La Villa Concordia à Bamberg, Bavière, où Nicolas Dickner a jeté les bases de "Nikolski"

© Timo Allin (wikimedia commons)

L'album "I'm Free" que Jordan Officer a produit durant son séjour au Studio du Québec à New York

© Jordan Officer

Larry Tremblay (discutant de "Joker" avec Éric Jean) a écrit un roman et deux pièces de théâtre durant son séjour au Studio du Québec à New York

© Larry Tremblay

Sylvie Cotton / Tokyo dans la foulée du tremblement de terre de 2011

© Nat Gorry / Wikipedia

Une image d'"Occident express" de Michel Huneault, prise durant sa résidence au Salzamt, à Linz, en Haute-Autriche

© Michel Huneault

Jim Holyoak et des élèves de son atelier à Mumbai

© Jim Holyoak

Le Banff Centre et une image de "Katyusha Rocket Launchers, Folk Songs and Ethnographic Refrains" que Kandis Friesen a créé durant sa résidence.

© Kandis Friesen

"Visualisation du Ponte Rotto", créée par Ana Rewakowicz durant sa résidence à la British School at Rome

© Ana Rewakowicz

Emma Waltraud Howes durant l'exposition clôturant sa résidence à la Kunstlerhaus Bethanien (Studio du Québec à Berlin)

© Emma Waltraud Howes

Délicat Pulse de Julie Favreau

© Julie Favreau

Gabriel Anctil en Haïti et son cahier de notes

© Gabriel Anctil

31 résidences offertes par le CALQ

© Conseil des arts et des lettres du Québec
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23 janvier 2017 Éditorial – Des résidences qui changent le monde
Une boussole est au cœur du premier roman de Nicolas Dickner. Inspiré par la mouvance, l’auteur natif de Rivière-du-Loup a jeté les bases de Nikolski  lors d’une résidence d’écriture en Bavière soutenue par le CALQ. Son livre a remporté un succès public et critique, raflé nombre de prix prestigieux et a été traduit dans une dizaine de langues. En termes financiers, on qualifierait la bourse de 5 000 $ liée à son séjour de « bon investissement ». En matière de rayonnement international et de développement de carrière, ça n’a pas de prix.

Anne-Marie Jean

Anne-Marie Jean, PDG du CALQ

Si l’effet levier des résidences de création sur la carrière des artistes et des écrivains se mesure à long terme, leur incidence sur la vie des participants se fait sentir très rapidement. Les séjours à l’étranger sont des aventures personnelles et professionnelles stimulantes dont ils reviennent immanquablement transformés.

« Je rentre du Studio du Québec à New York changé. Mon séjour m’a ouvert les portes d’une création beaucoup plus mure et plus libre », affirme l’auteur-compositeur et interprète Jordan Officer, qui a employé son séjour à affiner sa maîtrise vocale ainsi qu’à réaliser l’album I’m Free. Au cours des six mois qu’il a passés au même studio, Larry Tremblay a pulvérisé des records de productivité en écrivant un roman (L’impureté) et deux pièces de théâtre (Le Joker et Le garçon au visage disparu).

Des aventures imprévues

Il arrive parfois que l’aventure prenne une tournure imprévue. Sylvie Cotton étrennait le Studio du Québec à Tokyo lorsque le Japon fut frappé par un terrible séisme. Secouée dans tous les sens du mot par cette expérience et impressionnée par la dignité de la population face à l’épreuve, l’artiste interdisciplinaire a ensuite voulu participer à une exposition-vente au profit des personnes touchées par la catastrophe.

Prenant part aux échanges entre le Québec et la Haute-Autriche, le photographe Michel Huneault s’est retrouvé plongé de manière inattendue dans la crise des migrants peu après son arrivée à Linz, en 2015. Chamboulant son projet initial, il s’est mis à sillonner le pays et a diffusé le fruit de sa « documentation méditative », Occident Express, dans des journaux et des expositions au Québec et à l’étranger.

Une liberté formidable

Dans leurs rapports de bourses, les participants évoquent souvent le sentiment de liberté formidable que leur a procuré leur résidence. Ils apprécient le fait d’avoir pu rompre avec la routine, se déraciner du quotidien pour s’exposer à d’autres influences, aiguiser leurs sens au contact d’un nouvel environnement, développer un regard neuf sur leur travail, adopter un rythme différent, effectuer des recherches ou perfectionner une technique dans des lieux spécialisés, échanger avec des pairs qu’ils n’auraient jamais rencontrés autrement, établir des collaborations fructueuses et faire découvrir leurs réalisations à de nouveaux publics.

Renouveler l’inspiration et la création

En permettant aux artistes et aux écrivains de séjourner plusieurs mois hors de leur cadre de travail habituel, les résidences contribuent au renouvellement de l’inspiration et de la création, mais aussi à la fortification d’une diplomatie culturelle vivante. Les créateurs deviennent en quelque sorte nos ambassadeurs. Ils laissent également des traces de leur passage dans les lieux où ils ont poursuivi leur démarche, dans la mémoire de ceux qu’ils y ont fréquentés et auprès du public qui a vu leur travail.

Durant sa résidence de recherche et de création à Mumbai, Jim Holyoak a animé des ateliers de dessin auprès d’enfants de milieux défavorisés. Avec ses encouragements, les jeunes ont découvert que la liberté, la confiance et le bonheur étaient à portée de doigts à mesure qu’ils créaient des œuvres individuelles et des fresques collectives.

Des partenaires précieux

À l’image du milieu des arts et des lettres, le réseau des résidences du CALQ est en perpétuelle évolution. Il s’est bâti sur l’ouverture, l’engagement, la collaboration et le dynamisme de partenaires publics et privés, unis par la volonté d’offrir aux artistes des occasions d’inscrire leur démarche dans de nouveaux lieux de création, de production et de diffusion. Je tiens à remercier tous ces précieux complices, trop nombreux pour être nommés ici, mais qui sont dûment mentionnés sur les pages des studios. Leur enthousiasme et leur professionnalisme rejaillissent sur la qualité de l’expérience vécue par les artistes et les écrivains, qui nous expriment leur reconnaissance.

« Au Banff Centre, j’ai bénéficié d’un centre de documentation d’une richesse inouïe et eu des échanges enrichissants avec des gens de divers horizons et disciplines, favorisant une immersion dans des secteurs artistiques auxquels je n’aurais pas pu accéder sans cela. J’ai quitté le centre avec plein de pistes m’inspirant d’autres projets », souligne l’artiste en arts visuels Kandis Friesen. Le professeur Christopher Smith, directeur de la prestigieuse British School at Rome, chante les louanges des boursiers du CALQ qui y « ont réalisé des œuvres fascinantes et audacieuses », comme la Visualisation du Ponte Rotto  d’Ana Rewakowicz.

À la trentaine de commissaires, galeristes, critiques d’art et directeurs d’importantes institutions en arts visuels assistant au vernissage de l’exposition d’Emma Waltraud Howes à la Künstlerhaus Bethanien, le directeur artistique Christoph Tannert a souligné la qualité du travail des artistes en résidence au Studio du Québec à Berlin. Dans une entrevue accordée à La Presse, Julie Favreau déclarait que l’occasion de résider à Berlin serait « un moment clé » pour sa carrière. « Je vais y créer la suite de Délicat Pulse que j’ai présentée à la Fonderie Darling l’automne dernier. À la fin de la résidence, j’aurai droit à une expo et à un catalogue. »

Soutenir le rayonnement pour enrichir la culture

Internet et les réseaux sociaux brouillent les frontières et révolutionnent le rapport à l’autre, les modes de création et la diffusion des œuvres. Ils nous offrent aussi la possibilité d’accompagner les artistes durant leur résidence à l’étranger. L’écrivain Gabriel Anctil a partagé sur Facebook son expérience en Haïti. Au terme de son séjour, il a déclaré : « Mon aventure en Haïti se termine. J’en garderai des images, des souvenirs incroyables et de nouvelles amitiés. J’ai tout noté dans un carnet, complètement noirci, qui constituera la base d’un roman à écrire. J’espère qu’il sera à la hauteur de ce que j’ai vécu dans ce pays riche et fascinant. Haïti, tu m’as transformé à jamais. Merci. »

Le gouvernement du Québec reconnait depuis longtemps l’importance, voire la nécessité, pour les artistes de voyager afin de se ressourcer professionnellement. Depuis sa création, le CALQ, avec la précieuse collaboration de ses partenaires, n’a cessé d’élargir le réseau de résidences à la disposition de sa clientèle. Chaque année, une cinquantaine de créateurs québécois bénéficient d’une bourse du CALQ pour séjourner dans l’une des résidences de son réseau qui se déploie dans 18 pays répartis sur 4 continents. Afin d’entretenir la réciprocité en vigueur dans le cadre de certaines ententes, le CALQ travaille avec des organismes québécois situés dans plusieurs régions qui accueillent près d’une vingtaine d’artistes étrangers annuellement, diffusant leur travail auprès de la population québécoise.

En permettant à nos artistes et à nos écrivains d’aller ailleurs, nous récoltons ici les fruits de leur vitalité créative et de leur inspiration renouvelée. Leur rayonnement est aussi le nôtre, celui d’une société curieuse des autres, ouverte sur le monde, qui soutient la liberté afin d’entretenir la richesse de sa culture. Cette volonté-là, c’est notre boussole.

– Anne-Marie Jean
Présidente-directrice générale

Pour en savoir plus sur les studios et ateliers-résidences du CALQ :

 

Cet article fait partie de l’infolettre À L’OEUVRE du mois de janvier 2017.

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