La Cité internationale des arts, à Paris

© Cité internationale des arts

Façade de la Künstlerhaus Bethanien, à Berlin.

© KB

Immeuble abritant le Studio du Québec à New York.

© Jacques Amiot
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3 octobre 2011 L’importance des résidences dans la politique culturelle du Québec
Allocution de M. Yvan Gauthier
Président-directeur général du Conseil des arts et des lettres du Québec
prononcée dans le cadre du
Colloque Création et frontières
à la Cité internationale des Arts (Paris)
Lundi 3 octobre 2011

 

Mesdames et Messieurs,

Bonsoir,

Je suis très heureux d’être ici aujourd’hui. Le Conseil des arts et des lettres du Québec a suggéré d’organiser ce colloque pour souligner le 50e anniversaire du ministère de la Culture et de la Délégation du Québec à Paris parce qu’il lui semblait à propos de faire le point sur le réseau de studios et de résidences que le Québec a bâti, et de le faire ici même, puisque c’est à Paris, en 1965 que tout a commencé, avec l’ouverture du premier studio du Québec à l’étranger.

Dix ans auparavant, Félix Leclerc obtenait une consécration à Paris, ville que Jean-Paul Riopelle s’apprêtait à quitter après y avoir résidé longuement. Peut-être que ces deux figures emblématiques de la création québécoise dont les carrières ont été marquées par un détour à l’étranger ont inspiré le gouvernement qui s’est doté il y a 50 ans d’un ministère des Affaires culturelles. Chose certaine, dès que l’État québécois a affirmé sa volonté de soutenir le travail de ses artistes et de ses écrivains, il a également manifesté le désir d’encourager leur mobilité et leur rayonnement.

Créé en 1994, le Conseil des arts et des lettres du Québec est un des leviers de la mise en oeuvre de la Politique culturelle du Québec dont les orientations ont guidé notamment le développement du réseau des studios et ateliers-résidences.

Depuis 17 ans, le Conseil a privilégié une approche souple et dynamique pour élargir considérablement ce réseau dont il avait hérité. Sa loi constitutive lui permettant de conclure des ententes avec des gouvernements étrangers et des organisations internationales, il a déployé beaucoup d’énergie afin d’établir des partenariats novateurs qui soient porteurs de développement durable pour le rayonnement des créateurs québécois. L’an dernier, les efforts du Conseil étaient couronnés par le prestigieux Prix d’excellence Rayonnement international de l’Institut d’administration publique du Québec, décerné pour son programme de résidences de création.

L’emplacement des studios a fluctué au fil des ans, mais les objectifs des résidences sont restés les mêmes et continuent de s’inscrire dans celui, plus vaste, d’assurer le renouvellement de la création qui nourrit l’image de marque du Québec.

Ainsi, le programme de studios et atelier-résidences du Conseil vise à soutenir et stimuler les créateurs en mettant à leur disposition un environnement et des moyens appropriés à la réalisation et à la diffusion de leurs œuvres. Il favorise le ressourcement des artistes en leur donnant accès à un milieu culturel nouveau et stimulant. Il permet l’échange de points de vue artistiques et contribue à l’établissement de liens durables entre les créateurs québécois et étrangers.

L’auteur Pierre Bertrand, qui a occupé le studio du Québec à Paris en 2009, affirme que son séjour a eu une incidence directe sur son travail d’écriture. « La distance géographique nous permet de voir les choses autrement, d’adopter le point de vue de l’étranger, et de dire des choses que nous n’aurions peut-être pas dites dans un milieu plus familier, ou du moins de les dire autrement. Il y a une énergie incroyable qui émane de Paris, de ses rues, de ses musées, de sa population. J’ai rencontré de nombreux artistes, écrivains et philosophes, ce qui a permis des échanges très riches et a eu une incidence sur la diffusion de mes livres en France et en Europe. »

Comme pour l’ensemble de ses programmes, le Conseil cherche à adapter ses interventions en matière de résidences aux besoins exprimés par les artistes et les écrivains. Son approche est très souple et ouverte à différentes formules, qu’il s’agisse de gérer les studios nationaux à Berlin, Londres, New York, Paris, Rome et Tokyo, de conclure des ententes unilatérales ou d’élaborer des échanges de réciprocité.

Les échanges basés sur la réciprocité sont intéressants à plusieurs titres car ils permettent aux artistes d’avoir de véritables contacts avec la vie culturelle locale, de tisser des liens personnels et professionnels forts et de rapporter dans leur pays des impressions et une connaissance de la culture dans laquelle ils ont été immergés.

Parallèlement, les échanges de réciprocité procurent au Conseil le plaisir de travailler avec des partenaires étrangers, d’explorer les différences culturelles et de s’enrichir d’autres expériences, tout en resserrant ses liens avec la vingtaine de partenaires québécois qui encadrent les séjours des artistes venus d’autres horizons.

Le doyen des échanges de réciprocité unit le Québec et la Fondation Christoph-Merian de Suisse. Son succès a inspiré des ententes avec la Fondation finlandaise de résidences d’artistes et l’Aberystwyth Arts Centre du Pays de Galles. Des échanges d’artistes et d’ateliers-résidences s’effectuent également entre le Québec et l’Argentine, la Colombie, la Communauté française de Belgique, l’Écosse, le Mexique, le Portugal et la France, bien sûr. Je profite de l’occasion pour saluer nos partenaires du Couvent des Récollets, à Paris, qui accueille des artistes québécois en arts visuels dans un lieu particulièrement propice au ressourcement.

Par ailleurs, le Conseil a conclu des ententes unilatérales avec certains organismes réputés pour leur apport au développement professionnel des démarches artistiques, comme le très polyvalent Banff Centre en Alberta, la prestigieuse British School à Rome et ce pôle d’attraction de la danse qu’est la Tanzwerkstatt Berlin. Le créateur est alors mêlé de près aux activités des professionnels qui le reçoivent, et ordinairement appelé à réaliser une oeuvre qui sera présentée au public durant ou à la fin du séjour.

Depuis quelques années, on assiste à la naissance d’un nouveau genre de résidences dont la formule souple permet à l’artiste de façonner les paramètres de son séjour grâce à des ententes de réciprocité conclues entre organismes de soutien aux arts, comme les conseils des arts du Manitoba, de l’Ontario, du Nouveau-Brunswick et de l’État de New York. L’artiste prend contact avec une structure d’accueil de son choix située sur le territoire des partenaires et justifiée par la nature du projet qu’il souhaite y réaliser, puis il organise sa résidence.

Les propositions de collaboration ne manquent pas. Toutes sont évaluées à l’aune de plusieurs critères. Il faut tout d’abord que la résidence corresponde aux objectifs généraux du Conseil en matière de développement international des carrières artistiques et favorise le ressourcement, la création et la diffusion par des séjours de longue durée couvrant un éventail de domaines artistiques. L’enthousiasme, l’engagement et le professionnalisme démontrés par les partenaires sont également importants, de même que les qualités du lieu d’accueil en matière de ressources humaines, d’équipement, d’environnement culturel et d’hébergement dont bénéficiera l’artiste. Une attention particulière est portée aux structures qui favorisent la professionnalisation des créateurs émergents, ou qui comblent certaines lacunes, comme l’International Studio and Curatorial Program de Brooklyn qui permet d’offrir une résidence de recherche pour commissaires indépendants.

Les résidences de création ont démontré leur importance pour le développement de la carrière des créateurs, mais elles sont aussi de précieux outils de diplomatie culturelle pour tisser des liens entre les pays. Afin d’atteindre un maximum d’efficacité, le Conseil arrime ses interventions aux accords de réciprocité et aux priorités gouvernementales dans le développement de ses relations internationales. Il propose des programmes d’échanges qui se conjuguent aux efforts du gouvernement québécois et signifient son engagement à renforcer ses liens avec certaines nations. Parfois, c’est à la faveur de visites politiques officielles que se concrétisent des ententes, comme ce fut le cas pour le Mexique, la Catalogne et l’Argentine.

D’autres initiatives s’inscrivent dans la volonté de renforcer un réseautage bénéfique. L’adhésion aux Pépinières financées par la Commission européenne permet aux jeunes artistes québécois de poser leur candidature pour des résidences offertes dans des structures artistiques réparties dans une soixantaine de villes situées dans une trentaine de pays. Le Conseil participe aussi au programme de bourses UNESCO-ASCHBERG et a accueilli plus d’une douzaine d’artistes provenant d’Arménie, de Roumanie, du Portugal, de Slovénie, de Colombie, du Mali, du Pérou, de Bolivie, du Maroc et de Madagascar.

Mais il n’y a pas que les artistes qui aient besoin de ressourcement : les institutions qui les soutiennent aussi. C’est pourquoi le Conseil participe activement à des réseaux importants, tels les Pépinières européennes pour jeunes artistes, l’association Res Artis et le Fonds International pour la promotion de la Culture de l’UNESCO. Ces regroupements internationaux sont de véritables forums permanents où il est possible d’échanger sur une foule de sujets et de réfléchir sur les résidences, la notion de l’accueil, la création contemporaine, la mondialisation… Ils permettent au Conseil de faire valoir l’expertise québécoise dans les domaines concernés, de mettre à jour ses connaissances et d’actualiser ses interventions.

La cohérence du soutien à la culture et son efficacité repose aussi sur la collaboration avec les délégations du Québec à l’étranger.
Je tiens à profiter de cette occasion pour saluer les efforts déployés par la Délégation générale du Québec à Paris pour faire la promotion des artistes et des écrivains qui séjournent en France et faciliter les rencontres fructueuses avec leurs pairs.

Les programmes d’échanges d’artistes et d’écrivains ainsi que les résidences spécialisées permettent aux créateurs de vivre une expérience personnelle et professionnelle unique qui aura une incidence sur leur travail, mais aussi sur l’évolution du paysage artistique du Québec. C’est à long terme que se mesurent les retombées des séjours en résidence, que les rencontres effectuées au cours de ces mois passés à l’étranger prennent toute leur valeur. Par exemple, quelques années après avoir été accueilli en sol québécois grâce à une bourse UNESCO-ASCHBERG, le metteur en scène bolivien Diego Aramburo va revenir monter une pièce au Québec.

Les artistes boursiers évoquent presque tous le merveilleux sentiment de liberté que leur a procuré leur séjour en résidence. Ils apprécient le fait d’avoir pu rompre avec la routine, se déraciner de leur quotidien pour s’exposer à d’autres influences, développer un regard neuf, adopter un nouveau rythme, perfectionner une technique auprès de spécialistes, se consacrer exclusivement à leur démarche de création. Dans la plupart des cas, les résidences sont offertes aux artistes dans l’optique d’un ressourcement professionnel et non uniquement à des fins de production. Le séjour est conçu comme un moment de réflexion, de création, de mise au point, de renouvellement de l’inspiration. Ces activités sont autant de sources d’énergie artistique durable.

Dans son rapport de bourse, l’artiste multidisciplinaire D.Kimm affirme que son séjour au studio du Québec à New York l’a comblée au-delà de ses espérances et a eu des répercussions sur tous les aspects de son travail. Je la cite :

« Je me suis ressourcée, j’ai pu réfléchir à mon travail, me comparer, m’évaluer, me questionner et me positionner. J’ai vu des spectacles, j’ai découvert et rencontré des artistes extraordinaires, j’ai développé des contacts pour mes projets et j’ai programmé des artistes new-yorkais pour le Festival Voix d’Amériques. »

L’artiste interdisciplinaire Sylvie Cotton était en résidence au studio du Québec à Tokyo lorsque le Japon fut frappé par un terrible séisme le 11 mars dernier. Elle a décrit cette expérience bouleversante, la vision apocalyptique de la ville et la grande dignité de sa population. Inspirée par ce qu’elle a vécu, elle a participé à une exposition-vente organisée conjointement par des galeries de Tokyo et de Shanghai, au profit des personnes touchées par la catastrophe.

Ce genre de témoignage donne un sens à notre travail et nous inspire. Les artistes bougent et font bouger les choses. Comme on dit chez nous, ils « brassent la cage ». Ils ont déclenché la Révolution tranquille et amorcé la révolution numérique qui abat les frontières. Nous devons envisager dans un avenir pas si lointain la création de résidences virtuelles, axées sur les arts numériques. Car même si les célébrations du 50e anniversaire invitent au bilan, le Conseil est résolument tourné vers l’avenir. Fort de l’expérience acquise et des relations établies depuis 17 ans, il peut identifier plus clairement les champs disciplinaires et les zones géographiques qu’il veut toucher à travers son réseau de partenariat. Tout en consolidant le réseau européen, le Conseil espère développer des résidences en Asie et en Amérique du Sud.

L’avenir d’une nation dépend en bonne partie de l’importance qu’elle accorde à sa culture et de sa disposition à épauler ceux et celles qui lui insufflent diversité et vitalité, portant haut et loin les multiples facettes de son identité. Le rayonnement des artistes et des écrivains est aussi le nôtre, celui d’une société qui préserve des espaces de liberté afin d’assurer le renouvellement de la création, sa richesse et sa singularité.

Je salue tous ceux et celles qui contribuent par leur travail et leur talent à enrichir notre vie culturelle et à son rayonnement.

Merci.

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