Marie-Claire Blais

© Jill Glessing
10 November 2016 Marie-Claire Blais, C.A.L.Q. (French only)
Marie-Claire Blais

 

Marie-Claire Blais

« Écrire un roman, c’est savoir que chaque mot fait aussi partie d’un immense trésor. »

Cette phrase est puisée dans le second roman de Marie-Claire Blais, Tête blanche. Et cet immense trésor, nous le célébrons aujourd’hui, et plutôt deux fois qu’une!

En 2015, nous avons instauré l’Ordre des arts et des lettres du Québec afin d’honorer des êtres d’exception dont le talent et les réalisations sont impressionnants.  En juin dernier, nous avons rendu hommage à la seconde cohorte de compagnes et compagnons des arts et des lettres du Québec. Marie-Claire Blais était du nombre, mais n’avait pu assister à la cérémonie, qui se tenait incidemment à la Maison de la littérature. Le hasard fait bien les choses : nous nous retrouvons ici ce soir.

Je remercie le directeur de la Maison de la littérature, Bernard Gilbert, et les organisateurs des Journées internationales Marie-Claire Blais, Daniel Letendre et Élisabeth Nardout-Lafarge, d’avoir accepté que nous nous greffions à cet événement pour exprimer notre admiration et notre reconnaissance à un trésor national.

L’apport de Marie-Claire Blais à la culture québécoise a débuté de manière précoce et percutante, avec la parution de son premier roman, La Belle Bête, alors qu’elle n’avait que 20 ans. Quelques années plus tard, Une saison dans la vie d’Emmanuel  lui amenait la consécration du Prix Médicis et l’intérêt soutenu d’un nombre sans cesse croissant de lecteurs exigeants, séduits par sa voix unique et l’humanisme qui sous-tend son œuvre.

Depuis près de 60 ans, avec la régularité d’un métronome, Marie-Claire Blais enrichit cette œuvre constituée d’une vingtaine de romans mais aussi de pièces de théâtre, recueils de poésie et scénarios. Même sans avoir écrit de chansons, elle a toutes les chances de décrocher le prix Nobel*. D’autant plus que ses mots résonnent en de nombreuses langues, emportant le Québec bien au-delà de ses frontières qui semblent avoir cessé d’exister pour cette femme dont la patrie est la littérature. Elle s’est fixée ailleurs pour dire la réalité québécoise, l’observant avec la candeur émouvante des innocents bafoués que l’on croise entre ses pages.

« Aucun autre auteur de la Révolution tranquille n’a connu une transformation aussi spectaculaire de son écriture », affirme Michel Biron, professeur titulaire au Département de langue et littérature françaises de l’Université McGill et membre de notre conseil d’administration, ici présent, qui vient de prononcer la conférence inaugurale de ce colloque. Je ne peux être aussi éloquente que lui, c’est pourquoi je vais le citer. Dans un texte publié récemment, il souligne la façon extraordinaire dont le style de Marie-Claire Blais passe en virtuose du « réalisme sec, mordant et impitoyable » au « lyrisme ample et prolixe ».

Depuis ses débuts, Marie-Claire Blais évolue sans se trahir et surprend ses lecteurs sans les décevoir. À l’image de la femme aussi célèbre que réservée, sa plume parvient à marier humour et tragédie, national et universel, enfance et vieillesse, révolte et tendresse, splendeur et misère. Même au plus sombre de son œuvre, on trouve quelque chose de lumineux, que Michel Biron attribue à une « écriture portée par le désir de réenchanter le monde, grâce, notamment, à l’art. »

Nous aussi nous croyons que les artistes et les écrivains peuvent réenchanter le monde, lui redonner un sens et de l’espoir. C’est pourquoi nous soutenons les créateurs dans la diversité de leurs démarches, en modulant notre appui à leurs besoins de recherche, de création, de ressourcement ou de déplacement. Le développement culturel durable repose sur des actions judicieuses. Au début de son parcours, une bourse de la Fondation Guggenheim a permis à une jeune autodidacte issue d’une famille modeste de se consacrer entièrement à l’écriture. Quelques décennies plus tard, une bourse de carrière du CALQ lui a servi à écrire la suite de Soifs.

Si elles assurent parfois la subsistance immédiate, les bourses que reçoivent les artistes et les écrivains sont des marques d’encouragement dont la portée se mesure à long terme. L’œuvre de Marie-Claire Blais a enrichi notre expérience de lecteur en nous révélant à nous-mêmes et en nous faisant passer par toute une gamme d’émotions. Sa force et son originalité ont laissé une trace indélébile dans notre mémoire et notre cœur. Son rayonnement a contribué à ce que notre littérature prenne sa place dans le monde, affirmant notre identité singulière.

Le parcours de Marie-Claire Blais est jalonné d’honneurs et de prix prestigieux. Que peut-on offrir à cette femme qui nous a tant donné?  L’Ordre des arts et des lettres du Québec ne s’accompagne d’aucune récompense financière, mais il représente beaucoup d’amour, d’estime et de reconnaissance.

L’Ordre est symbolisé par un insigne conçu par la joaillière Christine Dwane, qui peut se porter comme un bijou, côté cœur, puisque c’est là que naissent les vocations et les émotions. J’invite Michel Biron à remettre à Marie-Claire Blais l’insigne qui marque son appartenance à l’illustre famille des Compagnes et Compagnons des arts et des lettres du Québec.
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* Le dossier de candidature de Marie-Claire Blais au prix Nobel de littérature 2017 a été soumis par le Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises (CRILCQ) en collaboration avec l’Académie des Lettres du Québec.

Allocution prononcée le 9 novembre 2016 par Anne-Marie Jean, présidente-directrice générale du Conseil des arts et des lettres du Québec, à la remise officielle de l’Ordre des arts et des lettres à Marie-Claire Blais, dans le cadre des Journées internationales Marie-Claire Blais organisées par le CRILCQ, à la Maison de la Littérature, à Québec. La version prononcée prévaut.

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