravite depuis de nombreuses années. Embauchée comme directrice associée des « Skins Workshops », elle présente désormais les ateliers auxquels elle avait participé quand elle était adolescente.

Comme quoi l’implication porte ses fruits, Kahentawaks encourage les jeunes à s’engager dans leur milieu artistique. « Ça élargira non seulement votre pratique artistique, mais vous ferez aussi des rencontres significatives », dit l’artiste. Selon elle, celles-ci peuvent être bénéfiques au moment de remplir une demande de bourse qui nécessite la recommandation d’un pair ou d’un(e) mentor(e). Ne jamais sous-estimer les bienfaits de sa communauté!

* La bispiritualité (« two-spirit » en anglais) réfère aux personnes qui s’identifient comme ayant un esprit masculin et un esprit féminin, et le terme « bispirituel » peut être utilisé par certaines personnes autochtones afin de décrire leur identité sexuelle, spirituelle et de genre.

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Le projet KARIHONNIENNIHTSHERA. Crédit photo : Kahentawaks Tiewishaw

Le projet KARIHONNIENNIHTSHERA. Crédit photo : Kahentawaks Tiewishaw


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